Refugees for Refugees : musiciens sans frontière

Article publié le 8 août 2016
Article publié le 8 août 2016

Les festivaliers d’Esperanzah ont été envoûtés par les mélodies de Refugees for Refugees. Les musiciens de ce groupe viennent du monde entier et ont tous fui leur pays. Rencontre pour le moins marquante. 

Pas facile de vivre en Syrie en tant que musicien : on leur brûle leurs instruments, certains risquent leur vie. Si vous avez le malheur de chanter une chanson d’amour à la femme de vos rêves en Afghanistan, vous êtes menacé de mort. Les musiciens de Refugees for Refugees lèvent quelques instants le voile sur le parcours en tant que réfugiés.

Tristan Driessens (Belgique) : « un projet de muziekpublique parti d’un CD »

 « Le projet Refugees for Refugees a été créé il y a 8 mois environ. L’idée est partie avec l’enregistrement d’un disque : l’association bruxelloise muziekpublique a un label et ils ont invité un grand nombre de musiciens-réfugiés de partout. Après, ce cd a donné naissance à une tournée, c’est vraiment muziekpublique qui a poussé le projet et ils m’ont demandé d’assurer la réalisation artistique. Je suis très familiarisé avec la musique arabe et turque. J’ai d’ailleurs fait mes études en Turquie.

L’avenir ? Il y a beaucoup de demandes, ça dépend si on arrive à y répondre. Il faut aussi réussir à mobiliser les musiciens, car certains ont un autre travail. Ils ont tous le métier de la musique. »

Dolma Renqingi (Tibet) : « La Belgique, c’est comme mon deuxième pays »

« Je suis en Belgique depuis 2006, je suis venue avec mon mari tibétain. Mon mari est d’abord venu et puis je l’ai suivi. Il a eu des problèmes politiques, mais je préfère ne pas donner de détails. Maintenant, c’est très bien. Quand je suis arrivé ici, c’était difficile de pouvoir aller chanter alors qu’au Tibet, je chantais tous les jours, c’était mon travail. J’ai dû apprendre la langue, je me sentais seule. Maintenant, j’ai deux enfants, ça fait presque 10 ans que je suis ici. C’est comme mon deuxième pays. J’ai commencé à chanter, je suis très contente. »

 Asad Qizilbash (Pakistan) : « L'Europe, c'est une prison dorée »

« Je suis ici depuis 2011. Je suis arrivé en avion. Je venais déjà régulièrement en Europe entre 2000 et 2009 pour jouer de la musique. J'ai eu ensuite des problèmes politiques au Pakistan. Les terroristes ont une dent contre les musiciens. Ils ont d'ailleurs tué un jeune chanteur de qawwalî pakistanais très connu, Amjad Farid Sabri, simplement parce qu'il jouait de la musique. J'ai décidé de venir ici, car j'avais des amis. J'ai donc introduit ma demande d'asile et mes amis m'ont aidé.

La vie est très difficile en tant que musicien. Ma famille est toujours au Pakistan, je voudrais les ramener ici. Ça fait 5 ans que je ne les ai plus vus. Le problème ici c'est que je dois travailler, trouver un travail. Mais toute ma vie, j'ai fait de la musique, je n'ai donc pas d'expérience dans d'autres domaines, mais si je dois le faire, je le ferai ! Je veux travailler, mais je dois gagner au moins 1500€ et avoir un contrat à durée indéterminée pour permettre à ma famille de venir. Pour moi, l'Europe, c'est en quelque sorte une prison dorée pour le moment : tout est là, mais je ne peux pas voir ma famille. Je ne peux retourner au Pakistan, ils ne peuvent pas venir ici. Cinq ans sont déjà passés, mes enfants ont grandi sans que je ne les aie vus. »

Kelsang Hula (Tibet) : « Je vois l’avenir avec beaucoup d’optimisme »

« Je suis arrivé en 2009. Il y avait des problèmes politiques au Tibet. Avant d'arriver en Belgique, je suis passé en 1999 par le Népal et puis l'Inde. Si je restais en Inde, je n'aurais pas reçu de visa. La Belgique est un très bon pays pour les réfugiés, je suis arrivé en Belgique avec mon visa. Je connaissais déjà 25 Tibétains qui se sont établis en Belgique. En Inde, on nous a dit que c'était un bon pays. Cela fait 13 ans que je joue de la musique, mandoline. Je vois l'avenir avec beaucoup d'optimisme. »

Mohamed Nabou Suhib (Syrie) : « Daesh a brûlé mon violon et mes partitions »

« Je suis arrivé il y a 2 ans. Nous sommes 4 Syriens dans la bande. Je ne connaissais pas les autres avant. Nous venons de différentes villes dont Aleppo, Tabgha à côté Raqqah, la citadelle de Daesh (rires). J'ai décidé de quitter le pays, car j'ai été menacé par Daesh et la ville où j'habitais était sous le contrôle de Daesh. Ils ont brûlé un de mes violons, mes partitions et livres de musique.

Au milieu de l'année 2013, Daesh à pris le contrôle de la ville. En tant que musicien c'était le jour et la nuit. L'islam de Daesh n'est pas le nôtre, il n'a rien à voir avec ce en quoi nous croyons. Tout le monde a des problèmes personnels avec Daesh. J’ai plusieurs problèmes selon Daesh : je suis kurde, musicien, fumeur et ma femme est une infirmière. Ces quatre raisons suffisent pour m’exclure ! (rires) »

M-Aman Yusufi (Afghanistan) : il a fui son pays à cause d’une chanson d’amour

« Je suis arrivé en Belgique en 2007. J'ai composé et chanté trois chansons pour une femme qui était prise. Le problème est que le mari ainsi que la famille de la femme m’ont entendu chanter. Ils sont venus me trouver au marché. En Afghanistan, tu dois tout d’abord respecter la religion et ensuite la femme. La famille a alors décidé de me tuer, ils connaissaient aussi des moudjahidines. Ils m'ont tiré dessus. J’ai ensuite pris la décision de fuir. Au départ, un passeur m'a dit : « je t'emmène au Canada » mais j'ai débarqué à la gare centrale de Bruxelles. Il m'a prétendu qu’il allait chercher mon visa pour le Canada et que je devais l’attendre », on était samedi. Après il est parti, je ne l'ai plus jamais vu. (rires) J'ai dormi deux jours dans la gare, sans pain, ni boissons, ni argent. Lundi, je suis allé Commissariat général aux réfugiés et j'ai été envoyé au centre d'asile. J'ai attendu trois ans avant d'aller à Anvers. La musique, c'est mon hobby. J'ai travaillé pendant 25 ans à la télévision nationale afghane comme musicien et chanteur. Maintenant, je cherche un travail. »