Racines grecques et penser à l'européenne

Article publié le 30 janvier 2015
Article publié le 30 janvier 2015

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Comment les fonctionnaires européens de nationalité grecque gèrent le problème grec?

Dimanche 25 janvier, c'est jour d'élection en Grèce. Que vont faire les Grecs vivants à Bruxelles? Est-ce qu'ils soutiennent la politique européenne envers la Grèce? L'austérité? Est-ce qu'ils s'interrogent sur l'approche européenne?

Être réaliste quant à la situation actuelle

Les expatriés grecs que j'ai recontrés personnellement se tiennent informés des informations et de la politique grecques. Ils semblent touchés et inquiets par la situation socio-économique actuelle et par la situation politique. Ils sont en contact avec des amis et de la famille vivant en Grèce et leur rendent visite quand ils peuvent. Quand Dimitris, qui travaille à la Commission européenne se rappelle quand il est rentré en Grèce en 2004, il rit et dit :

"J'avais l'impression d'être pauvre quand je voyais des Grecs conduisant de belles voitures chères! Je me sentais heureux et fier d'une certaine manière parce que je pensais "c'est bien, la Grèce est un bon endroit pour vivre". Mais même alors, je savais que ce n'était pas l'économie réelle."

Les Grecs que j'ai interviewés ont confirmé que beaucoup de problèmes n'ont pas encore été résolus. Ils évoquent le secteur public qui manque de transparence et devrait être rationnalisé.  Manouela, également fonctionnaire à la Commission européenne, déclare qu'elle n'aurait pas pu avoir de meilleures opportunités professionnelles correspondant à son niveau de formation "à cause du favoritisme". Elle explique que dans le secteur public, "les favoris du système politique" sont embauchés. "Même quand ces personnes n'ont pas les diplômes, ils ont tout de même le job" et "le secteur public est un bazar" reconnaît Dimitris. Ils voudraient que Tsipras mette en avant cette réforme délicate mais il veut "embaucher dans le secteur public et renationaliser les entreprises" donc ils espèrent en fait qu'il mente.

Il y a deux semaines, le propriétaire grec d'un bar à Bruxelles m'a dit que "l'évasion fiscale est un sport national". Dimitris confirme cette phrase : "la collecte des impôts est un problème, les gens qui peuvent éviter les impôts le font, ceux qui ne peuvent pas, les employés par exemple, sont imposés". Le sentiment d'injustice en ce qui concerne le système d'imposition semble être assez fort parce que plus vous êtes riche, plus il est facile de contourner le système.

À la recherche d'une alternative à l'austérité 

Bien que les Grecs que j'ai rencontrés soient favorables à des réformes dans leur pays, ils ne sont pas forcément pour l'austérité et ils doutent même de l'orientation économique actuelle lancée par l'Union européenne. "Mais cela n'ébranle pas mon engagement pro-européen" dit Manouela. Pour Ariadni, stagiaire à la Commission européenne, "douter de l'orientation économique européenne ne signifie pas douter de l'engagement pro-européen. Je ne pense pas que seuls les Grecs doutent de l'orientation économique européenne".

Je dois dire que j'étais particulièrement contente de rencontrer des personnes dans les institutions qui semblent espérer autre chose que l'austérité. Themis, stagiaire en affaires européennes, a une position fédéraliste : "l'austérité seule ne sert pas l'Europe". Pour lui, l'Europe ne peut pas être uniquement l'affaire des "marchés libéraux" parce que "couper dans les allocations reviendrait à altérer l'identité européenne". La plupart des personnes que j'ai intervieuwées ont évoqué des solutions alternatives comme des plans "d'investissement", "traiter de la restructuration de la dette comme un problème européenn et pas seulement grec", même un référendum afin de permettre aux gens de décider à la place d'un parti en particulier.

Cela explique pourquoi certains Grecs travaillant dans les affaires européennes (et d'autres nationalités aussi!) soutiennent Syriza. Pour Themis, "Syriza pourrait être une bonne solution... mais nous réalisons qu'il n'y a pas de bon parti, nous allons choisir le moindre des deux maux". Un changement réel ne peut être porté que par une "voix forte" selon Manouela. "Quand il s'agit d'une démocratie-sociale, le message n'est juste pas assez fort. Certains de ses collègues travaillant à la Commission sont fortement favorables à Syriza. Cependant, Syriza est une coalition de treize partis, "ce n'est pas homogène" donc l'incertitude persiste quant à la politique mise en œuvre en fin de compte. Elle ajoute que dans l'électorat de Syriza, "vous avez des personnes opposées à l'Union européenne mais aussi des personnes qui pensent que l'UE n'est pas assez audacieuse et devrait proposer davantage de réformes et vous avez des anti-capitalistes à côté des banquiers qui espèrent que Syriza réduira les impôts. Tout le monde est très confus."

Se sentir Européen

Il semble difficile de savoir ce que la population pense de l'Union européenne. "Il y a une perception générale négative au sujet de l'UE, mais tout le monde met d'abord la faute sur le dos du gouvernement précédent" dit Ariadni. Pour Themis, les Grecs sont encore majoritairement pro-européens, c'est ce que disent les derniers sondages. De toute façon, seuls les Grecs ont le droit de décider ce qui est mieux pour la Grèce. "Il n'est pas normal que des politiciens de l'UE donnent leur opinion sur nos élections!" voici ce qu'une personne intervieuwée a dit fâchée au téléphone. Son vol pour la Grèce était déjà réservé pour tôt le lendemain matin puisque les Grecs ne peuvent voter qu'en Grèce (et tous ont exprimé leur extrême irritation à ce sujet).

Qui sait, peut-être que la Grèce peut souffler un vent de changement sur l'Europe. Comme l'a dit un eurodéputé grec : "les Grecs ne sont pas seulement les locataires, nous sommes les co-propriétaire de l'Europe." C'est pourquoi, nous, les Européennes, sommes aussi intéressés par ce que vous avez à dire aujourd'hui. Joyeux jour d'élection!