Retomber en adolescence ou la fin de crise des passions occidentales

Article publié le 15 février 2009
Publié par la communauté
Article publié le 15 février 2009
2009 est entamé et l'on entend parler de la crise sur les toutes les radio, toutes les télés, tous les sites internet (oups !). Aleeeeerte ! C'est la fin ! On va tous mourir ! Même Barbie se vend moins ! Plus d'argent donc, en tout cas utilisé différemment. Stupeur et tremblements ont détrôné la tranquillité occidentale.
Les morts prennent de l'importance, on écoute les noms des sociétés (jusqu'alors inconnues) qui suppriment les postes par dizaine de milliers à l'autre bout du monde et, surprise, on a peur. Le mort kilométrique devient relatif, l'homme occidental a cessé d'entendre le monde, il l'écoute.

« Joie ! » crient les alter-mondialistes. « Miracle ! » crient les écolos. « Espoirs... » chuchotent les trotsko. « Nous allons vers un monde meilleur », le méchant capitaliste est mort, le serpent se serait mordu la queue et le monde s'unirait en farandole à l'écoute du ressenti humain.

À bas la tyrannie du matériel ? L'égo connaîtrait des revers ? Les gentils partageux auraient gagné, plus besoin pour Dieu, s'il en est un, de nous envoyer un délégué chargé en communication.

Renouveau ? Renaissance ? Quand Charlemagne est arrivé au pouvoir, il y a de ça un peu plus de 1200 ans, on a parlé de renovatio imperii, l'empire romain revenait et en lui les espoirs d'un ordre porté par une hiérarchie sacro-sainte. Un peu d'histoire de l'histoire ("historiographie" pour les joueurs de Scrabble) nous formate à penser que « l'histoire ne se répète jamais ».

Et pourtant. Et pourtant la conscience morale du plus fort étant toujours la meilleure, il semblerait que le monde suive cet "élan vital" soufflé par la remise en question occidentale à la mode. « La médecine chinoise c'est bien, le folklorique c'est l'essence, plus tu manges de Bio plus tu vivras vieux et sain... »

Serait on devenus allergiques à ce que nous avons créé en des centaines d'années d'innovation ? Serait on dans une crise d'adolescence, une crise identitaire de l'Europe et ses extensions culturelles ? Si l'histoire prouve une chose c'est que la recherche du parfait, de "l'être suprême" (pour faire plaisir aux nietzschéens renfermés dans "l'esthétique Baudelaire"), conduit à la création de modèles et de contre-modèles aussi extrêmes que faux.

Si la France s'ennuyait en 1968, peut être que le monde occidental s'est aussi ennuyé ces derniers temps. Le N.P.A. fleurit en France, la jeunesse grecque se fâche, les passions reviennent sous diverses formes politiques et syndicales et l'on se plaît à croire que "c'est pour un monde meilleur". Sûrement. Qui s'opposerait à plus d'égalité ? Qui dirait que la faim dans le monde "c'est pas si grave" ?

Cependant, si la mode est de cracher sur l'individualisme, celui qui ne ferait pas de nous "un citoyen du monde", il est intéressant de remarquer qu'à chaque belle histoire il y a un conteur. Après l'histoire de la "main invisible", on voudrait pouvoir lire "l'union des hommes". Cependant à chaque conteur il y a une passion et si la "liberté" de la main invisible a rendu certains hommes "plus égaux que d'autres", on peut s'interroger sur la naissance des nouveaux chefs.

Gonflés de peur, on se passionne pour l'histoire d'un conteur qui lui même se passionne pour sa propre histoire. Un nouveau chef naît. Serait ce le maillon d'une future oligarchie politico-morale ? Féodalisme, nomenklatura, trader, le vrai danger ne serait il pas de laisser de nouveaux hommes s'asseoir sur un trône pour raconter une nouvelle histoire avant de ne pas vouloir s'en aller ?

"L'histoire ne se répète pas, elle bégaye", nous disait Marx qui s'est retourné dans sa tombe tout le XXe siècle et qui pourrait sûrement se présenter aux Jeux Olympiques de gymnastique aux vues de ce que l'on dit en son nom au début du XXIe siècle.

La mode est de comparer les crises et l'on oublie souvent de rappeler que l'après-crise de 1929 a été le théâtre de la profusion d'idéologies extrémistes qui portaient en germes les prémisses de la seconde guerre mondiale. On se plaisait alors à parler de la nature de l'homme, d'une forme d'"élan vital", toute une nébuleuse incarnant une volonté de retrouver une tradition primordiale, des sources humaines "forcément bonnes".

L'élan actuel serait il si différent dans le principe ? Un rousseauisme contemporain soulignerait l'exemple de simplicité qu'auraient les peuples "autochtones" et les masses pointeraient facilement les "nouveaux méchants" du doigt : bah ! Les méchants riches ! Pendant que leurs chefs mettraient en place leur autorité.

Une pluie de vagues idées de modèles oubliés s'abattrait elle sur notre conscience politico-morale en passant par le nuage des "oui mais, à condition que..." ?

Alors ? Renaissance ou nouveau tour de roue ?