Réfugiés en Europe : un an pour (se) tromper énormément

Article publié le 2 septembre 2016
Article publié le 2 septembre 2016

Il y un an, la chancelière allemande Angela Merkel appelait à accepter en Allemagne les réfugiés qui s'amassaient dans la gare de Keleti, à Budapest. Une décision qui a par la suite entraîné une hausse du nombre de réfugiés. « Nous y arriverons », avait alors déclaré la chancelière. Un an après, la presse reste très partagée quant au cap impulsé alors par la chancelière.

Espagne - ABC : la vie de millions 

Si la chancelière voulait bien faire en prenant sa décision il y a un an, elle a finalement obtenu l'effet inverse, affirme ABC : « Il y a un an, Angela Merkel décidait que la situation dramatique des réfugiés en Hongrie constituait une urgence humanitaire exceptionnelle qui justifiait de passer outre les lois de l'UE en vigueur dans les 28 États membres, de façon arbitraire et sans aucune concertation préalable. (...) Personne ne doute de ses bonnes intentions. Ni de sa disposition généreuse à offrir l'asile à tous ceux qui le nécessitaient, de sa compassion et de sa volonté d'empêcher les drames que la télévision montrait à la planète entière. Mais il est indéniable que Merkel a brisé ce jour là le principe de légalité dans l'UE. Et qu'elle a déclenché une logique perverse qui a bouleversé la démographie des villages, des quartiers et des villes d'Allemagne, et changé la vie de millions de ses compatriotes ». (02/08/2016)

Lituanie - Lietuvos zinios : la fille d'un pasteur louée par le pape

Un an après ses propos maintes fois cités, Merkel est bel et bien arrivé à quelque chose, résume le quotidien Lietuvos žinios : « La fille d'un pasteur mène une politique humaniste et reçoit les louanges du pape, des États du Proche-Orient, notamment de ceux qui connaissent un afflux important de réfugiés, comme la Jordanie. Les éloges viennent aussi d'Obama et même de la Chine communiste, bien que ni Washington ni Pékin n'approuvent l'accord passé entre l'Allemagne et la Turquie. Or c'est précisément cet accord qui a contribué à faire en sorte que les chiffres de réfugiés venant en Allemagne aient pu être réduits - 200 000 en novembre 2015 contre 16 300 en juin dernier ». (01/08/2016)

France - Le Figaro : les chemins de bataille 

La crise des réfugiés est loin d’être enrayée, commente le Figaro, qui critique la trop grande indulgence de la France : « Ce tsunami migratoire touche l'ensemble de l'Union européenne. C'est, bien sûr, à ce niveau que des solutions, autrement plus drastiques que celles de Schengen, doivent être trouvées. Mais la France ne peut éluder ses propres responsabilités. Elle est moins regardante que beaucoup de ses partenaires pour accorder sa protection aux demandeurs d'asile. Les aides sociales aux sans-papiers y sont également plus accessibles. Enfin, les procédures de reconduites aux frontières se perdent plus qu'ailleurs dans les méandres des recours judiciaires. Si la générosité assumée d'Angela Merkel est intenable, le laisser-faire de François Hollande n'est plus tolérable. Avis aux candidats : c'est aussi sur ce terrain-là que se jouera la bataille de 2017 ». (01/08/2016)

Belgique - Le Soir : « On ne gagne pas une guerre avec de bonnes intentions »

Une initiative paneuropéenne aurait été préférable à l'initiative unilatérale de Merkel, lit-on dans Le Soir : « On ne gagne pas une guerre avec de bonnes intentions : c’est l’autre face de cette déclaration historique. Ce grand acte moral s’est en effet suivi d’un ratage politique et opérationnel. Et aujourd’hui, on ne peut que constater que, si le flux de réfugiés s’est arrêté, c’est avant tout parce que d’autres dirigeants ont fait le "sale boulot", la chancelière elle-même pactisant in fine sans honneur avec la Turquie pour sauver la situation, et sa position. L’histoire montrera qu’il y aurait eu une autre manière de véritablement "gérer ça", via les instances européennes, en réaffirmant ensemble d’abord le principe moral, mais assorti d’un plan d’action pragmatique ». (31/08/2016)

République tchèque - Právo : alors, on y est arrivés ?

Un an après le « Nous y arriverons » de Merkel, la chancelière a reconnu quelques erreurs. Un mea culpa qui n'a pas convaincu le quotidien Právo : « La chancelière n'a pas fait d'aveux bien surprenants. Elle a au contraire tenté de rejeter la responsabilité de cette situation chaotique sur l'ensemble de l'UE, et donc de détourner l'attention de ses propres erreurs. Elle a notamment omis de se demander ce qu'il adviendrait en invitant de façon non coordonnée de centaines de milliers de réfugiés en Europe et en Allemagne. Un an après, il est trop tard. Il est évident que tout ceci générera une charge énorme pour l'État allemand sur le long terme. Les Allemands ne croient plus que l'on puisse y arriver. (...) Aujourd'hui, on peut seulement encore tenter de renfermer le génie, c'est-à-dire les masses incontrôlées de réfugiés, dans la bouteille. Il n'est pas dit que l'opération réussisse ». (01/09/2016)

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Cet article est publié en partenariat avec euro|topics