"Rien à signaler" au théatre de poche

Article publié le 18 avril 2013
Article publié le 18 avril 2013
Par Antoine Patoz Niché au cœur du bois de la Cambre, le théâtre de poche nous accueille à l'odeur du feu de bois pour la première de « rien à signaler » de Martin Crimp. Ce dernier, auteur britannique est l'un des dramaturges vivant les plus joués au monde. Dans « rien à signaler », il s’intéresse à la disparition progressive du lien social à travers un cas de maltraitance infantile.

Quatre voisins : un couple de jeunes et leur bébé, une vieille dame veuve et un célibataire dépressif. Ils se croisent tous les jours mais ne se voient jamais. Milly, la vieille dame du premier, se rend bien compte qu'il y a un souci avec le bébé du premier, mais comme elle dit : « Eh bien évidemment il y a avait de quoi s’inquiéter, surtout quand on sait ce qu’on sait aujourd’hui. Mais de quel droit je serais allé m’en mêler, c’est ça le problème. ».

C'est cet enfant qui est au cœur du récit. C'est à travers le quotidien de ses parents que l'on voit le sort qui lui est réservé. L'indifférence dont ils font preuve à son égard. Indifférence au début, violence à la fin. On ne voit jamais l'enfant, on sait qu'elle est là, on l'imagine prostrée. De ne pas la voir rajoute au malaise. La pièce nous montre une violence latente, presque inconsciente.

Sans jamais tomber dans la caricature, Martin Crimp passe en revue des enjeux de société de première importance : Disparition du lien social, repli sur soi, indifférence, enfance maltraitée. Les trois piliers de la solidarité : les institutions, la famille et le voisinage sont tous les trois représentés dans la pièce. Chacun portant le lourd poids de ses propres failles causées/influencées par l’esprit individualiste contemporain.

On se sort pas indemne de la représentation. Il est impossible de ne pas se demander ce que l'on aurait fait à la place des voisins. Quand le voisin déclare : «  Une fois ou deux peut-être je me suis demandé ce qui au juste se passait en bas. En fait j’avais décidé, si ça se reproduisait… j’ai décidé que je descendrais (vous savez, et…bref). Mais en fin de compte, eh bien ça ne s’est pas reproduit, donc naturellement je ne l’ai pas fait. », ça réveille en nous une étrange sensation de déjà-vu.

Il est impossible de ne pas s’interroger sur cet engrenage fatal, tant la pièce est ancrée dans la réalité. A la sortie une spectatrice disait : « c'est marrant, l’assistante sociale on dirait c'est celle du boulot,  inquiète mais qui n'ose pas trop le montrer ». On a mauvaise conscience à rire durant la pièce. On est questionné sur notre propre comportement. Comme le dit Georges Lini, le metteur en scène:  «Je veux d'un théâtre qui nous prenne par les épaules et nous secoue très fort. » Il a réussi son coup.

Du 16/04 au 11/05 au Théâtre de Poche - Bois de la Cambre, Chemin du Gymnase, 1 – 1000 Bruxelles - de 26 ans 11€, + de 26 ans 16 €, seniors (+ 60 ans) 13 €, demandeurs d’emploi 8 €, article 27 1,25 €, réductions pour les groupes.

A noter que le théatre de poche organise deux rendez vous :

Le 23 avril (à l'issue de la représentation): Thème : "Enfants maltraités, parents maltraitant, voisins indifférents."

Le 25 avril (à l'issue de la représentation): Thème : "Cette indifférence qui fait de nous des monstres."(En partenariat avec la ligue des droits de L'homme.)