Rohani n'a rien changé

Article publié le 2 avril 2014
Article publié le 2 avril 2014

Nom­breux sont ceux qui ont été gra­ve­ment déçu par l’im­mo­bi­lisme af­fli­geant en ma­tière des droits hu­mains de celui qu'on avait pré­senté comme un pré­sident « mo­déré ». 

Le pre­mier des déçus est nul autre que le Se­cré­taire gé­né­ral des Na­tions Unis qui a es­timé le 11 mars qu'Has­san Ro­hani a échoué à réa­li­ser ses pro­messes en ce qui concerne la "li­berté d’ex­pres­sion" et faire bais­ser le nombre des pen­dai­sons. Dans son rap­port au Conseil des droits de l’homme de l’ONU à Ge­nève, Ban Ki-Moon a mis en exergue l'usage très ré­pandu de la peine de mort en Iran et a ap­pelé à la li­bé­ra­tion des mi­li­tants des droits de l’homme, avo­cats, jour­na­listes et pri­son­niers po­li­tiques.

« Ils sont dé­te­nus seule­ment pour avoir exercé leur droit à la li­berté d'ex­pres­sion, d'as­so­cia­tion et de réunion», a-t-il dé­ploré. Ban Ki-Moon a sou­li­gné que le nou­veau gou­ver­ne­ment n'avait pas ap­porté d'amé­lio­ra­tion si­gni­fi­ca­tive dans la pro­mo­tion et la pro­tec­tion des li­ber­tés fon­da­men­taux et qu’il exis­tait des res­tric­tions dans les do­maines d’in­for­ma­tions, tant par la voie d’in­ter­net que par la voie des mé­dias conven­tion­nels.  

En dé­cembre 2013, 35 jour­na­listes étaient em­pri­son­nés en Iran. Ce même mois, 16 in­ter­nautes ont été ar­rê­tés. Ils sont ac­cu­sés d'avoir fourni des conte­nus in­ter­net à des élé­ments étran­gers, lit-on dans le rap­port de Ban Ki-moon. Or, cer­tains d'entre eux, sou­lignent le rap­port, n'étaient que les ani­ma­teurs "de pages cultu­relles et so­ciales po­pu­laires" sur Fa­ce­book. 

En ce qui concerne la peine ca­pi­tale, entre 500 et 625 per­sonnes ont été exé­cu­tées l'an der­nier, dont 57 en pu­blic. De­puis jan­vier 2014, plus de 170 per­sonnes ont été exé­cu­tées en Iran. "Le nou­veau gou­ver­ne­ment n'a pas changé de po­si­tion concer­nant l'ap­pli­ca­tion de la peine de mort et semble avoir suivi les pra­tiques des gou­ver­ne­ments pré­cé­dents", sou­ligne Ban Ki-moon.

Les rap­por­teurs spé­ciaux de l’ONU

Les rap­por­teurs spé­ciaux de l’ONU sont tout aussi ac­ca­blant vis-à-vis du bilan du gou­ver­ne­ment Ro­hani. Le 12 mars quatre rap­por­teurs spé­ciaux de l’ONU on dé­noncé "la dé­gra­da­tion des droits hu­mains en Iran, les exé­cu­tions ar­bi­traires, la tor­ture et la vio­lence faite aux femmes".

Le rap­port pu­blié sur le site des droits hu­mains de l’ONU braque le pro­jec­teur sur la mon­tée des exé­cu­tions en Iran, no­tam­ment la pen­dai­son d’une jeune femme sur­nom­mée « la ma­riée de quinze ans » dans des condi­tions la­men­tables. Far­za­neh Mo­radi, ma­riée de force à l’âge de quinze ans, a été pen­due le 4 mars à Is­pa­han, pour le meurtre de son mari.  

Le rap­por­teur spé­cial sur les droits de l’homme en Iran, Ahmed Sha­heed a de­mandé un mo­ra­toire urgent sur la peine de mort en Iran. Le rap­por­teur spé­cial de l’ONU sur les exé­cu­tions ex­tra­ju­di­ciaires de l’ONU Chris­tof Heyns s’est in­ter­rogé sur les normes de pro­cé­dures ju­di­ciaires d’un ré­gime qui exé­cute à un rythme ef­fa­rant.

Ra­shida Man­joo, le rap­por­teur spé­cial sur les vio­lences faites aux femmes, a pour sa part sou­li­gné qu’avant d’être exé­cu­tée, Far­za­neh Mo­radi, était elle-même une vic­time. Elle avait été ma­riée à un très jeune âge, et n’avait pu échap­per à ce ma­riage en rai­son des normes cultu­relles et des bar­rières lé­gales du di­vorce en Iran. 

Juan Men­dez, le rap­por­teur spé­cial sur la tor­ture a quant à lui re­levé que la cruauté de cette exé­cu­tion à la lu­mière d’une confes­sion ap­pa­rem­ment for­cée, était par­ti­cu­liè­re­ment pro­fonde et in­juste. Les ex­perts de l’ONU se sont dits cho­qués par les dé­cla­ra­tions des au­to­ri­tés du ré­gime ira­nien qua­li­fiant les exé­cu­tions de « grand ser­vice rendu à l’hu­ma­nité».

Cette dé­cep­tion ne sur­prend pour­tant pas l’op­po­si­tion ira­nienne qui avait pré­venu la com­mu­nauté in­ter­na­tio­nale. « Rien ne chan­gera en Iran sans la li­berté d’ex­pres­sion et tant qu’il y aura des pri­son­niers po­li­tiques, qu’il n’y aura pas de li­berté d’ac­tion pour les par­tis, que la po­li­tique d’agres­sion du ré­gime se pour­sui­vra en Syrie et en Irak,» avait pré­venu Ma­ryam Rad­javi, la di­ri­geante de l’op­po­si­tion ira­nienne au len­de­main de l'élec­tion d'Has­san Ro­hani l'an der­nier. 

Lors d’une confé­rence la se­maine der­nière au siège de l’ONU à Ge­nève elle a fait  le constat que ja­mais ces 25 der­nières an­nées le bilan des vio­la­tions des droits de l’homme en Iran n’a été aussi ca­tas­tro­phique. Le Conseil na­tio­nal de la Ré­sis­tance ira­nienne a ap­pelé la com­mu­nauté in­ter­na­tio­nale et par­ti­cu­liè­re­ment l’ONU et le Conseil de sé­cu­rité de se sai­sir de cette si­tua­tion afin de prendre des me­sures de sanc­tions ef­fi­caces contre la théo­cra­tie ira­nienne.