Revenu de base en Suisse : le revers de la médaille

Article publié le 8 juin 2016
Article publié le 8 juin 2016

[OPINION] Alors que le débat européen sur un revenu universel fait rage, les Suisses ont voté lors d’un référendum et ont décidé de dire non. Malgré quelques partisans, le débat sur le revenu de base inconditionnel pourrait toutefois tourner au cauchemar néolibéral.

« La Suisse rejette le projet de salaire de base pour tous. » On pourrait en rester là et s’en tenir aux gros titres, mais aussi étrange que cela puisse paraître, on a le pressentiment que ça cache quelque chose. La Suisse a largement rejeté (à 77 %) le revenu universel et inconditionnel de 2 250 euros par mois. Ce refus paraît plus compréhensible si l’on considère que le salaire moyen tourne autour des 4 000 ou 5 000 francs suisses (soit entre 3 600 et 4 500 euros, ndlr), et qu’en Suisse cet argent permet tout juste de vivre dignement. Il suffit de se promener dans les rues de Zurich pour vous couper toute envie de sortir votre porte-monnaie.

Fait curieux : les partisans de cette proposition partagent les idéologies du centre-droit, tout comme le parti qui cherche à instaurer le revenu universel en Finlande. Pourquoi ce revenu de base, jusque là cheval de bataille des mouvements alternatifs et de gauche, commence à trouver sa place dans le conservatisme européen ? La réponse est simple : dans une Europe où la technologie fait perdre toujours plus d’emplois, un revenu universel apporte un minimum de stabilité sociale. Ce ne serait pas une mauvaise idée en soit, si la Suisse et la Finlande ne proposait pas de remplacer la couverture des services publics par ce revenu. Ainsi, le revenu universel, rêve absolu de la gauche, est en train de tourner au parfait cauchemar néolibéral. L’État accorde un certain montant par mois et par personne, et se désintéresse de la prestation des services essentiels tels que la santé ou l’éducation. Tout ça en réduisant le nombre de citoyens travailleurs, les privant ainsi d’un espace de travail, lieu d’épanouissement personnel et d’interaction avec les autres.

Les Suisses s’en sont parfaitement rendus compte, et ils ont dit « non ». Un revenu universel peut s’avérer nécessaire pour beaucoup, mais l’appliquer à tous sur une base dégressive, en plus d’être injuste, génèrerait des coûts que les États n’hésiteraient pas à utiliser pour justifier des coupes budgétaires dans ce qui compte vraiment, l’État-providence. Nous devons donc faire attention aux unes ronflantes : le revenu de base mérite bien un débat calme et raisonné.