Révolution roumaine en Super 8

Article publié le 8 janvier 2007
Article publié le 8 janvier 2007

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Premier long métrage de Corneliu Porumboiu, ‘12 h 08 à l’Est de Bucarest’, Caméra d’Or à Cannes, met en scène trois anti-héros aux prises avec le devoir de mémoire.

Dans une ville paisible à l’est de Bucarest, seize ans après la révolution de 1989 mettant fin au régime de Nicolae Ceaucescu, le propriétaire d’une chaîne de télévision locale, Virgile Jderescu demande à deux invités de partager leurs instants de gloire révolutionnaire. Piscosi, un vieux retraité Piscosi et Manescu, un professeur d’histoire porté sur la boisson. Ils se remémorent leurs souvenirs quand des téléspectateurs, qui interviennent au téléphone, réfutent les prétendus faits glorieux de ces héros. C'est le pitch du premier film, 12 h 08 à l'Est de Bucarest' ['A Fost sau n-a fost ?'], du réalisateur roumain Corneliu Porumboiu.

En guise de décor, l’affiche de la place où a eu lieu la supposée insurrection, un fond immobile sur lequel compte l’animateur Jderescu pour mettre en contexte ses téléspectateurs et rappeler cette matinée de décembre qui a changé l’histoire de la Roumanie. Un moment historique que chaque citoyen a évidemment vécu de manière différente. En témoigne la variété des appels téléphoniques qui sont reçus en direct, sur le plateau télé.

Le réalisateur Corneliu Porumboiu montre ainsi la dimension relative et subjective des faits historiques : comme si les Roumains s'étaient vus confisquer leur propre insurrection car beaucoup aujourd'hui soupçonnent aujourd'hui l'implication de la KGB ou de la CIA dans le renversement de Ceaucescu, un évènement auquel finalement peu d’autochtones ont participé et qui a été largement transfiguré par les médias.

Production drôle et tendre

‘12 h 08 à l’Est de Bucarest’ est certes un « petit film » d’auteur auquel l’on doit reconnaître deux qualités. D’abord, la pertinence de son scénario qui suscite les rires du spectateur, grâce à l’enchaînement de situations qui frisent avec l’absurde et sont interprétées par un trio (Mircea Andreescu, Ion Sapadru et Teo Corban) d’autant plus drôle que se veulent sérieuses les interventions de leurs personnages.

Ensuite, le film transcende les frontières géographiques. Ce petit long métrage roumain à budget limité s’est vendu dans dix pays étrangers lors du dernier marché du film de Cannes, et a reçu la prestigieuse ‘Caméra d’or’ décernée lors de la Quinzaine des réalisateurs. ‘12 h 08 à l’Est de Bucarest’ a en outre été parmi les lauréats du meilleur scénario lors de la dernière cérémonie des Oscars européens, les European Film Awards (EFA) se déroulant à Varsovie le 2 décembre dernier.