Référendums: pouvoir du peuple ou instrument politique?

Article publié le 19 novembre 2004
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Article publié le 19 novembre 2004

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Les hommes politiques se font une joie de céder aux organisations favorables aux référendums. Mais alors que la Lituanie vient de ratifier la Constitution par voie parlementaire, pourquoi cette frénésie référendaire ?

Le nombre de référendums proposés est en augmentation : il en faut un pour la Constitution européenne, un pour l'accession de la Turquie à l'UE et même un référendum pour mettre un terme à un plus grand élargissement de l'Union Européenne. Cette inflation ne signifie pas que la démocratie augmente elle aussi. La justification d’un référendum est strictement limitée et quand les critères ne sont pas respectés, cela devient de l'abus de pouvoir. Aujourd'hui nous avons délégué la prise de décision à une poignée de personnes compétentes dont le travail est justement de prendre des décisions à notre place. Le taux d'abstention est en hausse : si le peuple n'est pas enclin à voter quand quatre années de prises de décisions sont en jeu, nous devons être prudent en proposant un vote sur des problèmes uniques.

Pour la démocratie représentative

Les décisions doivent toujours être prises par la personne la plus qualifiée pour ce travail. Voilà pourquoi les décisions concernant les fermes sont prises par les ministres de l'agriculture et celles pour les routes par les ministres des transports. De la même manière, les décisions ne doivent être prises que par des personnes qui en sont les seules meilleure juges. Il est essentiel que les personnes ne soient pas uniquement en possession de tous les faits, mais que l'on puisse se fier à l'utilisation prudente qu'elles en font afin qu'elles ne prennent pas de décisions basées sur des opinions sans rapport aucun avec le problème. Prenez la proposition de référendum de Chirac sur la Turquie. Alors que l'accession de la Turquie à l'Union européenne aurait d'importantes conséquences pour le peuple européen, c'est aux hommes politiques, meilleurs juges de l'économie et de la politique actuelles et des effets sociaux d’un tel élargissement, d’en décider de l'adhésion d'un large pays musulman à l'Union Européenne. La question posée aux Français « Pensez-vous que la Turquie doive rejoindre l'Union européenne ? » pourrait être facilement formulée ainsi « Voulez-vous plus de Turcs dans votre voisinage ? », car c'est clairement sur ce point que la plupart des gens voteraient.

Alors pourquoi les hommes politiques proposent-ils des référendums ? Est-ce parce que le résultat est de la plus haute importance pour le peuple ? Qu’il est le meilleur de la question ? Ou parce que les hommes politiques ne savent toujours pas qu'elle sera sa réponse ? Dans le cas du vote des Français sur la Turquie, ce n'est clairement pas cela. L'opinion de Chirac sur la Turquie est bien connue et l'issue vraisemblable d'un référendum sur ce point est facile à deviner. Chirac n'est clairement pas un leader bienveillant donnant au peuple la possibilité de donner son avis sur un problème sur lequel il ne se sent pas capable de prendre une décision seul ; il utilise le peuple comme une arme politique en sachant pertinemment que ses opinions coincideront avec les siennes.

Gloire lituanienne

Plutôt que de rendre l'Europe plus redevable à son peuple, cette mauvaise utilisation des référendums rend les politiciens moins responsables l'un envers l'autre en lavant leurs mains de la culpabilité de prendre des décisions impopulaires, nous les refilant, et se justifiant : « Ce n'est pas mon problème, c'est celui de mon peuple ». A l’opposé, on trouve le cas de la Lituanie. Il y a été dit que la ratification de la Constitution européenne, le dernier jour de la session parlementaire, devait donner aux députés sortants( et non au peuple) la gloire d'être les premiers à approuver formellement le traité. Quand un référendum est proposé, l'issue en est connue d'avance : c'est à nous, le peuple, d'avoir les mains sales tandis que les politiciens haussent les épaules et évitent le blâme.