Revue de concerts : Amy Winehouse versus Die Antwoord

Article publié le 8 juillet 2011
Article publié le 8 juillet 2011
D'un côté, une chanteuse britannique récompensée aux Grammy Awards ayant écumé les cures de désintox et faisant son retour dans les Balkans, de l'autre, un son plus extravagant venu d'outre-Pacifique pour faire vibrer l'Espagne. Doit-on désormais franchir les frontières de l'Europe pour trouver les meilleures expériences live ?

Les pédicures et les cordonniers de Barcelone et de La Corogne (Nord de l'Espagne) doivent s'en mettre plein les poches. En effet, le récital de danse léger et non-conformiste interprété par le groupe australien Cut Copy a bel et bien enflammé les pieds des participants du Sonar Festival 2011. Dans leur série d'hymnes synthétisés, les gars de Melbourne ont progressivement formé un groupe, jusqu'à la sortie de leur nouvel album Zonoscope où ils mettent l'accent sur le style post-punk des années 80 et passent en revue leurs précédentes créations musicales. Leur musique en concert est bien plus perfectionnée que ce qu'elle n'était il y a trois ans, et cette fois, c'est une vraie catharsis collective.

Ce qui différencie Sonar des autres festivals européens, c'est qu'il vous fait faire un bon dans le futur. Les membres du groupe Die Antwoord semblent avoir composé leur musique au vingt-troisième siècle. Yo-Landi, Vi$$er et Ninja, trois dégénérés originaires des banlieues du Cap en Afrique du Sud, transportent avec eux des micros péniens en plastique et gesticulent dans tous les sens, parties génitales en avant. Ils allient à la perfection une voix d'ange avec celle d'un démon. Leurs sons les plus audacieux vont de paires avec des mouvements de danse des plus criards. Au menu : des remix d'Enya (Sail away motherfucker) pornographiques et du rap break beat (DJ Hi-Tek) brutal. Cultivant ce style de façon naturelle, leurs mix portent la marque d'une esthétique « marginaux-kitch » et possèdent le meilleur style de toute la programmation musicale de l'événement.

Le concert démarre dans le noir, suivi par un hommage à un de leurs collaborateurs, Léon Botha, atteint de progéria et décédé à l'âge de 26 ans. Puis c'est le départ d'une orgie musicale, aussi bien sur scène que dans le public. Die Antwoord est une incarnation de la mauvaise éducation convertie en culture. Ils représentent l'agressivité canalisée dans des pensées positives, leur maladie transformée en ecstasy. Les mots manquent pour décrire cette musique puisqu'ils n'existent pas encore. Leur style est indéfinissable. Pour faire simple : ce groupe est celui qui a créé le plus de styles de musique depuis le début du 21e siècle. « Die Antwoord », c'est « La Réponse », et la preuve irréfutable que cette musique nous vient du futur. Après les pingouins, les plages et les coraux, l'Australie et l'Afrique du Sud peuvent se targuer d'être l'épicentre d'une onde musicale. Tout ceux ayant déjà effleuré cette idée feraient bien de s'y rendre et de passer le mot aux funkys de Hambourg, de Brooklyn et de Barcelone.

Amy en Europe de l'Est : l'anti-concert

Les fans de Pologne, de Turquie, de Grèce, d'Espagne, de Suisse, d'Italie, d'Autriche, de Hongrie et de Roumanie n'auront pas la chance de voir la fin de la tournée 2011 de la chanteuse, de retour sur scène après trois ans d'absence. Amy Winehouse donnait peine à voir sur la scène du Kalemegdan Park, à s'humilier elle-même. Je ne regrette pas d'avoir payé pour la voir. En effet, je n'aurais jamais pensé assister à un tel état de déchéance de sa part de mes propres yeux. J'ai même cru à une comédie, et j'espérais voir la jeune femme de 27 ans attraper son micro et lancer un « je vous ai bien eus. »

Les deux chansons dont elle connaissait a priori les paroles (Back to black et You know I'm no good), lui ont donné l'occasion de marmonner quelques mots, à défaut d'être en rythme. Chaque fois qu'elle prenait place devant le micro, elle tenait ses mains devant son visage, comme si elle avait honte de se montrer. Parfois, on aurait dit qu'elle allait se mettre à pleurer, tout en tenant son ventre comme pour endiguer un mal d'estomac.Je ne regrette pas d'avoir payé pour la voir. En effet, je n'aurais jamais pensé assister à un tel état de déchéance de sa part de mes propres yeux.

Je ne regrette pas d'avoir payé pour la voir. En effet, je n'aurais jamais pensé assister à un tel état de déchéance de sa part de mes propres yeux. 

Amy est sortie de scène à deux reprises pendant quelques minutes. La première fois qu'elle est revenue sur scène, le public a applaudi en pensant qu'elle contrôlait de nouveau la situation. Mais quand elle s'est remise à marmonner, le public a commencé à la huer et à demander l'arrivée de Moby (dont le passage était prévu après celui de la chanteuse). Certains se sont même mis à lui lancer des papiers et des verres en plastique. Un gars lui a envoyé son chapeau de cowboy (vendu avant le concert aux alentours du lieu de l'événement), lequel a finalement atterri sur un agent de sécurité. Elle n'avait pas l'air de se rendre compte de ces incidents. Je crois que la plupart des mécontentements provenaient du fond, c'est à dire des personnes avec les billets moins chers, alors que les gens aux premiers rangs, eux, étaient juste choqués. Le reste du groupe est resté professionnel, surtout les deux choristes, Zalon Thompson et Ade Omotayo, venus pour interpréter deux singles. Quelques jours plus tard, le concert fait encore parler de lui. Certains le qualifient de pire concert de toute l'histoire de Belgrade, et demandent le remboursement des 35 £ ou 40 euros investis dans leurs places de concert. Contentons-nous d'avoir pitié pour elle et laissons à la relève (ceux n'ayant pas assisté au concert) l'autosatisfaction de publier un « je vous l'avais bien dit » en commentaire.

C'est à cet endroit-là qu'elle passera la moitié du show

Photos: Die Antwoord and Cut Copy, page Facebook officiel; Amy Winehouse à Belgrade © Senka Korac