Référendum en Grèce : le sens versé

Article publié le 6 juillet 2015
Article publié le 6 juillet 2015

Je n’ai jamais compris grand-chose à la politique. Mais hier soir, j’en ai eu une idée.

On ne va pas se le cacher, on n’y connaît rien en politique. On préfère râler en laissant murmurer les politiques dans leur coin, comme s’il fallait débarrasser la table lorsque l’un d’eux décide d’accompagner son café d’un sujet délicat. 

À notre décharge, il faut dire que l’arsenal à disposition n’est pas très clair. D’un côté, nous avons des personnes élues qui chuchotent derrière un écran de fumée de la destinée de la fragile majorité qui a bien voulu mettre leurs noms dans une urne. De l’autre, nous comptons sur des entremetteurs dont le rôle est généralement campé par des personnes qui n’ont pas réussi à être élues – « l’opposition » - des gens qui se ressemblent, invités à intervenir sur leur petit périmètre de compétences – « les experts » - et une multitude d’autres qui travaillent à commenter et analyser ce qu’il se passe – « les journalistes ». La tâche du second côté étant de décrypter ce que le premier est en train de faire. Nous, à qui on n’a rien demandé, essayons - à la radio, à la télé, sur Internet ou en terrasse  - de saisir une politique dont le sens a été vidé lorsqu’elle nous parvient aux oreilles. C’est dur. Surtout quand il fait chaud.

Ça sonne sûrement comme une niaiserie mais j’aime bien quand je comprends quelque chose. 99% du temps, je fais semblant, en lisant par exemple un article imbitable sur la politique que je me promets de recracher à la première bière venue. Le truc, c’est que je m’aperçois très vite que c’est de la gonflette intellectuelle. Ça donne de la consistance à la première gorgée mais ça retombe très vite, dès qu’une autre information imbitable doit être digérée. Du coup, je vais courir ou je reprends la BD, c’est selon. Surtout, j’arrête de comprendre et commence à penser que la politique est faite par des mecs qui ne sont animés que par le désir d’être réélus, que c’est« que de l’image », « qu’on nous cache tout », « qu’on nous dit rien »... Je débarrasse en râlant.

Il en fallait peu pour devenir con. Seulement hier, j’ai compris un truc. Ça m’a fait autant de bien qu'une équation résolue au lycée. Grâce au référendum en Grèce, j’ai compris que la politique pouvait être claire voire hyper-simple. En faisant mon footing, j’ai même raisonné comme un de ces mecs à la radio et pensé que les politiques pouvaient être droits à partir du moment où ils arrêtaient de faire semblant de savoir. Le premier ministre grec, Alexis Tsipras, ne savait pas trop quoi faire la semaine dernière. Alors il a posé une question simple, le genre de celles où il faut répondre par oui ou par non. Il ne l’a posée ni à l’opposition, ni aux experts, ni aux journalistes. Il l’a posée à nous comme si, à table, au moment de débarrasser il nous disait : « non c’est bon je vais le faire, va discuter avec eux parce que là j’ai la tête qui tourne ». En faisant ça, il a selon moi donné du sens à la politique. De la lisibilité. Il a fait comprendre à des millions de personnes qu’ils pouvaient présider à leur destinée. Je crois que ça s’appelle la démocratie. Et je crois aussi qu’on n’a plus besoin de grand monde pour comprendre ce que ça veut dire.