Réfugiés : le bateau Iuventa ou l'art du sauvetage en mer 

Article publié le 13 septembre 2016
Article publié le 13 septembre 2016

Il y a de multiples façons d'employer son temps pendant les vacances. L'une d'entre elles est d'en faire don (littéralement) à une cause. César est photographe freelance et a décidé, pour une fois, de mettre son objectif au service de Jugend Rettet, une organisation non gouvernementale qui, avec son bateau Iuventa, s'occupe de récupérer et de sauver ceux qui tentent de traverser la Méditerranée. 

Certaines situations nous mettent à l'épreuve. Elles nous testent, elles essaient de nous montrer de quoi nous sommes faits, et si nous ne sommes pas en mesure d'y faire face, elles nous recrachent après mastication sans laisser aucune trace des bonnes intentions avec lesquelles nous étions partis. Il faut certaines qualités, du caractère, et la capacité de pouvoir se mettre en danger. Et il faut le supporter ce danger, en suivre les règles et savoir encaisser pour réagir avec de nouvelles forces et de la volonté. 

C'est une histoire hors du commun, qui commence par une tragédie : 800 personnes perdent la vie dans le canal de Sicile. Le 19 avril 2015, un bateau, plein d'être humains, d'espoir et de peur, coule alors qu'il tentait de traverser la Méditerranée, de la Libye à la Sicile, emportant dans les profondeurs, tous les passagers avec lui. Pour Jakob, un jeune allemand de 19 ans, c'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase. C'est aussi le moment où il décide de faire quelque chose en plus, quelque chose de concret. Il fonde alors Jugend Rettet et lance une campagne de crowdfunding pour acheter un bateau, la Iuventa, afin d'aller secourir personnellement tous ceux qui tentent la traversée de l'espérance entre les côtes africaines et européennes. 

 

Cela peut sembler fou, et pourtant, un an plus tard, le projet se concrétise. La Iuventa prend le large avec sa nouvelle mission. Parmi les membres des premiers équipages, César, un reporter photo espagnol, a décidé de donner de son temps pour aider l'organisation en couvrant une des premières sorties du bateau. « Plusieurs raisons m'ont poussé à embarquer à bord d'une telle entreprise. Bien sûr, pouvoir couvrir une initiative comme celle-ci en tant que journaliste, avec attention et tact, a eu son importance d'un point de vue personnel. Mais c'est surtout la volonté de faire quelque chose de concret face à cette situation qui m'a poussé à réfléchir sérieusement à cette possibilité. C'est mon frère qui m'en a parlé, il vit à Berlin : un jeune équipage, une nouvelle organisation et la possibilité de faire quelque chose de positif, pour moi comme pour les autres. Je me suis dit : Pourquoi pas ? »

Tout commence à Malte par une semaine d'entraînement, après laquelle suivent 16 jours en mer et 2 jours à nouveau sur la terre ferme pour former l'équipage suivant. « Il n'y a pas trop de temps pour s'acclimater, on commence dès le début par le sauvetage. En mer, nous avons porté secours à environ 19 bateaux remplis de personnes. C'est l'expérience la plus particulière de toute ma vie », raconte César. Mais malgré la faible expérience de l'organisation en sauvetage en mer, tout s'est bien mieux passé que ce à quoi on aurait pu s'attendre. « À vrai dire, j'ai été un peu surpris par la préparation de tout l'équipage, vraiment incroyable. Évidemment, il y a des choses qui peuvent être améliorées, mais tout s'est vraiment bien passé. »

« La situation en général est...compliquée. Le nombre de personnes qui continuent de traverser la Méditerranée est le même que l'année dernière, et rien ne laisse penser qu'il diminuera dans un futur proche. C'est complètement absurde. Les ONG essaient d'aider ces gens, mais sans une prise de position ferme des États, il est impossible d'imaginer une amélioration de la situation. Une grande partie des gouvernements européens œuvre pour confiner les gens en Libye, mais de là-bas aussi les gens fuient la guerre. En agissant ainsi, ils ne font rien d'autre que les prendre au piège », affirme César.

« Je pense avoir aidé l'organisation, avec mon travail. Ils avaient besoin de quelqu'un qui prenne des photographies de leurs opérations, et je pense l'avoir fait d'une façon très personnelle, humaine. En racontant des histoires, en expliquant comment se déroule leur travail, en parlant avec eux et en illustrant leur engagement. À la fin de cette expérience, ce que j'emporte avec moi, c'est avant tout leurs histoires, de nombreuses histoires. Des styles de vie très différents et des conceptions de la vie encore plus différentes. Et ça m'a aussi fait comprendre à quel point ils ont encore besoin d'aide. Ce n'est jamais suffisant. »

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Cet article fait partie de notre dossier The Other Side of Summer qui fait la lumière sur ces jeunes qui ont sacrifié leur été pour aider les autres.