Rencontrez les activistes Roms qui se battent contre les traditions.

Article publié le 4 mars 2017
Article publié le 4 mars 2017

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Albena Kostadinova est une travailleuse sociale fière de ses origines Roms. Elle dirige l'ONG « Indi Roma », qui aide la communauté Roms à s'intégrer dans plusieurs villes Bulgares, en aidant des hommes et des femmes Roms à trouver un travail stable.

cafébabel: De quelles manières « Indi Roma » travaille avec les femmes Roms ? 

Albena Kostadinova: C'est plus difficile de travailler avec les femmes qu'avec les hommes. Je ne sais pas si vous savez, mais les femmes Roms sont souvent traitées comme des citoyennes de seconde zone dans la communauté Roms. Après le collège (quand les enfants ont environ 15 ans), on leur répète que les femmes doivent rester à la maison pour s'occuper de la maison et de la famille, tandis que les hommes continuent leur éducation au lycée voire à l'université. Notre organisation combat les mariages précoces, et travaille pour l'égalité des chances. Nous travaillons à ce que les femmes terminent obtiennent un diplôme, par le travail ou grâce à des bourses. 90% des filles qui ont terminé le collège, nous les aidons à commencer le lycée du bon pied. Mais c’est beaucoup de travail avec les parents.

Cafébabel: Quelles sont les origines de cette attitude envers les femmes ?

Albena Kostadinova: Ce sont les traditions, les habitudes… L’âge moyen du mariage pour une femme Roms était autour de 14ans. Mais il y a du progrès ; nous avons des femmes qui ne sont pas mariées à 24-25ans, et quelques-unes qui ne se marient qu’à 26 ou 27 ans. Ce qui n’est pas normal, c’est qu’un enfant donne naissance à un enfant. Et nous devons travailler avec les mères, car ce sont elles qui donnent le feu vert pour le mariage de leurs filles.

Cafébabel : Est-ce fréquent pour les filles de se rebeller contre ces traditions ?

Albena Kostadinova: Il y a des filles qui se rebellent, on le remarque. J’ai été une des premières à m’opposer à ces traditions dans ma région, et aussi une des premières femmes Roms à commencer le lycée à Plovdiv. Mes parents avaient décidé que je devais me marier à 14 ans, mais j’ai tapé du poing sur la table et dit que je voulais étudier.

Mais ce n’est pas le but, nous ne recherchons pas les conflits. Nous voulons que les parents Roms comprennent, qu’ils voient les bénéfices de l’éducation et les dégâts causés par les mariages précoces. Nous voulons qu’ils arrêtent de supposer que les garçons doivent étudier et les filles non.

cafébabel: Est-ce qu’il y a de l’opposition au sein de la communauté ?

Albena Kostadinova: C’est habituellement les hommes qui s’opposent à nous. Notre dernier projet, sur les violences faites aux femmes était très dur. Le projet a duré un an, beaucoup de femmes sont venues à la conférence que nous avons organisée, pour partager leurs histoires. Après tout le travail effectué, les femmes avec qui nous avions travaillé ont réalisé qu’elles ne devaient tolérer aucune violence de la part des hommes présent dans leur vie. Elles ont réalisées que les lois étaient de leur côté. Les femmes deviennent très différentes quand elles connaissent leurs droits, et les hommes veulent l’obéissance de la part des femmes.

cafébabel: Comment aidez-vous ces femmes à obtenir des qualifications et plus de sécurité sociale ?

Albena Kostadinova: Nous les inscrivons à des cours, et nous les mettons en relations avec des structures qui combattent les violences domestiques (si elles ne veulent pas que leur mari sache où elles sont). Nous construisons toujours une relation avec ces femmes, elle perdure même quand le travail avec elles est terminé. Et les femmes dans le besoin sont toujours à la recherche de notre aide. Beaucoup d’entre elles ont acceptés la violence dans leur quotidien. La moitié des femmes Roms trouvent cela naturel. Et elles pensent que la violence concerne seulement la violence physique, pas la violence émotionnelle ou psychologique ; comme par exemple se voir répéter sans cesse que l’on ne travaille pas, qu’on est laide ou financièrement dépendante…

cafébabel : Quel est votre taux de réussite ?

Albena Kostadinova: Le taux de réussite est autour de 90% - Nous avons travaillé avec 200 personnes et environ 180 d’entre-elles ont trouvé un travail.

cafébabel: Quels métiers exercent-elles ?

Albena Kostadinova: Ca dépend de leurs diplômes et de leur expérience. Elles sont devenues jardinières, couturières, cuisinières… C’est un processus individuel. Quand vous êtes doué pour quelque chose et que vous faites les efforts nécessaires, les opportunités apparaissent.

cafébabel: Comment réagissez-vous au cliché «Les Roms ne veulent pas travailler» ?

Albena Kostadinova: J’ai toujours répondu sévèrement à cette critique. Vous ne pouvez pas mettre tout le monde dans le même panier. Il y a les Roms et les Roms. Beaucoup d’entre eux veulent travailler !