Rebecca Taylor : que fait l'Europe pour les jeunes ?

Article publié le 28 avril 2014
Article publié le 28 avril 2014

On ac­cuse sou­vent l’Union eu­ro­péenne de ne pas se sou­cier des jeunes. Néan­mois, cer­tains dé­pu­tés eu­ro­péens consacrent leur temps à amé­lio­rer le sort des jeunes Eu­ro­péens. Re­becca Tay­lor, dé­pu­tée dé­mo­crate li­bé­rale et vice-pré­si­dente du Youth In­ter­group au Par­le­ment, est l’une d’entre eux. 

Selon les eu­ros­cep­tiques, les jeunes sont d'accord pour dire que l'immigration est la principale cause de leur chômage. Ray Finch, can­di­dat aux élec­tions eu­ro­péennes pour le Parti pour l’in­dé­pen­dance du Royaume-Uni (UKIP), m’a ex­pli­qué que les jeunes sou­tiennent son parti parce qu’ils « se voient re­fu­ser des jobs à cause de la main-d’œuvre bon mar­ché af­fluant prin­ci­pa­le­ment de l’Eu­rope de l’Est ».

Mais Re­becca Tay­lor, dé­pu­tée eu­ro­péenne du Parti li­bé­ral dé­mo­crate, est convain­cue du contraire. Comme membre du parti eu­ro­phile bri­tan­nique et vice-pré­si­dente du Youth In­ter­group, on pour­rait s’at­tendre à ce que ses opi­nions soient quelque peu sub­jec­tives, mais les votes confirment cette ten­dance : les jeunes sont eu­ro­philes et les re­trai­tés sont scep­tiques. 

« Les jeunes sont ma­jo­ri­tai­re­ment pro-eu­ro­péens, prin­ci­pa­le­ment parce qu’ils pensent aux fu­tures pos­si­bi­li­tés d’em­ploi et com­prennent l’uti­lité d’avoir un 'mar­ché unique pour l’em­ploi' », ex­plique Tay­lor. Elle pour­suit: « ils veulent avoir la chance d’étu­dier ou de tra­vailler dans un autre pays parce que tout le monde connaît quel­qu’un qui a fait cette ex­pé­rience. » Trois mil­lions d’étu­diants ont pro­fité du pro­gramme Eras­mus de­puis 1987, mais Tay­lor sou­ligne que les bé­né­fices de la libre cir­cu­la­tion ne se li­mitent pas uni­que­ment aux étu­diants uni­ver­si­taires. « J’ai un ami d’un ami qui est plom­bier et qui est parti tra­vailler dans une sta­tion de ski dans les Alpes fran­çaises pen­dant six mois, dit-elle, et un des co­lo­ca­taires de mon frère a quitté l’école à l’âge de 16 ans pour vivre en Es­pagne et tra­vailler dans un bar pen­dant plu­sieurs an­nées. »

La po­li­tique en 140 ca­rac­tères

Mais que peuvent faire les hommes po­li­tiques pour que les jeunes s’in­té­ressent à l’Eu­rope ? Les élec­tions de 2014 ont été re­bap­ti­sées les « élec­tions Twit­ter » et les ré­seaux so­ciaux sont sou­vent pré­sen­tés comme la pa­na­cée ca­pable de ré­soudre mi­ra­cu­leu­se­ment la dés­illu­sion des jeunes. Ray Finch m’a ex­pli­qué que Twit­ter était un outil par­fait pour im­pli­quer les jeunes, « parce que c’est un moyen de com­mu­ni­ca­tion ins­tan­tané et ciblé. » Il fait le lien avec la mu­sique : « j’ai tou­jours pré­féré les Jam à Pink Floyd parce que je pense que si on ne peut pas connaître votre opi­nion en 3 mi­nutes, alors c’est une perte de temps. Twit­ter, c’est la même chose. Je peux ex­pli­quer ma po­li­tique en 140 ca­rac­tères. »

Néan­moins, Re­becca Tay­lor af­firme que Twit­ter est utile mais pas suf­fi­sant. En fait, aller à la ren­contre des jeunes est pour elle le seul moyen de les im­pli­quer dans la po­li­tique. Elle a aidé un groupe de jeunes du York­shire à venir à Bruxelles, et va par­ler dans les écoles de ses cir­cons­crip­tions du York­shire et de Hum­ber dès qu’elle le peut. Elle se plaint, car mal­gré son pro­gramme fré­né­tique, elle n’a pu vi­si­ter que 10 % de ces écoles. Mais, on au­rait beau­coup de mal à trou­ver un dé­puté qui a fait la même chose. Cette en­ga­ge­ment sur le ter­rain est bien loin de la froide bu­reau­cra­tie dé­crite par les scep­tiques.

Des pro­jets mais pas d'ac­tions ?

