Rapport du Conseil de l'Europe : le Premier ministre kosovar accusé de trafic d’organes

Article publié le 20 décembre 2010
Article publié le 20 décembre 2010
par Julie Olivier Le Conseil de l’Europe a publié un rapport, mercredi 15 décembre, accusant des responsables gouvernementaux kosovars issus de l’Armée de Libération du Kosovo (UCK), dont le Premier ministre, Hashim Thaci, d’être à l’origine d’un trafic d’organes à partir de prélèvements sur des prisonniers serbes ou pro-serbes.
Suite à des accusations similaires portées par l’ancienne procureur du Tribunal pénal pour l’ex-Yougoslavie (TPIY), Carla del Ponte, en 2008, la Commission des questions juridiques et des droits de l’homme du Conseil de l’Europe avait chargé le parlementaire suisse, Dick Marty, qui s’était déjà illustré en révélant l’existence de prisons secrètes de la CIA en Europe, de mener une enquête pour apporter des preuves.

L’enquête de Dick Marty a permis d’identifier six lieux de détention en Albanie où des prisonniers serbes du Kosovo et albanais pro-serbes auraient été torturés. Dans certains cas, l’assassinat par balles était immédiatement suivi du prélèvement d’organes qui étaient expédiés vers des cliniques occidentales, notamment en Allemagne, au Canada et en Israël. Ce trafic pratiqué par l’Armée de Libération du Kosovo (UCK), leader de la lutte armée contre la Serbie, aurait perduré jusqu’au déploiement de la KFOR par l’OTAN en juin 1999. Ces révélations interviennent alors que les relations entre la Serbie et le Kosovo s’étaient détendues, le Premier ministre serbe, Boris Tadic, s’étant déclaré prêt à négocier avec le Kosovo, dont la Serbie ne reconnaît pas l’indépendance proclamée en février 2008. Suite aux accusations portées contre le Premier ministre Hashim Thaci, trois jours après que les élections législatives l’aient reconduit à la tête du gouvernement, il est difficile d’imaginer de telles négociations.

L’Union européenne se trouve également en position d’accusée, alors que Berlin, Paris et Londres avaient accordé leur soutien au Kosovo contre la Serbie. La chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, a immédiatement réagi à la publication du rapport, demandant à ce que des preuves soient présentées à la Mission européenne de police et de justice au Kosovo (Eulex).

La Commission des questions juridiques de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe a également demandé une série d’enquêtes supplémentaires pour étayer les indices apportés par Dick Marty. Le rapport doit être débattu le 25 janvier lors de la session plénière de l’Assemblée parlementaire.

Consulter le rapport du Conseil de l’Europe

Ces brèves sont réalisées en partenariat avec la rédaction étudiante du Master Politiques Européennes de l’IEP de Strasbourg