Retour du loup : à quand une réponse européenne ?

Article publié le 20 février 2013
Article publié le 20 février 2013
Par Célia Garcia-Montero Le 15 février, jour des Lupercales, l’occasion était trop belle ! Le Saint-Hubert Club de France, section Alsace, et le Forum Carolus ont organisé un débat intitulé « Qui a peur du loup », au Palais du Rhin de Strasbourg.
Un panorama de la situation a été dressé avec différents acteurs – spécialistes du loup, éleveur et chasseurs – pour tenter de dégager des réponses à une meilleure cohabitation entre les éleveurs et le canidé dans les Vosges, où l’espèce est en train de s’installer.

Car la présence de loups est source d’inquiétudes. Jean-Yves Poirot, éleveur dans le Haut-Rhin, accepte la place du loup mais s’indigne, comme beaucoup d’autres, des coûts que cela engendre. « L’organisation de l’élevage s’est faite en fonction de l’absence du loup » rappelle-t-il. Sa réapparition nécessite des changements : établissement de troupeaux fragmentés à la place d’élevages extensifs, investissement dans des clôtures électriques, chiens Patou… Le défi n’est cependant pas impossible. « Cela fait vingt ans qu’il y a des loups dans l’arc alpin et l’élevage ovin s’y porte bien » souligne Marie-Odile Guth, inspectrice générale de l’environnement.

Les questions soulevées par les migrations des 250 loups italo-alpins, revenus naturellement en France, se posent également à l’échelle européenne. « Cette recrudescence est un phénomène européen » souligne Thomas Pfeiffer, historien et naturaliste spécialiste du loup. « Il n’y a jamais eu autant de gibier et de couvert forestier. En France, la forêt est aussi dense qu’à l’époque de Charlemagne » explique-t-il. L’Allemagne aussi observe un retour naturel des loups venus de Pologne. « Il faut donc réfléchir en termes transfrontaliers » martèle Thomas Pfeiffer. Mais l’adaptation aux loups se fait encore au niveau national et diverge selon les pays. La Finlande a par exemple été condamnée par la Cour de justice de l’Union européenne pour avoir permis la chasse du loup dans sa partie sud, où l’espèce est strictement protégée, sans avoir respecté les critères de dérogation le lui permettant. Un litige similaire oppose la Suède et la Slovaquie à la Commission européenne. L’Espagne est quant à elle questionnée sur la pose de pièges à loups. La situation est au contraire plutôt positive en Suisse et en Allemagne, où les loups sont bien considérés. L’Italie, dont les troupeaux de petite taille sont rentrés tous les soirs, vit bien la présence des canidés. La Croatie organise même des excursions touristiques « sur la piste du loup ». L’appréhension du loup est donc une question de culture, fait remarquer pour sa part le président du Forum Carolus Nikolaus von Gayling-Westphal : « La situation est vraiment différente en Allemagne où les loups ne sont pas perçus comme des concurrents mais comme des partenaires dans la chasse en assurant une régulation. Leur présence suscite un réel enthousiasme et ils sont devenus un facteur de tourisme. »

Photo : Célia Garcia-Montero, parc de Sainte-Croix