Richard Dawkins : « La grande révolution aurait dû arriver avec Darwin »

Article publié le 3 mars 2009
Article publié le 3 mars 2009
En janvier 2009, ce biologiste évolutionniste, athée reconnu et pur darwinien, lance la première campagne de publicité de masse en faveur de l’athéisme. Rencontre.

Né à Nairobi, Richard Dawkins a été professeur à l’Université de Oxford où il enseignait la vulgarisation des sciences. Il soutenait que « le gène égoïste » (dans l’ouvrage du même nom paru en 1976) était le moteur de base du développement évolutionniste. Son livre est devenu l’un des textes scientifiques contemporains les plus influents. Trente ans plus tard, dans Pour en finir avec Dieu, il soutient qu’il n’y a pratiquement aucune chance qu’un créateur surnaturel existe. La foi religieuse est, selon lui, une illusion, une croyance erronée et figée. Un livre qui s’était déjà vendue à plus d’un million et demi d’exemplaires en novembre 2007, et qui a depuis été traduit dans 31 langues.

« Le principe de la carotte et du bâton de la religion est la plus ignoble des raisons d’être bon »

Dawkins est connu pour son mépris de l’extrémisme religieux, du fondamentalisme chrétien au terrorisme islamique. Il a également eu des démêlés avec des croyants libéraux, des membres du mouvement de Science religieuse, des biologistes et des théologiens. Les arguments de Dawkins ont créé une grande polémique, particulièrement dans le monde anglophone, et ont été le sujet de discussions et controverses dans la presse, à la télévision et dans de nombreux débats spécialisés. Par la force des choses, et, pourrait-on dire, malheureusement, comme la discussion tournait principalement autour de l’opposition entre le rationalisme scientifique et les croyances sans preuves, elle est devenue répétitive et vaine.

Le soutien apporté à une mère en deuil, ou la certitude d’une vie après la mort d’une veuve : est-il toujours possible de trouver une utilité à certains des aspects psychologiques de coutumes ou croyances religieuses ?

Je reconnais la valeur psychologique de la religion, mais seulement si cette valeur apporte un réel soutien. Je ne voudrais pas être la personne qui détruirait le soutien psychologique apporté à quelqu’un dans un moment difficile. Je ne ferais jamais de compromis avec mon public en discutant sur des forums ou en écrivant. Mais s’il m’arrivait de rendre visite à une personne endeuillée depuis peu, il est probable que j’atténue quelque peu mes propos. En revanche, je ne le ferais jamais si j’écrivais un article pour un journal. 

Le fait qu’il s’agisse réellement de réconfort est discutable, étant donné que, par exemple, les gens sont élevés dans la peur d’aller en enfer. Ils pourraient en fait être réconfortés par l’absence de religion, suivant leur éducation. Bien que beaucoup d’entre nous aient peur de la mort, je crois qu’il y a quelque chose d’illogique là-dedans.

La religion crée-t-elle un mécanisme social utile indépendamment des croyances qu’ont les gens, renforçant ainsi la discipline sociale et usant du pouvoir du péché religieux pour renforcer l’adhésion aux lois artificielles ?

(Capt.Joekickass/flickr)Le principe de « la carotte et du bâton » de la religion (à savoir Dieu te punira ou te récompensera) est la plus ignoble des raisons d’être bon. Un philosophe moral pourrait mettre par écrit de bien meilleures raisons d’être bon. Certains diraient que je suis cynique, mais les gens ont besoin de la carotte et du bâton pour être bons. Dans Pour en finir avec Dieu je racontais une anecdote du psychologue américano-canadien Steven Pinker, qui avait été témoin de la grève de la police canadienne de Montréal en 1969, lors de laquelle la population s'était sentie libre de faire tout et n'importe quoi dans la ville.

Avec cet exemple en tête, vous pensez que ce n’est pas l’existence de Dieu qui régente le comportement des gens, mais les règles et les lois que les hommes ont créées. Et si on abolissait Dieu ?

Ce serait comme une grève de la police. Le peuple se mettrait à tout saccager, dans l’immoralité la plus absolue. Cela m’amène à remettre en question la sincérité de la plupart de ces émeutiers. J’imagine que nombre d’entre eux se seraient déclarés croyants. Il semble que ces policiers, ces hommes, agissent comme une véritable force de dissuasion, et je trouve ça impressionnant. En tant que darwinien, je crois que la plupart d’entre nous ont leur propre moralité, tout comme le désir sexuel fait partie intégrante de nous, de par justement ce passé darwinien. Nous avons des notions de justice, d’équité, d’empathie et de compassion vis-à-vis des personnes en difficultés ou qui souffrent.

Pourquoi tant de grands scientifiques, pourtant si expérimentés dans la « méthode scientifique », arrivent-ils quand même à garder leur croyance religieuse ?

Je ne suis pas sûr que ce soit toujours le cas de nos jours. Je pense que la grande révolution aurait dû arriver avec Darwin. Je suis complètement indifférent au fait que Newton était croyant. Et on pourrait s’attendre à ce que n'importe qui ayant vécu avant Darwin soit croyant. Aujourd’hui, si vous trouvez un grand scientifique qui est croyant, interrogez-le, demandez-lui s’il pense vraiment qu’une intelligence surnaturelle écoute nos prières, lit dans nos pensées et pardonne nos péchés. Ou s'il est plutôt comme Einstein, qui croyait en l’utilisation d’un langage quasi-religieux pour exprimer son profond respect pour les merveilles et mystères de l’univers.

Le prochain livre de Richard Dawkins traitant des preuves de l’évolution sortira au cours de l’été 2009.