Réfugiés : UE-Turquie, le big deal ?

Article publié le 9 mars 2016
Article publié le 9 mars 2016

Mardi, l’ONU a signifié à l’UE que l’accord prévu avec la Turquie pourrait être incompatible avec le droit d’asile international. Ankara propose de reprendre des migrants qui arriveront en Grèce et demande en contrepartie une augmentation de l’aide financière pour les réfugiés et une accélération des négociations d’adhésion. L’UE doit-elle accepter cette proposition ?

Naftemporiki - Grèce : donnant-donnant 

Il est absurde de négocier avec la Turquie pour résoudre la question des réfugiés et de la considérer comme un État tiers sûr, estime le journal économique conservateur Naftemporiki : « D'autant plus que ce pays a sa part de responsabilité dans la situation en Syrie, en s’ingérant dans la guerre de façon manifeste (en bombardant les Kurdes) et indirecte (en apportant son soutien à l’État islamique). Mis à part ce fait, on n’aurait pas besoin de bateaux de l’OTAN pour assurer qu’un État bien policé tel que la Turquie puisse faire son travail et lutter contre le trafic des passeurs, qui boome depuis des années. … En Turquie, de nombreux réfugiés continuent à vivre dans des conditions pitoyables. Certains d’entre eux ont été expulsés vers la Syrie, tandis que des forces de sécurité ont tiré sur des Syriens tentant de franchir la frontière. … Le sommet européen confirme l’existence d’une Europe profondément divisée qui applique une politique de donnant-donnant au lieu de rechercher une solution commune de la question des réfugiés ». (09. Mars 2016)

T24 - Turquie : loin des hommes 

Le deal entre l’UE et la Turquie visant à lutter contre la crise des migrants est pitoyable, s’indigne le journal libéral en ligne T24 : « L’Europe toute entière, l’Allemagne en tête, cherche à se débarrasser des réfugiés et la Turquie est sa seule bouée de sauvetage. Dans cette ambiance d’entente cordiale, l’Europe est prête à cautionner n'importe quoi, que ce soit l’état des libertés et des droits de la personne ou le régime autoritaire en Turquie. Et elle va même jusqu’à l’avouer ouvertement en concédant qu'elle ne voit pas d’autre alternative. Tant que la Turquie garde les réfugiés sur son territoire, elle peut faire ce qu’elle veut dans ses affaires intérieures. L’UE n’écrira pas de rapports annuels, et ne lui demandera pas de comptes. Et même si elle relève certaines choses, elle les gardera secrètes jusqu’au printemps prochain. Cette ignorance volontaire arrange pas mal notre gouvernement ».  (08. Mars 2016)

El Mundo - Espagne : surveiller les Turcs 

Après son accord passé avec la Turquie, l’UE doit endosser ses responsabilités, et vérifier que le pays utilise correctement les fonds qui lui sont accordés, met en garde le quotidien conservateur El Mundo : « L’UE doit surveiller de près les engagements de la Turquie sur la question des réfugiés et s’assurer qu’Ankara se sert des fonds alloués pour satisfaire les besoins élémentaires des réfugiés et lutter activement contre les groupes de passeurs qui agissent en toute impunité sur son territoire. Même si à compter d’aujourd’hui, la route des Balkans était réellement fermée, il est fort probable que ces passeurs sans scrupules trouvent de nouvelles voies pour continuer leurs affaires lucratives. Étant donné que l’accord comprend également l’admission sans visa des ressortissants turcs en Europe et la reprise des négociations sur l’adhésion de la Turquie à l’UE, Bruxelles doit obliger le gouvernement d’Ankara d’engager des réformes afin de renforcer la démocratie dans le pays ». (08. Mars 2016)

Expressen - Suède : intercepter les passeurs  

Pour le quotidien Expressen, un accord avec la Turquie irait dans le bon sens : « L’UE ne doit pas oublier avec qui elle négocie. C’est pourquoi, il est rassurant de voir que beaucoup de grands chefs d’États européens ont condamné la prise de contrôle par le régime turc de Zaman, le premier journal d’opposition. Et pourtant, ces négociations vont dans le bon sens. (...) Certains détails sont peut-être à revoir, mais la tendance générale est louable. Il faut mettre fin au trafic de réfugiés illégal et chaotique dans l’UE. Ceci entraîne des tombereaux de victimes en Méditerranée et profite à des organisations criminelles. En outre, il en va de la survie même de l’UE. Une UE en désintégration qui, de plus en plus affaiblie et divisée, fait le lit de l'émergence des nationalismes, n’avancera personne, et encore moins les pauvres de ce monde ». (08. Mars 2016)

Médiapart - France : à droite toute 

Dans la crise des réfugiés, l’Europe glisse toujours plus vers la droite, regrette le journal en ligne de centre-gauche Mediapart : « L’échec des dirigeants européens est d’autant plus flagrant qu’il est en opposition complète avec la mobilisation des citoyens du continent qui, par dizaines de milliers, n’ont cessé depuis cet été d’apporter aide, humanité et secours aux migrants. … Plutôt que d’écouter cet élan de solidarité, la plupart des dirigeants ont préféré faire le choix de la fermeture, tandis que le positionnement égoïste et rétrograde des pays du groupe de Visegrad … , auparavant minoritaire à Bruxelles, a gagné du terrain. L’Europe centrale semble aujourd’hui imposer son agenda. Avec chaque fois le même scénario : lorsqu’un parti au pouvoir tient un discours hostile aux migrants, il se voit dépassé sur sa droite aux élections qui suivent. Ce fut le cas en octobre en Pologne, avec le retour de la droite ultraconservatrice à l’exécutif. Ce fut le cas ce week-end en Slovaquie, avec la percée de l'extrême droite au Parlement. » (08. Mars 2016)

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Cet article est publié en partenariat avec euro|topics