Réfugiés : des vies en suspens

Article publié le 8 septembre 2017
Article publié le 8 septembre 2017

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Un petit geste peut mener loin. C'est le cas de la Mobile Info Team en Grèce, une équipe dévouée de 12 volontaires qui cherchent à conseiller les réfugiés sur les lois et les procédures d'asile. Dans un système administratif qui peut parfois rappeler un cauchemar kafkaien, ces bénévoles dynamiques travaillent sans relâche pour réunir ces familles divisées. Et ce n'est pas toujours facile.

"Mais est-ce qu'elle va mourir ?" demande Jannika. C'est une chaude après-midi à Thessalonique, en Grèce, où il fait même plus chaud dans le petit bureau de centre-ville où la Mobile Info Team(MIT) se retrouve chaque matin. La question est suivie d'un petit rire irrité de la part du groupe, mais c'est un des critères majeurs qui permettent d'évaluer l'urgence d'une situation, et si celle-ci doit être accélérée dans le cadre du programme de réunification familiale. En pratique, on n'est pas loin de la réalité : un cas est rarement considéré comme nécessitant une accélération du processus, à moins que le candidat ne soit sévèrement malade ou ait besoin de soins qui ne peuvent pas être dispensés en Grèce.

MIT est un groupe hétéroclite de 12 bénévoles qui renseignent pertinemment les réfugiés sur les lois et procédures de demandes d'asile. L'équipe s'assoit en cercle au centre de la pièce, certains sur des chaises sont tirées de piles de déchets, certains sur des bancs en bois récupérés tandis que les autres restent en tailleur sur le sol. Ils sont au milieu d'un cas pratique, et le débat du jour au sujet de l'augmentation de fuites n'est pas inhabituelle.

Des vies en suspens

MIT a été fondé en 2016 lorsque les pays voisins de la Grèce ont fermé leurs frontières, bloquant la route des Balkans et poussant les réfugiés a monter des camps en Macédoine. Un an plus tôt, en mai 2017, près de 62 000 demandeurs d'asilesont toujours en attente en Grèce. MIT a pour but de venir en aide aux demandeurs d'asile pour réclamer des mesures d'autonomie et de contrôle au sein d'un système bien souvent nébuleux, voire inaccéssible.

En mars dernier, le Ministre fédéral allemand de l'Intérieur, Thomas de Maizière a requis une restriction sur les transferts de regroupements familiaux approuvés depuis la Grèce vers l'Allemagne. Avant Avril, l'Allemagne a réuni plus de 300 personnes par mois, mais depuis que les restrictions ont été mises en place, seulement 100 par mois ont pu faire le voyage de la Grèce vers leur famille. 70 de ces cas ont été choisis d'après une liste établie selon l'ordre chronologique d'arrivée, et les 30 autres sont des cas accélérés duent à des circonstances exceptionnelles, qui sont souvent des maladie, quelques fins de grossesses ou des mineurs seuls en Grèce.

Lorsque les retrictions ont été mises en place, la MIT a démarré une campagne pour faire prendre connaissance des injustices et mettre la pression eu Ministre de l'Intérieur Allemand afin d'abroger cette mesure. Ils ont créé une pétition dans le but de mobiliser pour soutenir leur cause, et ont commencé à collecter et traduire des lettres de réfugiés qui avaient été directement touchés. Les lettres sont des fenêtres ouvertes sur l'atat d'esprit dans lequel sont les demandeurs d'asile.

"La situation est terrible. Ma fille de 16 ans en Allemagne n'a pas pu se rendre régulièrement à l'école car elle souffre d'un traumatisme psychologique. Sa soeur de 18 ans veille sur elle. Chaque fois qu'elle entend le mot "père" ou "mère", elle pleure." Mahmoud est en Grèce avec sa femme et quatre de ses six enfants depuis février 2016. Il continues : "Nous n'avons pas vu nos deux filles depuis deux ans car elles sont Allemagne et nous ne pouvons pas lutter contre l'éloignement. S'il vous plait, Monsieur de Maizière," plaide-t-il, "levez la restriction actuelle sur la réunification vers l'Allemagne. Laissez-nous voir nos filles et les supporter, comme ce que font tous les parents pour leurs enfants. Autorisez nos enfants aujourd'hui en Grèce a vivre en sécurité avec leur famille."

Les demandeurs d'asile qui sont déjà exténués après avoir fuit leur maison et leur pays traumatisés par les combats qu'ils tentent de laisser derrière eux, doivent maintenant attendre sans fin dans les camps grecs. 

De plus, les conditions nécessaires à l'accélération d'un cas n'est pas clairement définis, ce qui signifie que l'équipe doit amasser autant d'informations que possible afin de présenter des dossiers cohérents aux services de l'immigration grecs et allemands. Pourtant, il n'y a aucune garantie que le dossier soit accepté.

"Une grand-mère est attendue en Allemagne"

Un cas a été présenté à la MIT en juin lorsque le petit-fils d'une femme à laquelle l'équipe fait affectueusement référence sous le nom de 'Granny' les a contactés par téléphone. Il s'apprêtait à s'envoler pour la Norvège dans le cadre du programme de relogement vers l'Allemagne. Due aux restrictions de vol, elle n'a pas put faire en faire partie et n'a aucun moyen de savoir lorsqu'elle pourra embarquer. Il était hors de quesion pour le peti-fils de laisser sa grand-mère seule, même si cela signifiait rester en Grèce illégalement.

