Référendums en Europe : qui peuple le plus peut le moins ?

Article publié le 29 juin 2015
Article publié le 29 juin 2015

Le 5 juillet, les Grecs devront répondre à une question encore indéfinie sur la dette du pays et dire si ce dernier doit accepter ou non de rester sous le coup de l’austérité. Mais, alors que la Banque centrale européenne vient d'annoncer une restriction de ses prêts d’urgence, sans lesquels la liquidité grecque ne peut se maintenir, ce référendum ne serait-il pas une farce de démocratie ?

Le gouvernement aux couleurs de Syriza d'Alexis Tsipras, élu grâce à une campagne anti-austérité, a réussi à se tirer d'une mauvaise passe sans trop de dommages. Après avoir compris que les membres de l'UE pro-austérité tels que l'Allemagne et la Finlande n'accepteraient pas le dernier accord en date, Tsipras en a appelé au référendum.

La question qui sera posée, le chroniqueur économiste de Channel 4, Paul Mason, l'a parfaitement résumée : « Voulez-vous signer pour le plan économiquement primitif et qui nous laisse endettés à tout jamais proposé par le FMI et l'UE, ou bien nous donnerez vous le poids démocratique d'y résister, même si ils provoquent la faillite de nos banques ? ».

(Mise à jour: une présumée traduction de la question qui sera posée lors du référendum.

« Le plan d'aide en deux parties, soumis à l'Eurogroupe du 25 juin par la Commission européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international, et qui représente leur proposition commune, doit-il être accepté ? »)

Quelque soit l'issue, elle sera douloureuse pour les citoyens grecs, que la blessure ait été infligée ou non. D'autres sont sceptiques quant à l'intérêt démocratique de ce vote, surtout quand la question posée manque de clarté.

Le journal économique conservateur Naftemporiki écrit ainsi : « Il s'agit de voter sur un accord qui n'a pas encore été conclu et qui englobe des dizaines de mesures fiscales ainsi que d'autres éléments complexes dont on ne connaît pas tous les détails et que nous ne pouvons pas entièrement comprendre, on ne peut pas résumer tout cela en une question ... Pour permettre aux citoyens d'assumer cette responsabilité, le gouvernement - et le monde politique tout entier - devrait expliquer  de manière responsable et en toute honnêteté quelles seront les conséquences du 'oui' comme du 'non'.»

Selon toute vraisemblance, quelque soit la formulation de la question, les citoyens grecs devraient voter contre les propositions des créditeurs, même si cela pourrait amener à une sortie de la zone euro.

Ce serait un formidable retournement de situation, que certains ont déjà surnommé « l'instant Sarajevo ». Dans l'histoire de l'Union européenne, de la ratification des traités à l'acceptation de la monnaie unique, même lorsque les référendums nationaux amenaient à un 'non', le projet européen persistait. Ce référendum pourrait être le premier à aller à contre-courant.

Mais comment les référendums concernant l'UE sont ils vus à travers l'Europe ?

Bien que la Pologne n'ait eu aucun référendum lié à l'UE depuis son entrée en 2004, notre éditrice polonaise Katarzyna décrypte l'opinion du côté de Varsovie : « Les jeunes polonais sont enthousiastes à l'idée d'un référendum qu'ils voient comme une manière démocratique de prendre des décisions politiques ou sociétales, mais les générations plus âgées, qui se souviennent de l'ère communiste, restent méfiant quant à leur crédibilité. En Pologne, les référendums sont assez communs, ils sont organisés assez régulièrement et parfois même réclamés par les gens eux-mêmes ».

Pour ce qui est de l'Allemagne, notre éditrice allemande Katharina déroule : « Depuis les évènements de la République de Weimar, la Grundgesetz allemande (notre constitution) interdit les référendums nationaux, excepté pour les questions géographiques telles que le rassemblement ou la séparation d'États fédéraux. Plutôt que de la "sagesse des foules" nous préférons parler de Schwarmdemenz - "la folie des foules", un terme populaire de nos jours qui fait référence à la participation active sur les réseaux sociaux. Personne n'a jamais demandé aux Allemands leur avis sur le cas européen. Mais certains réclament plus de participation directe ici aussi. C'est pourquoi les Allemands suivront le référendum grec du 5 juillet avec un mélange d'appréhension et d'admiration ».

En France, le dernier référendum a eu lieu en 2005, il portait sur le traité établissant une nouvelle constitution en Europe. La question posée concernait la ratification de ce traité, 54,67% soit 15,449,508 personnes, avaient voté 'non'.

Notre éditeur français Matthieu détaille pourquoi le 'non' était en fin de compte inutile : « Demander l'avis de la population sur une question populaire ce n'est pas ça le problème, au contraire c'est l'incarnation même de la démocratie, et ça ne me gêne pas du tout. Néanmoins, il y a toujours un contexte et une manière de formuler la question. Prenons le contexte. En 2005, le référendum permettait aux parties de faire campagne pour le 'oui' ou le 'non'. Cela reste au final un problème politique et les gens répondent à la question, non pas en fonction de l'effet que cela peut avoir sur leur condition, mais parce qu'ils soutiennent l'avis de leurs candidats. »

Il poursuit : « Venons en à la question. Sérieux, vous avez bien lu ? C'est encore plus compliqué que les excès de liquidité d'une compagnie offshore qui vend des bananes dans le sud de Jersey. Ratification, traité, constitution ... trop de termes technocratiques pour une réponse claire. De toue façon, le gouvernement s'en fout. Deux après que les gens aient voté non, ils ont décidé de faire la sourde oreille et ont intégré toutes les mesures dans un même traité, signé à Lisbonne. Cela ne vous rappelle rien ? »

Depuis 1936, l'Espagne a connu 6 référendums nationaux. Le dernier s'est terminé en 2005 sur un 'oui' à la Constitution européenne. Concernant la Grèce, notre éditrice espagnole Ainhoa  note « un référendum est un signe de bonne santé démocratique et d'exercice de la liberté d'expression pour les citoyens. Cependant, il y a certaines questions, notamment quand cela concerne une situation économique,  pour lesquelles il faut malheureusement avoir des connaissances techniques et précises afin de faire son choix. »

Quant au Royaume-Uni, il y a bien eu des référendums locaux mais seulement deux votes ont concerné l'intégralité du pays. Bien qu'un vote se tiendra en 2017 concernant l'adhésion du pays à l'UE, de manière générale, ce sont les votes du Parlement qui décident de l'avenir du pays, sans doute un héritage de l'ancienne Première ministre Margaret Thatcher pour qui les référendums étaient « l'instrument des dictateurs et des démagogues ».

Un tel cynisme peut sans doute être expliqué par l'exemple du référendum de 2011 en Italie, qui mettait dans le même sac des questions qui allaient de « l'énergie nucléaire à  la propriété publique de l'eau en passant par une loi qui rendaient légaux les retards des hommes politiques lors des jugements », raconte notre éditeur italien Lorenzo. « Depuis 1995, de nombreux référendums ont eu lieu mais aucun n'a atteint le quorum de 50%. »

Pour Tsipras et Syriza, le référendum représente la dernière carte à abattre - malgré l'aspect technique de la question et une inévitable issue négative pour le peuple grec, quelque soit le résultat du vote. Rendez-vous le 5 juillet.