Retour sur une année de merde

Article publié le 15 novembre 2016
Article publié le 15 novembre 2016

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

A commencer par les attentats de Paris en novembre 2015, l'année passée a été vécue comme une année catastrophique. Attentats, montée de l'Etat Islamique, nationalisme grandissant, Brexit et maintenant Trump. Une rétrospective personnelle. 

Aujourd'hui, nous sommes le 13 novembre 2016. C'est le premier anniversaire des attentats de Paris. Quelques jours plus tôt, Donald Trump a été élu président des Etats-Unis, et quelques mois encore plus tôt, les Britanniques ont majoritairement voté pour une sortie de leur pays de l'Union européenne. L'année prochaine, c'est au tour de la France et l'Allemagne de voter, et tant le Front National que l'AfD (Alternative für Deutschland, parti politique allemand d'extrême-droite, réputé eurosceptique, ndlr) se réjouissent de leur popularité croissante...

Pour beaucoup de gens de mon entourage se profile au fil de l'actualité une gigantesque catastrophe. Mais où va le monde? 

Pour beaucoup de gens de mon entourage, se profile au fil de l'actualité une gigantesque catastrophe. Mais où va le monde?

Une rétrospective

Lorsqu'en janvier 2015, les attentats terroristes revendiqués par l'Etat Islamique ont frappé la rédaction de Charlie Hebdo, je vivais à Paris. J'ai vécu les évènements d'une manière bien plus forte que mes compatriotes restés en Allemagne. Quand mes amis allemands me demandent aujourd'hui pourquoi je suis rentrée au pays, je leur explique que cet évènement a été un élément déclencheur, parmi d'autres. Beaucoup compatissent, et me disent qu'ils comprennent. Ca a dû être horrible. Oui, c'est vrai. 

Réactions

Ce que ces attentats ont provoqué chez moi n'a pourtant rien à voir avec la réaction qu'ont eue les médias au travers le monde. Je n'ai pas participé à une marche funèbre pour manifester notre solidarité, et appeler la population à ne pas se laisser abattre. Je n'ai pas changé ma photo de profil Facebook pour y afficher les couleurs nationales françaises, pour montrer ma solidarité. Je me suis retranchée chez moi, je ne suis plus sortie pendant plusieurs jours, et je me suis demandée dans quel monde je vivais. 

Je me suis sentie d'un coup pas à ma place. Peut-être que c'est parce que le mot "fierté nationale" n'a pas le même sens pour moi que pour un français. Peut-être aussi parce que je ne trouve pas ça normal d'offenser autrui sous couvert de la liberté de la presse. Je ne voulais pas vivre dans un pays, où l'on parle de guerre, où les policiers sont lourdement armés, et où on trouve des soldats à tous les coins de rue pour que les gens se sentent en sécurité. Tout cela a plutôt eu l'effet inverse chez moi. Cela m'a fait peur. 

Pourquoi?

Charlie Hebdo a marqué pour le moment où j'ai commencé à me demander "Pourquoi"? Depuis que je connais les réponses, tout ce qui se passe dans le monde me paraît finalement très logique, et plus du tout surprenant. 

Changer de perspective pour comprendre

Si j'avais grandi dans un foyer de tensions sociales, n'aurais-je pas moi aussi été tentée de rejoindre une organisation qui me promettait une vie meilleure? 

Si j'avais perdu mon travail, parce que celui-ci coûte moins cher dans d'autres parties du monde, grâce à la porosité des frontières, accepterais-je alors la mondialisation?

Et si quelqu'un m'insulte, ou m'offense, quelle est ma réaction? Est-ce que je me défends, ou bien est-ce que je me laisse convertir par une nouvelle perception du monde?

Avons-nous raté quelque chose ?

Contre quoi nous défendons-nous en fait? Tout va bien pour nous ! L'Europe et l'Amérique du Nord sont des régions démocratiques. La démocratie signifie défense des minorités, protections des droits des citoyens, et respect des droits de l'Homme.

Ces dernières années, nous avons tant lutté contre le racisme et le sexisme entre autres, que des "noirs", et des femmes ont accédé à la tête de nos gouvernements. Alors pourquoi nous défendons-nous encore, comme si nous étions les plus faibles? Pouvons-nous encore parler de minorités? 

Peut-être est-il possible qu'à cause de la mondialisation, de nouvelles minorités soient apparues, et qu'elles doivent être protégées par la démocratie? 

Responsabilité et dialogue

Au lieu d'être toujours dans l'opposition, prenons plutôt nos responsabilités. Ouvrons un dialogue avec ceux qui souffrent de la mondialisation, afin d'essayer de les comprendre, et d'ôter leurs angoisses. Accompagnons ceux qui se défendent, au lieu de se contenter de répondre "nous sommes contre". Et réfléchissons à ce que nous pouvons faire pour les aider, et pour rendre le monde un peu plus paisible. 

Nous sommes tant obsédés par le vaste monde, et par les possibilités que nous avons, que nous en oublions ce qui se passe devant la porte de notre propre maison. Nous sommes la face gagnante de ce monde globalisé. Mais il y a de toute évidence des gens qui appartiennent à l'autre face. Nous ne devons pas l'oublier.