Réfugiés et bénévoles à Berlin : le goût des autres

Article publié le 13 mai 2016
Article publié le 13 mai 2016

À l’été 2015, l’Allemagne ouvrait ses frontières aux réfugiés en provenance de Syrie et d’ailleurs. Les institutions de l’État censées les aider croulent alors sous le travail. L’initiative citoyenne Moabit hilft (Moabit aide) est l’une des raisons pour lesquelles l’enregistrement des réfugiés se poursuit plus ou moins sans encombres.

Le projet

À l’apogée de la crise, des centaines de personnes faisaient chaque jour le pied de grue devant le Bureau des Affaires sociales et de la Santé (LAGeSo) en attendant une réponse, quelle qu’elle soit, suite à leur demande d’asile. Après un long voyage depuis leur pays d’origine, les réfugiés étaient désespérés et plusieurs échauffourés ont été signalées dans les rangs de la file d’attente. C'est alors que Moabit hilft intervient afin d’apaiser les tensions et de les aider à se procurer les biens les plus fondamentaux.

Aujourd’hui, l’ONG est constamment présente au LAGeSo, et agit comme un centre d’aide où la population peut faire don de vêtements, nourriture, produits d’hygiène corporelle, et même donner de l’argent. Les volontaires font le tri parmi ces dons et les redistribuent aux réfugiés dans le besoin.  

Les bénévoles

Hannah, 20 ans : « J’étudie les mathématiques et c’est très éprouvant mentalement. Ici, je ne réfléchis pas. Je range simplement les serviettes hygiéniques, ou trie les shampooings. C’est un boulot facile, et il y a beaucoup de gens sympas par ici. Les réfugiés viennent parce qu’ils aiment avoir un autre endroit où aller en dehors de leur maison. Je ne sais vraiment pas comment ils parviennent à rester positifs après tout ce qu’ils ont traversé ».

Jasmin, 34 ans : « Je travaille autant que je peux ici, parfois même 12 heures d’affilée. J’ai promis à mes grands-parents que s’il y avait une crise des réfugiés, j’apporterais mon aide. Ils étaient tous deux réfugiés allemands à Jérusalem, où je suis née. D’une certaine manière, j'en suis moi-même une étant donné que je ne peux plus retourner à Jérusalem. La police m’arrêterait pour m’être exprimée politiquement contre le génocide ».

Jasmin, 24 ans : « Je suis née en Allemagne et ma mère était une libanaise réfugiée. Elle a fui son pays à cause de la guerre. Le plus difficile quand tu travailles ici c’est quand tu sais que tu ne peux pas aider. Je travaille avec un réfugié de 17 ans et nous allons consulter un avocat ensemble : nous essayons de faire venir ses parents, restés en Syrie. Ils sont très vieux, lui aura 18 ans en septembre et nous savons que ses parents ne pourront jamais être présents d’ici là, le délai est trop court ».  

Riyad, 47 ans : « Je suis un réfugié de plus ici (rires). Je suis originaire de Libye, mais j’ai étudié la Science des Matériaux en Allemagne il y a 10 ans. Ma famille habite ici, ce qui est une bonne chose. Mes enfants vont dans une école allemande et ils parlent la langue couramment. Je n’ai toujours pas le droit de travailler, même si j’aimerais pouvoir le faire. Nous avons obtenu une aide financière du LAGeSo, mais je ne veux pas toucher de l’argent sans rien faire. C’est pourquoi je suis bénévole ici en tant que coordinateur ». 

Ho Jong, 47 ans : « Ma femme n’était pas satisfaite de la façon dont nous menions notre vie, principalement centrée sur notre petite personne. Nous avons donc décidé de faire quelque chose pour nous rendre utiles à la société. 1) Mettre un peu d’argent de côté et l’utiliser pour aider les gens. 2) Donner de notre temps pour faire un travail « concret ». Chaque année, nous prenons deux semaines de vacances et faisons du bénévolat ». 

Unai, 30 ans : « Avant, j’étais mécanicien automobile mais je n’y prenais pas vraiment de plaisir. Je voulais changer de vie, et c’est pourquoi j’ai déménagé à Berlin. J’ai toujours voulu travailler dans le social. J’étudie maintenant la pédagogie et travaille à mi-temps. Ici nous servons des boissons chaudes trois fois par jour à ceux qui font la queue devant le LAGeSo. Ça leur procure une certaine joie : j’aime cette ambiance et le travail que nous accomplissons ici ».

Mustafa, 29 ans : « Je viens de Palestine. J’ai travaillé en tant que professeur de langue et littérature arabe en Syrie. J’habite ici depuis déjà 8 mois. Après avoir terminé mes cours d’allemand, je veux aller à l’université. Je pourrai alors redevenir enseignant ». 

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Cet article fait partie de notre série de reportages « EUtoo » un projet qui tente de raconter la désillusion des jeunes européens, financé par la Commission européenne.