Bien que les raisons motivant la demande d'accélération étaient évidentes au vue de son âge et ses problèmes de santé, ils n'ont obtenu aucune guarantie d'avancer son transfert. Rosie, une nouvelle assistante sociale sur le coup, a pris le cas en charge et commencé à prendre contact avec la MIT. Elle a joins le bureau des transferts à plusieurs reprises, accompagné le petit-fils dans les démarches médicales afin de sécuriser le vol. Elle a informé des démarches Granny et son petit-fils chaque jour. A la fin, l'histoire s'est soldé par un rare mais réconfortant succès et le vol de Granny vers l'Allemagne a été planifié pour août.

Rosie a organisé le transfert depuis la caravane de Granny dans son camps vers l'aéroport. C'était trop beau pour être vrai. Mais le coeur de toute l'équipe s'est arrêté lorsque le petit-fils, qui avait prévu de s'envoler le même jour, a vu sa grand-mère derrière la vitre de séparation à l'aéroport. Des heures ont passées depuis l'heure prévue du décollage. L'équipe s'est alors frénétiquement mise à la recherche sur le site de la compagnie aérienne, avant de découvrir qu'il s'agissait d'un simple retard. Pour tous les cas qui n'ont pas aboutit auxquel la MIT est quotidiennement confrontée, Granny a été une rare mais joyeuse fin.

L'incertitude, une épreuve de plus

L'article 29 de la Convention de Dublin stipule que : "Le tranfert de candidats... depuis le pays membre demandeur vers le pays membre compétent devrait être traité ... aussi rapidement que possible, et dans un maximum de six mois après l'acceptation de la demande." Cette date butoir a été mise en place pour éviter aux candidats d'attendre indéfiniement pour leur transfert. Mais lorsque les restrictions de l'Allemagne ont été appliquées, la limite de six mois est apparue comme dénuée de sens. Par exemple, en juin 2017 ce délai avait été dépassé pour plus de 300 cas, et le retard s'accumule un peu plus chaque mois.

Laura, une autre assistante sociale de la MIT, est en train de parler rapidement en allemand au BAMF (le bureau des réfugiés allemand). Elle se bat pour un cas dans lequel deux grands-parents en mauvaise santé abandonnés en Grèce. Leur fils Ahmed et sa famille ont prévu de prendre un vol vers l'Allemagne afin de rejoindre le fils de ce dernier, qui n'a pas vu sa famille depuis plus d'un an. Contrairement à ce qu'on lui a précédemment dit, Ahmed a maintenant été informé par les autorités que sa femme et ses enfants allaient devoir s'envoler vers l'Allemagne en premier. Seulement ensuite, les grands-parents pourront candidater pour un rapprochement en fonction des besoins de dépendance. Les personnes admissibles au programme de réunification familiale sont les conjoints, parents et mineurs - à moins qu'ils y ait des preuves que l'une des parties soit dépendante de l'autre et ne puisse s'en séparer.

Ahmed plaide pour la situation de ses parents. Son père ne peut pas marcher ou se rendre seul aux toilettes. Il est toujours en fauteuil roulant et a besoin d'un accompagnement permanent. Sa mère a des problèmes de coeur, de pression artérielle ainsi que de niveau de sucre. Elle a besoin d'une intervention chirurgicale au niveau du dos et elle ne peut rien faire par elle-même. S'occuper des ses parents est un emploi a plein temps pour Ahmed, et chaque membre de la famille participe à leur bien-être.

Ahmed est dans une situation impossible. S'envoler vers l'Allemagne avec sa famille lui permettra de rejoindre son fils qui a besoin de sa présence, et peut être est-ce le seul moyen d'obtenir la venue de ses parents en Allemagne. Mais cela signifie aussi que lui et sa famille ne pourront pas prendre soin des parents alors qu'ils seront perdus dans les limbes de la Grèce, coincés dans l'obscurité du système.

La Convention de Dublin précise qu'il devrait y avoir un "traitement rapide pour les demandes d'asile nécessitant la protection internationale." La Convention indique aussi que "la vie de famille devrait être une priorité des Etats Membres." Les assistants sociaux de la MIT ont eu à plusieurs reprises à annoncer que des transferts vers l'Allemagne étaient acceptés mais sans avoir de date. L'attente prolongée et l'absense complète d'informations est un immense fardeau psychologique pour les familles séparées.

Une lueur d'espoir

Le 27 juiller, l'UE a lancé un nouveau programme humanitaire pour "l'intégration et le logement de réfugiés en Grèce." 209 millions d'euros ont été promis pour les demandeurs d'asile en Grèce. Dans ce montant, 93,5 millions vont être destinés à l'habitat, afain de placer 30 000 réfugiés dans des appartements loués. 57,6 millions seront consacrés à un programme  de versement mensuel, qui a pour "but de permettre aux réfugiés d'accéder à leurs besoins basiques d'une manière digne." L'argent restant sera distribué aux ONG "pour mener à bien des projets en matière de besoins humanitaires urgents en Grèce."

La MIT a l'espoir que cette aide apportera des changements mais le nombre de demandeurs d'asile en Grèce continue d'augmenter. Tout réfugié qui est ou va arriver en Grèce après le 20 mars 2016 et qui n'est pas éligible au regroupement familial n'a qu'une autre option : faire une demande d'asile en Grèce. Mais la démarche d'intégration est instable. Il n'existe par exemple aucun cours de langue officiel. D'abord, le réfugié reçoit une assistance sous forme d'un logement et d'une allocation versée en espèce. Après trois ou six mois, même s'il est toujours ne situation précaire, la mensualité prend fin. De nombreux citoyens grecs sont au chômage, il est donc extrêment difficile pour les étrangers de trouver un travail.

Et c'est de cette manière que la réunion se termine et les bénévoles de la MIT retournent à leurs occupations. Ils s'emparent de leur téléphone pour contacter les avocats, écrire aux clients et espérer qu'un jour, lorsque l'on aura plus besoin d'eux, leur mission prendra fin.

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