Redeye : l’exil sans Lexomil

Article publié le 21 janvier 2013
Article publié le 21 janvier 2013
Après avoir prophétisé que l’apocalypse était un spam, qu’il allait neiger en début d’année et que le folk était la meilleure bande-son pour la regarder tomber, Redeye sort aujourd’hui son nouvel album, End of the Season. Parfaitement adapté à l’exil, l’artiste américain a même pensé à votre évasion fiscale, enfin surtout pour ceux qui choisissent les États-Unis.

Lire aussi le portrait de l'artiste sur cafebabel.com : Redeye : Paris-Texas, version folk

En juillet 2011, à l’issue de ma première rencontre avec Redeye, je quittais après une heure d’interview un garçon timide, profondément sincère, dont l’EP sémillant intitulé Be the One, définissait en 5 morceaux l’univers décidemment plein de surprise de l’Americana. Depuis, on s’est recroisé lors d’une session acoustique dans un parc, d’un concert de Veronica Falls ou d’un petit showcase sans prétention qui avait pour but de régaler la quinzaine de membres que composait une association du 10ème arrondissement. Légèrement engoncé, d’un rictus timide mais comblé, il vous faisait souvent un petit signe de la main avant de commencer sa ballade. Et ainsi sortait un truc d’on-ne-sait-où qui avait la faculté, sinon de vous laisser pantois, de prouver en trois cordes frottées de cet ongle du pouce laissé volontairement long, que l’intention était vraie.

Alors que nous vivons une époque bâtarde où la plupart des groupes français qui chantent en anglais transpercent bien peu plus que le jury d’une émission de télé-crochet, Redeye vous empale d’un accord septième et vous jette allégrement dans un endroit où vous n’auriez sûrement jamais mis les pieds. Rappelons quand même une chose, parce que si Guillaume Fresneau a l’avantage de l’authenticité, c’est qu’il n’a pas besoin de se grimer. L’artiste est né au Texas d’un père monomaniaque fan de Chuck Berry et des Fats Domino. Pas besoin de chanter du nez et de se noyer dans des flaques de Lagavulin pour invoquer l’esprit de Woody Guthrie ou de The Head and The Heart. C’est transporté par un truc qui vient du bide que Redeye compose une musique qui ne pouvait provenir de nulle part ailleurs que des États-Unis.

Redeye vous empale d’un accord septième et vous jette allégrement dans un endroit où vous n’auriez sûrement jamais mis les pieds.

Au détour d’un verre d’after-show, il me disait qu’une chose le chauffait plus qu’une autre : partir défendre sa musique aux States dans un van poussiéreux en allant séduire les peuples de l’Amérique du Nord aux visages burinés. J’ai entendu dire qu’il l’avait fait. Mais après avoir planté l’Américain droit dans ses bottes, Redeye revient aujourd’hui en France avec un album intitulé End of the Season. Probablement ravi d’avoir pu faire découvrir les 10 nouveaux titres au pays du Bison bison, le franco-américain propose donc son deuxième opus à un pays au bord de la panique, désormais enseveli sous la neige et sûrement beaucoup moins enclin à la mélodie des pins que le bon vieux bouvier accoudé à la remorque de son pick-up. Quoi qu’il en soit, vous devez savoir une chose : cet album est sans doute ce qui se fait de mieux dans l’Hexagone pour composter son attaché-case, brûler un billet de 20 dollars et partir en ballade rejoindre les survivalistes dans le Jura.

Au sein d’End of the Season dont l’artwork est pour une fois signé d’un autre fusain que celui de l’intéressé (Guillaume est aussi graphiste, ndlr), Redeye évoque pêle-mêle l’oscillation des saisons (« Season’s Eading »), la route tantôt solaire (« Sunny Road ») tantôt trempée (« River Roads ») d’un voyage sans destination et des choses aussi simples que la pluie et le beau temps. Un disque de voyage, donc, d’une simplicité - assumée depuis la sortie de son premier album ThIsIsReDeYe – qui converse désormais avec quelques cuivres (dont la trompette d’Herman Düne), le violon délicat de Lucille Vallez et des harmonies vocales de Suzanne Thoma (Suzanne The Man). Tout ça a été mixé à Chicago sur la console de Neil Strauch (Bonnie Prince Billy, Ezra Furman et Gomez). Je ne sais pas mais si vous vous sentez d’humeur vagabonde parce que de toute façon vous savez que 2013 ne sera pas l’année de la relance, louez une Ford Fuego avec un lecteur de disque intégré, insérez End of the Season, faites comme-ci c’était l’autoradio, passez prendre un Double Whoooper à Reims sur l’A4. Et barrez-vous bon sang !

Redeye sera en concert le 20 février 2013 au Divan du Monde. Un documentaire sur la tournée américaine de Redeye est actuellement en cours d'élaboration et fait également l'objet d'une campagne de crowdfunding. Cliquez ici pour soutenir le projet intitulé « Sunny Roads - RedEye American trip ».

Photos : Illu © Adrien Le Coarer et texte © courtoisie de la page Facebook de Redeye (Une © Renaud de Foville)