Relance du nucléaire au Japon

Article publié le 12 juin 2015
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Article publié le 12 juin 2015

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

L’autorité de régulation nucléaire japonaise a récemment jugé les deux réacteurs de la centrale de Sendai, dans le sud-ouest de l’Archipel, conformes aux nouvelles normes de sécurité, et a ainsi ouvert la voie à la relance de l’activité nucléaire au Japon d’ici la fin de l’année. A ce jour, les 40 réacteurs du pays sont toujours à l’arrêt, mais les deux unités de Sendai font partie des 24 réacteurs les plus sûrs que le gouvernement du Premier ministre Shinzo Abe souhaite redémarrer aussi tôt que possible.

A la suite de la catastrophe de Fukushima en 2011, avec l’arrêt de l’ensemble du parc nucléaire de l’Archipel nippone, il a fallu d’urgence remplacer une source d’énergie qui assurait près de 30% de la production. Le Japon n’avait pas d’autres choix que de faire redémarrer les vieilles centrales thermiques et de s’appuyer à 92% sur des ressources fossiles pour couvrir ses besoins en énergie.

Nul besoin de préciser quelles en ont été les conséquences pour l’impact carbone du pays. Mais, au-delà des conséquences sur l’environnement, ce revirement forcé de la politique énergétique a également fait plonger la balance commerciale du Japon à cause de l’importation des combustibles fossiles nécessaires à l’alimentation des centrales thermiques. Les coûts sont importants pour l’économie du Japon qui a vu une hausse moyenne de 20% de la facture d’électricité des particuliers et de 30% pour celle des entreprises. Dans le même temps, un rapport d’experts commandé par le gouvernement a conclu sans ambigüité que l’énergie nucléaire restait la source d’électricité la moins chère pour le Japon, malgré la hausse des coûts due aux normes de sécurité plus exigeantes imposées aux gestionnaires des centrales.

En effet, le prix de l’énergie nucléaire est en hausse par rapport aux prévisions d’avant 2011 pour deux raisons: les coûts prévisionnels en cas de grave accident ont considérablement augmenté, et les mesures supplémentaires de sécurité requises coûteront 60.1 milliards de yen en moyenne par réacteur. Pourtant, les experts, qui ont calculé les coûts de production de l’électricité à l’horizon 2030 à partir des différentes sources disponibles, concluent que l’énergie atomique est bien moins chère que les énergies fossiles, mais également moins chère que l’électricité d’origine éolienne, solaire ou hydraulique.

Ces conclusions font les affaires du Premier ministre Shinzo Abe, qui n’a pas cessé d’insister sur la nécessité de disposer d’une source d’énergie fiable et moins chère pour relancer l’économie du Japon. En outre, le gouvernement japonais met en avant la conférence COP 21, qui se tiendra à Paris en décembre 2015, et la fixation d’objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre de l’Archipel. Pour pouvoir annoncer des objectifs de réduction dignes d’un pays développé, le Japon doit se défaire de sa dépendance aux énergies fossiles.

Comme pour la France où la production d’électricité d’EDF repose à 95% sur des sources d’énergie non émettrices de carbone, le Japon devra tabler à la fois sur le développement des énergies renouvelables et sur la relance d’une partie de ses réacteurs nucléaires si il veut pouvoir réduire significativement ses émissions de carbone. C’est pourquoi le gouvernement de Shinzo Abe a annoncé vouloir porter la part des énergies « propres » de 10% à 24% d’ici 2030, mais il compte aussi sur le nucléaire pour générer de nouveau de 20 à 22% de l’électricité du pays.