Réserves Naturelles en Wallonie : une Solution pour le Climat ?

Article publié le 7 août 2015
Article publié le 7 août 2015

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

On traite trop souvent les politiques sur le climat et la nature de manière séparée. Cependant, les écosystèmes naturels offrent de nombreux services, à la fois pour atténuer le changement climatique et pour s’y adapter. Pourquoi n’intégrons-nous donc pas mieux ces politiques, pour tirer profit de leurs synergies ?

Le 10 mai 2015, l’association de protection de la nature Natagora a lancé un vibrant appel au Ministre wallon en charge de la nature, René Collin, pour la création de nouvelles réserves naturelles en Wallonie. Cet appel fait suite à la décision de la Région wallonne de mettre un terme au co-financement des réserves naturelles, gérées et parfois possédées par des organisations privées, telles que Natagora.

Plus de 400 sites naturels sont répertoriés en Wallonie. Ces réserves se trouvent autour de nous, mais que savons-nous vraiment d’elles ?

Nous sous-estimons souvent l’importance de ces zones protégées. Au-delà de leur rôle de protection de notre héritage naturel, elles offrent un vaste éventail de services gratuits à la société et à l’économie. Le réseau européen Natura 2000 couvre environ 27 000 sites naturels « d’intérêt communautaire » dans l’Union Européenne (carte interactive du réseau : ici). Il génère chaque année autour de 200 à 300 milliards d’euros de bénéfices, soit environ 2 à 3% du PIB de l’Union Européenne.

Selon le rapport 2015 « Etat de la Nature dans l’Union Européenne », publié le 20 mai par l’Agence Européenne de l’Environnement, Natura 2000 semble être un moyen efficace de protéger les espèces menacées, car la conservation remporte plus de succès sur les sites protégés que sur ceux qui ne le sont pas. Le rapport indique aussi qu’environ 70% des habitats en Belgique sont dans des situations défavorables, voire mauvaises. Malheureusement, ce chiffre fait écho aux statistiques déjà mauvaises sur la biodiversité en Wallonie, où 31% des espèces sont en danger ou vulnérables et 9% ont déjà disparu.

Cependant, au-delà de leur valeur intrinsèque et culturelle, il est crucial de préserver et renforcer notre biodiversité et nos écosystèmes wallons, pour relever les défis du climat.

Selon l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN), le réseau mondial des zones protégées permet le stockage d’environ 15% de carbone terrestre. Il fournit également une série de services écosystémiques, tels que l’approvisionnement en eau et en nourriture, qui soutiennent l’adaptation de la société au changement climatique et la réduction du risque de désastre.

Les tourbières des Hautes Fagnes, dans l’Est de la Belgique, par exemple, jouent un rôle crucial dans l’atténuation du changement climatique et peuvent capter jusqu’à dix fois plus de CO2 que les terres minérales. Une étude, publiée sous la direction de Jean-Pascal Van Ypersele et Philippe Marbaix, sur les impacts du changement climatique en Belgique, a déjà sonné l’alarme en 2004 et affirmé que les dernières tourbières non polluées risquent de disparaître dans les 20 à 50 prochaines années.

La présence de marais et autres zones humides, près des cours d’eau qui rencontrent des crues,  permet non seulement de réduire celles-ci, mais aussi de diminuer les risques de sécheresse, tout en favorisant une biodiversité plus riche et plus florissante.

Enfin, augmenter le nombre de réserves naturelles et d’espaces verts dans les villes serait bénéfique pour la réduction des températures urbaines, en atténuant l’effet « d’îlot thermique urbain ». Cela améliorerait en même temps la qualité de l’air et, dans certains cas, l’approvisionnement en eau.

Une nature saine avec une biodiversité riche permet en effet aux écosystèmes de mieux résister et de s’adapter aux impacts du changement climatique.

La Stratégie Belge d’Adaptation au Changement Climatique, approuvée en 2010, appelle à la préservation de la diversité génétique de nos forêts et à la conservation des écosystèmes, qui n’ont été que légèrement affectés par les activités humaines, dans le but d’améliorer leur résilience. Cette Stratégie, qui fournit un cadre aux politiques d’adaptation en Belgique, insiste sur l’importance de lier, autant que possible, climat et biodiversité, dans la prise de décision. De plus, elle recommande que la protection des systèmes naturels soit une des cinq catégories du futur plan d’action d’adaptation de la Belgique.

Le Rapport final sur l’Adaptation au Changement Climatique en Wallonie, commandé par l’Agence Wallonne de l’Air et du Climat, fait écho à la Stratégie et rappelle que la biodiversité constitue la principale source du capital génétique, dans lequel nous puiserons les ressources nécessaires, pour nous adapter au changement climatique, à la fois dans l’agriculture, la forêt ou la santé. Il va plus loin, en affirmant qu’il est urgent de préserver la biodiversité, pour soutenir notre capacité d’adaptation. Pourquoi la Wallonie est-elle alors si lente à mettre en place les mesures de protection adéquates, si cruciales pour la prospérité future de notre région ?

En Wallonie, seulement 0,7% du territoire bénéficie du statut de réserve naturelle, alors que les experts recommandent une taille idéale d’environ 5 à 10% des terres, pour arriver à une conservation efficace. De plus, le territoire wallon est particulièrement touché par la fragmentation de l’habitat, due à un haut niveau d’urbanisation et à diverses pratiques agricoles et forestières nuisibles. Cette fragmentation menace davantage la biodiversité wallonne, en empêchant la migration de certaines espèces, élément clé de l’adaptation de la faune sauvage au changement climatique.

En dépit de la décision du gouvernement wallon, jeudi dernier, de créer 18 nouvelles réserves naturelles et d’en étendre 3 déjà existantes, la Région a encore un long chemin à parcourir, pour remplir ses engagements et préserver la nature de manière effective. La Belgique a récemment reçu un avis de la Commission Européenne, qui pointe le long retard accumulé par la Région, dans la mise en place effective des sites Natura 2000 en Wallonie. Les mesures requises par l’Union Européenne ont été appliquées seulement sur 57 sites, sur les 240 repertoriés.

Il faut reconnaître que la Wallonie est encore loin de réaliser les objectifs inscrits dans la Stratégie pour la Biodiversité Nationale en Belgique, rédigée à la suite des engagements du pays dans les négociations de la Convention sur la Biodiversité des Nations Unies. Dans cette Stratégie, la Belgique s’est engagée à protéger 17% de ses terres et de ses eaux intérieures, grâce aux réseaux des zones protégées. La Stratégie mentionne : « A l’heure actuelle, seul un nombre limité de sites sur le territoire sont effectivement gérés et il est vital que des plans de gestion appropriés soient adoptés et mis en place, de façon urgente ». Elle insiste aussi sur l’importance de préserver les plus petits éléments du paysage. Ceux-ci jouent un rôle crucial pour assurer la connectivité entre les zones naturelles et augmenter leur résilience. Cependant, en l’absence d’une cartographie exhaustive de l’héritage naturel de la Wallonie et de son réseau écologique, la protection de ces zones est ralentie.

Il est donc de la plus haute importance, que la Région wallonne, via son Ministre de l’Environnement, en charge du climat, et son Ministre de l’Agriculture, en charge  de la nature, mette fin à la compartimentation de ces deux débats et prenne des mesures urgentes pour mieux les coordonner. Considérer ces deux sujets comme les deux faces d’une même pièce maximiserait leurs synergies et favoriserait une action effective et efficace, en faveur d’un développement durable de notre région.