Racisme : Martin Schulz est-il vraiment un héros ?

Article publié le 15 mars 2016
Article publié le 15 mars 2016

[OPINION] Des mots clairs et un geste concret au Parlement européen. Jeudi dernier, Martin Schulz a exclu de la session un député du parti néo-nazi grec Aube dorée en raison de propos racistes à l’égard des Turcs. Tonnerre d’applaudissements. Schulz est acclamé dans la presse et sur les forums. Mais son acte était-il vraiment héroïque ?

« Je recours à une mesure inhabituelle, que je considère cependant comme inévitable pour la dignité de notre maison. Un incident a eu lieu dans notre maison ce matin, auquel je crois que le Parlement européen ne peut pas ne pas réagir, mais auquel il doit impérativement réagir. » C’est avec ces mots que Martin Schulz a introduit l’expulsion du député d’extrême droite Eleftherios Synadinos. La raison pour cela étaient les propos racistes du politicien du parti Aube dorée qui, lors d’un débat sur le sommet entre l’UE et la Turquie qui a duré plusieurs heures, qualifia les Turcs de « barbares spirituels, méprisants de Dieu et menteurs » en se fondant sur « des scientifiques ottomans ». Cette déclaration faite entre les murs du Parlement, dont les valeurs telles que la paix, la démocratie, l’égalité et l’État de droit font partie des fondements, a causé un coup d’éclat. Martin Schulz justifia sa démarche en disant qu’il ne veut pas faire entrer le racisme dans les mœurs. Et il a raison ! 

Martin Schulz, le nouveau super héros de l’UE

Quelques heures après l’expulsion, la vidéo de l’exclusion de la session s’est propagée de façon virale sur Internet. Le mur Facebook de Martin Schulz est criblé de commentaires. « Well done », peut-on souvent y lire. On parle de « l’heure de gloire de la tolérance ». Il devrait y avoir plus de politiciens comme Martin Schulz, estiment les Internautes. Des éloges sont également faites par des services d’informations en ligne tels que bento et Vice, qui touchent avant tout un public plus jeune. Dans leurs titres, ils font de Martin Schulz un héros. Mais à quel point Martin Schulz a-t-il réellement mérité cette sympathie et cet emballement ?  

Ça vaut le coup de jeter un coup d’œil dans le dictionnaire : se définit comme « héros », quelqu’un « qui exécute une tâche difficile avec bravoure et courage et qui accomplit un acte exceptionnel qui lui vaut l’admiration ». Il est certain que dans l’histoire du Parlement européen, la mise à la porte est exceptionnelle, mais je m’imagine cependant autre chose quand je pense à une tâche difficile. Martin Schulz n’a fait que son devoir de président du Parlement européen. Qui a des propos racistes, est un raciste et il n’a rien à faire au Parlement.  

Toutefois, à l’heure où des foyers de réfugiés brûlent, où les passeurs se font de l’argent avec la mort d’êtres humains, où les populistes entrent dans les parlements et où Donald Trump gagne les premières primaires, des actions comme celles de Martin Schulz ou des discours comme celui de Dunja Hayali lors de la remise de la « Goldene Kamera » se transforment en petites lueurs d’espoir grâce auxquelles le citoyen ouvert et tolérant se redresse et essaie de reconquérir sa foi en le bien dans le monde.