Réfugiés en Hongrie : Bienvenue et Bon-putain-de-voyage

Article publié le 7 décembre 2015
Article publié le 7 décembre 2015

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

En Hongrie, des barrières économiques et sociales barrent la route des réfugiés entrant dans le pays, en plus des murs réels. Ici, un fonctionnaire hongrois donne son opinion personnelle sur les difficultés entraînées par la crise des migrants sur la capitale, autrefois prospère, du bassin des Carpathes.

C'est généralement quand je suis dans un bar, dans un café ou au bistrot (quand j'entends par hasard des gens discuter de l'actualité) que ce refrain s'immisce dans ma tête. Si vous avez vu la comédie musicale  Sweeney Todd à Londres (ou le film de 2007), Vous vous souvenez surement de la chanson d'ouverture : « There’s a hole in the world, like a great black pit, and it’s filled with people, who are filled with... »”

Ce n'est pas représentatif de ce que je pense de mon pays bien-aimé et du peuple qui y vit. Pour moi, la Hongrie est le pays de tous les pays. Même si depuis plusieurs années elle n'est plus la prospère capitale du Bassin des Carpathes, l'exemple pour tous, le modèle à suivre. Aujourd'hui, je dirais qu'elle est foutue, elle lutte pour trouver la voie, sans croyances ni valeurs. Certains diront le contraire (qu'elle a bel et bien des convictions et des valeurs), cependant il m'est clair que la Hongrie est en difficulté. C'est aujourd'hui un pays qui tourne le dos au progrès au profit de conflits d'idées et d'identités. Elle s'est écartée depuis bien longtemps de sa quête pour devenir le plus excitant, le plus hypnotisant, le plus fringuant et le plus bel endroit sur terre. Elle est devenue un pays du tiers-monde à l'économie déroutée, une société qui se détache progressivement des outsiders.

La question des réfugiés s'avère être plus épineuse que prévue. L'Union Européenne en général,et individuellement chaque état, ont une opinion changeante, mais hélas, la question demeure insoluble. Doivent-ils rester ou doivent-ils partir ?

Des barrières, à la fois physiques et sociales

La Hongrie a été au cœur de l'attention depuis le mois de juillet grâce à ses tristement célèbres clôtures de barbelés (tenant plus du lambeau de fer que du rideau ?), installés le long de sa frontière avec la Serbie. La vague de protestation qui s'en suivit, ou du moins la reconnaissance que cette mesure était discutable, était légitime. La Hongrie a joué, surtout au cours des quelques vingt dernières années, un rôle majeur dans la réconciliation entre Est et Ouest. Par dessus tout, à quel point est-ce inhospitalier (ou in-européen ?) de construire une barrière pour se protéger de centaines de milliers d'autres êtres humains à la recherche d'asile politique dont la meilleure option est de fuir leurs foyers ?

Je trouve la déclaration de Jean-Claude Juncker dans laquelle il dit ne pas vouloir vivre dans une Europequi ferme ses frontières, à la fois belle et risible, dans sa naïveté. Je suis presque d'accord avec certains commentaires des médias allemands qui avaient à l'origine calomnié la Hongrie à cause de cette barrière. Fort heureusement, l'ironie a encore frappé ; quelques semaines plus tard, ils ont réalisé qu'ils n'avaient pas d'autre choix que de renforcer les contrôles aux frontières.

Saviez-vous que, seloncet article, 19 lois et politiques intérieures ont été modifiées depuis cet été en raison du problème des migrants ? On ne pense pas aux conséquences supplémentaires sur les administrations légales et étatiques, ni à leur délicate complexité. Dans un sens, ne serait-ce pas « seulement » nos émotions qui permettent de former une opinion publique, que les politiciens et les représentants légaux sont censés prendre en considération ?

La méfiance des outsiders et les réalités économiques

Ce que j'ai compris en écoutant les conversations des autres piliers de bar : Les Hongrois n'ont généralement aucun mal à ne faire confiance à personne et à ne pas vouloir suivre les ordres venant d'un outsider. Il y a quelques années, l'un des sujets ayant suscité une incroyable effervescence au sein de notre société était le débat pour décider si oui ou non il fallait donner la double nationalité à ces Hongrois coincés en dehors des frontières historiques du pays. Ni nos racines culturelles communes, ni notre langue unique, et encore moins de nombreux cas de familles n'ont suffi à enrayer le manque de confiance de notre nation envers « l'autre côté ».

Nous parlons aujourd'hui d'outsiders qui viennent d'encore plus loin, avec un langage, une religion et une culture totalement différente de la nôtre. Ce honteux rejet (chapeau bas, cependant, à ceux qui ont aidé de quelque manière que ce soit) n'est en rien une surprise.

Malheureusement, oui, on peut le comprendre, il semblerait que lesmesures xénophobes prises par notre Premier ministre soient en adéquation avec l'opinion publique. La migration islamique vers la Hongrie, même à moindre raison, représente une tâche ingérable et un réel obstacle pour notre nation, pas seulement à cause des réalités économiques, mais aussi en raison de notre faible niveau de préparation morale, intellectuelle et institutionnelle. Pour être clair, cependant, le large succès des politiques hongroises de gestion des réfugiés n'est pas du tout dérivé de ces préoccupations...