Réforme de la PAC : il était une ferme...

Article publié le 20 octobre 2005
Article publié le 20 octobre 2005

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Les Vingt-Cinq sont une nouvelle fois à couteaux tirés au sujet de la réforme des subventions agricoles. Titillés par Washington qui menace de remettre en jeu les négociations à l'OMC.

La Politique Agricole Commune (PAC) est sans doute la moins justifiable de toutes les politiques communautaires. Lancée dans les années 50 pour assurer la sécurité alimentaire du continent, elle est désormais à l’origine de distorsions de marché dans le « village planétaire » du 21ème siècle. Alors que les critiques en provenance de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), des ONG et même des citoyens européens se multiplient, le temps est venu de réformer en profondeur ces subventions agricoles massives.

Les Etats-Unis mènent la danse

Outre-Atlantique, les Etats-Unis ont fait une surprenante volte-face en relançant le programme de Doha, cycle de négociations de l’OMC entamées en juillet 2001, visant à faire signer avant 2006 un nouvel accord mondial sur la libéralisation des échanges. L’administration Bush a proposé de réduire de 60% les aides aux agriculteurs et d’abaisser de 90% les droits de douane sur les importations de produits agricoles à condition que Peter Mandelson, commissaire européen au commerce, cède lui aussi sur ce terrain. La politique internationale n’est souvent rien de plus qu’une partie de poker soporifique et, dans le cas présent, Washington a joué cartes sur table : si l’UE veut être un partenaire de jeu honnête, elle devra en faire autant.

Bien entendu, tout n’est pas si évident. De nombreux gouvernements nationaux menés par la France, principale bénéficiaire des subsides agricoles versés par l’Union, semblent plutôt inquiets à l’idée d’éliminer une majeure partie de leurs barrières douanières. Les opposants à un nouvel accord sur la PAC, sont pour la plupart issus de partis politiques comptant largement sur le « vote rural », tels que l’UMP, la CDA aux Pays-Bas ou la CSU en Allemagne.

Pour vaincre ces réticences, Bruxelles a organisé un conseil extraordinaire des ministres des Affaires étrangères à Luxembourg mardi 18 octobre sur les négociations commerciales en cours au sein de l’OMC et un compromis de principe a été trouvé. L'initiative permet à Mandelson de poursuivre son mandat et ce, malgré sa proposition de couper 70% des aides internes aux agriculteurs européens, une annonce ayant provoqué la colère de la France lui reprochant d'avoir outrepassé le mandat qui lui était attribué par la Commission. Paris refuse d'ailleurs toujours que Mandelson évoque « de quelque manière que ce soit le dossier agricole, lors des toutes prochaines sessions de négociations à Genève. »

La PAC doit évoluer

Les intérêts particuliers ne devraient pas prévaloir sur l’intérêt commun et mondial. Il est tout simplement injuste – à tous points de vue – que la PAC, en mobilisant une large part du budget de l’UE, ne profite qu’à une minorité de riches compagnies agricoles occidentales, fragilisant ainsi plusieurs millions de petits exploitants du tiers-monde. Et il n’est pas surprenant qu’un nombre grandissant d’Européens, désabusés et sceptiques, considèrent cette politique dépassée comme l’une des faiblesses principales de l’Union.

Peter Mandelson ne doit pas baisser la garde dans sa quête d’un commerce libre et équitable. La PAC a grand besoin d’être réformée, peut-être en étant déléguée au niveau national. Les subventions à la production agricole au sein de l’UE ne sont justifiées que pour une poignée de régions à faible rendement, où l’agriculture est la seule source de revenu possible pour la population. Pour le reste, il est grand temps que l’Europe expose son agriculture à la concurrence.