Re­becca Tay­lor pense que le pro­gramme Ga­ran­tie pour la jeu­nesse est la pierre an­gu­laire de l’ap­proche eu­ro­péenne vis-à-vis du chô­mage chez les jeunes. Il ga­ran­tira l’em­ploi, la for­ma­tion, et l’édu­ca­tion à tous les jeunes sans em­ploi ou for­ma­tion de­puis plus de six mois. Six mil­liards d’eu­ros ont été pré­le­vés dans le bud­get de 2014 à 2020. Re­becca a éga­le­ment fait pres­sion en fa­veur d’une aide aux cré­dits pour les mas­ters, com­pris dans le pro­gramme Eras­mus. Ce qui per­met aux étu­diants pa­neu­ro­péens de suivre un mas­ter, et d'ac­cé­der à la même éduca­tion.

L’un des com­bats phares de Re­becca est la lutte contre les stages non ré­mu­né­rés, qu’elle consi­dère comme une forme de dis­cri­mi­na­tion so­ciale. Ce point de vue ne l’a pas rendu po­pu­laire parmi les autres dé­pu­tés eu­ro­péens qui pro­fitent du tra­vail gra­tuit de jeunes as­pi­rants. Lors d’une ma­ni­fes­ta­tion, elle a ren­con­tré un sta­giaire au­tri­chien : « il di­sait : ' non, mon sta­ge n'est pas ré­mu­néré, mais c’est une très bonne ex­pé­rience, ça va faire bien sur mon CV.' Il ne voyait pas le pro­blème alors je lui ai de­mandé qui payait son loyer et sa nour­ri­ture. C’était bien sûr ses pa­rents ».

« Un stage de­vrait être une chance basée sur le mé­rite, et non sur la 'ca­pa­cité de mes pa­rents à me sou­te­nir fi­nan­ciè­re­ment si je pars six mois à Bruxel­les’ », ex­plique-t-elle avec pas­sion. Mais tout le monde n’est pas d’ac­cord avec elle. Sa col­lègue li­bé­rale dé­mo­crate, Sarad Lud­ford, a ré­cem­ment pro­posé à un jeune un stage de six mois non ré­mu­néré. En mars 2014, le Co­mité des re­pré­sen­tants per­ma­nents a la­men­ta­ble­ment échoué en es­sayant de mettre un terme aux stages non ré­mu­né­rés dans les ins­ti­tu­tions eu­ro­péennes. Car les beaux dis­cours et les pro­grammes pour la jeu­nesse à grande échelle de­vraient être ac­com­pa­gnés par une plus grande vi­gi­lance au sein même de l’Union eu­ro­péenne.

PEN­SER JEUNE 

L’in­té­rêt de Re­becca Tay­lor pour la jeu­nesse est assez évident puis­qu'à 39 ans, elle est une jeune dé­pu­tée eu­ro­péenne. L’âge moyen des dé­pu­tés eu­ro­péens est de 55 ans, et celui des com­mis­saires est de 57. Est-ce la rai­son de l’in­ca­pa­cité de l’UE à s’oc­cu­per des pro­blèmes des jeunes ? Re­becca me rap­pelle qu’il y a des dé­pu­tés qui ont dix and de moins qu’elle, mais elle ac­cepte que les pré­oc­cu­pa­tions soient dif­fé­rentes selon les gé­né­ra­tions. « Il a par­fois été dif­fi­cile pour moi de trou­ver un em­ploi, donc je sais ce que ça fait. Quand mes pa­rents étaient à l’uni­ver­sité à la fin des an­nées soixante, 5 % de la po­pu­la­tion avait un di­plôme uni­ver­si­taire qui leur ga­ran­tis­sait presque tou­jours de trou­ver un em­ploi. Au­jour­d’hui, les choses ont changé », af­firme-t-elle.

L'im­mi­gra­tion, vo­leuse d'em­ploi ? Vidéo de l'Al­liance pro­gres­siste des so­cia­listes et dé­mo­crates 

Ces désac­cords étaient bien pré­sents lorsque le sys­tème de prêts des­tinés aux étu­diants en mas­ter a été éta­bli. Cer­tains com­mis­saires vou­laient que le prêt soit rem­boursé « dans l’an­née, peu im­porte ce qui ar­rive », même si le bé­né­fi­ciaire ne trouve pas d’em­ploi. Ap­pa­rem­ment, la Com­mis­sion « pense que tous les di­plô­més de mas­ters trouvent un em­ploi. Non, mais ré­veillez-vous ! » s’ex­clame Re­becca.

Re­becca Tay­lor semble être pro­fon­dé­ment en­ga­gée dans l’amé­lio­ra­tion des condi­tions des jeunes Eu­ro­péens. Elle confirme qu'il est trop fa­cile de tenir l’Eu­rope res­pon­sable du chô­mage chez les jeunes. Ce­pen­dant, pen­ser que l’UE n’agit pas est com­plè­te­ment er­roné, et dé­crire l'union comme une ins­ti­tu­tion uni­forme est la plus grande des er­reurs. C’est un patch­work fait de dif­fé­rentes phi­lo­so­phies et pers­pec­tives, cer­taine plus concen­trées sur les pro­blèmes de jeu­nesse. Et c’est uni­que­ment en vo­tant aux élec­tions de mai que les jeunes Eu­ro­péens pour­ront in­fluen­cer ces cou­rants. Comme le dit Re­becca Tay­lor, « si tu ne votes pas, d’autres dé­ci­de­ront à ta place, et ils ont une idée de l’Eu­rope dif­fé­rente de la tienne. »