Référendum: l’Italie met un coup de botte dans son passé

Article publié le 15 juin 2011
Article publié le 15 juin 2011
57% des Italiens ont participé au référendum qui s’est soldé par un rejet massif du nucléaire, de la privatisation de l’eau et de l’immunité pénale de Silvio Berlusconi. Un second coup de massue pour le président du Conseil et le centre droit, après la défaite retentissante de sa coalition à Milan. Et une façon de dire que le peuple italien est encore souverain.

Prudence. À plusieurs reprises Silvio Berlusconi a démontré qu’il savait se relever après une défaite électorale. Prudence, parce que ce référendum n’est pas un vote politique et car Berlusconi n’a pas le cran d’un Charles De Gaulle, qui avait recours au référendum pour mettre sa légitimité à l’épreuve, acceptant de quitter le pouvoir en cas de désaveu. Toutefois, ce vote démontre quelque chose.

Seconde gifle pour Berlusconi

Il démontre avant tout que les choix du gouvernement ne sont pas appréciés par la majorité des électeurs. 95% des votants ont affirmé ne pas partager les décisions de Berlusconi & Co. Il souligne ensuite que le Premier ministre ne parvient plus à convaincre l’électorat : son appel à ne pas aller voter n’a pas été écouté par les 57% des Italiens majeurs se sont rendus aux urnes. Les citoyens ont exprimé un vote de refus, un vote de protestation qui fait écho à ce qui s’est produit il y a deux semaines à l’occasion des élections municipales à Milan et à Naples.

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Mais ce vote porte en lui quelque chose de nouveau. Si, pour la première fois depuis des années, un référendum atteint le quorum (le seuil minimum d’électeurs requis pour valider le vote), c’est parce qu’il a su franchir les barrières idéologiques : les opinions et les intérêts individuels ont primé sur les consignes de vote des partis.

Désormais, même ses alliés lui demande de se sortir de sa torpeur

L’indignation par le vote

Démagogue, populiste, certes, Grillo a toutefois le mérite d’avoir mis à l’ordre du jour de l’agenda politique des thèmes trop souvent négligés

Les électeurs italiens ont signifié leur ras-le-bol à l’égard d’une politique sans contenu, qui se désintéresse des problèmes réels et de l’opinion publique. Ils ont dit « stop » aux décisions risquées prises à leurs dépens par des politiciens distants, exclusivement préoccupés par les problèmes judiciaires de Berlusconi et par le partage des mandats. Trois questions sur quatre avaient pour objet des sujets concrets : deux questions concernaient la gestion et la distribution de l’eau (et les éventuelles augmentations des factures) et une autre portait sur la construction de centrales nucléaires. Il s’agit à la fois de valeurs et de droits intangibles qui intéressent les gens et sur lesquels certaines doctrines économiques libérales n’ont aucune prise. Il s’agit aussi de thèmes économiques qui montrent à quel point les gouvernants se sont éloignés des électeurs, dont les idées sont plus proches de celles des mouvements, comme celui du comique Beppe Grillo. Depuis des années, le blogueur le plus célèbre d’Italie propose des politiques énergétiques alternatives et attire l’attention de ses lecteurs sur les risques liés à la privatisation de la gestion des aqueducs, entre autres. Démagogue et populiste certes, Grillo a toutefois le mérite d’avoir mis à l’ordre du jour de l’agenda politique des thèmes trop souvent négligés.

La force de réaction a attendu le bon moment pour se déployer. Le bon moment c’est l’année 2011, l’année de Indignez-vous et des « Indignados », mais aussi des révoltes arabes. Il n’y avait pas besoin du texte de Stéphane Hessel et de l’exemple des cousins espagnols pour s’indigner : les Italiens l’étaient déjà (et le sont) depuis très longtemps. Ils sentaient le besoin d’un vent d’espoir, celui qui soufflait depuis les rives de l’Egypte et de la Tunisie. Si eux y sont parvenus, pourquoi pas nous ? Et voilà alors les manifestations des femmes fatiguées qui scandent « si ce n’est pas maintenant, alors quand ? », celles des précaires qui hurlent « notre heure c’est maintenant » ; voilà la chute du centre-droit avec l’effondrement de Milan, la forteresse berlusconienne, et celle d’une certaine gauche qui s’était rendue complice des malfaiteurs et du clientélisme napolitains ; voilà enfin les électeurs de la Ligue du Nord, parti allié de Berlusconi, qui prennent leurs distances avec les choix de leurs leaders.

Les Italiens, en somme, ne veulent pas d’une révolution: ils veulent un renouveau et ils le veulent maintenant. Après 17 ans au pouvoir, le vieux Berlusconi chancelle, ses alliés sont sur leurs gardes et l’opposition relève la tête. Les effets seront déjà perceptibles dans les jours qui viennent.

Photo : Une (cc) uomoplanetario.org/flickr; Berlusconi (cc) associazione aut aut/flickr; Grillo (cc) Liwax/flickr