Qui sont les "guiris" ?

Article publié le 7 septembre 2015
Article publié le 7 septembre 2015

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

En été, les villes espagnoles, en particulier les villes côtières, se remplissent de "guiris". Nous savons tous à qui nous nous référons et nous pouvons même les identifier sans craindre de nous tromper. Mais pourquoi les touristes en sont-ils arrivés à recevoir ce "surnom affectueux" en Espagne ? Que signifie ce mot exactement ? D'où vient-il ?

Tu le croises sur une digue-promenade et tu souris : il est rouge comme une tomate après être resté trop longtemps sous un soleil auquel il n'est pas habitué et il porte le classique "sandales + chaussettes", et peut-être un chapeau ou une casquette. Il se peut même que l'un d'eux se balade avec une banane qu'il ne porterait jamais dans son pays d'origine. Le voilà, le guiri classique, que tu peux aussi rencontrer assis devant une carafe de sangría et une paella que toi, en tant qu'Espagnol, ne mangerais sûrement pas.

Mais qui sont ces guiris ?

Même si, au début, on identifiait autrefois comme guiris les touristes du Nord de l'Europe, il semblerait que le guiri d'aujourd'hui soit n'importe quel visiteur qui met le pied sur nos côtes et dans nos villes les plus emblématiques. En effet, selon la Real Academia Española (équivalent de notre Académie Française, ndt), le mot "guiri" signifie, en espagnol parlé, "touriste étranger", sans distinction aucune. Pour les identifier, il suffit de jeter un oeil à la liste automatique des clichés que nous, les Espagnols, avons coutume d'associer à ce mot et que nous avons cités au début. Les guiris les incarnent presque tous.

Je demande à mes collègues de Cafébabel s'ils savent ce qu'est "un guiri" et je suis étonnée de constater que la majorité d'entre eux ne savent pas qu'eux-mêmes se verraient affublés ce surnom s'ils visitaient notre pays. Nous, Espagnols, qui pensions que c'était de notoriété publique ! C'est comme cela que je me retrouve à leur expliquer une liste de clichés avec lesquels beaucoup ne se reconnaissent pas et que eux, même s'ils admettent à contrecoeur qu'ils peuvent être vrais, associent aux "personnes âgées".

"Et pourquoi guiris ?", me demandent-ils, "d'où vient ce mot ?" Ne voilà-t-il pas que moi, qui étais en train de leur expliquer qui étaient les guiris, n'ai absolument aucune idée du pourquoi nous nommons ainsi les touristes en Espagne.

D'où vient le mot "guiri" ?

La RAE nous éclaire un peu là-dessus : "Nom par lequel pendant les guerres civiles du XIXème siècle, les carlistes désignaient les partisans de la reine Cristina, puis tous les libéraux, particulièrement les soldats du gouvernement". Il semble que ce soit là l'origine du mot "guiri", puisqu'on appelait en euskera (langue basque, ndt) les partisans de la reine Cristina les "guiristinos" (les "cristiniens").

On estime que le terme fut récupéré dans l'Espagne des années 1960 sous la forme abrégée "guiri", quand la mentalité libérale des étrangers qui visitaient le pays au cours des premières années du redressement de notre économie se heurtait à l'idéologie traditionnelle du franquisme.

Cependant, certains pensent que l'évolution de ce mot a aussi été influencée par le terme "guirigay" (charabia ou brouhaha, ndt), qui désigne l'agitation qui se forme suite à un langage incompréhensible et qui serait aussi liée à la langue parlée par les étrangers.

Mais ne confondons pas les touristes qui arrivent en Espagne, parce que "guiri" n'est pas nécessairement un terme péjoratif, même s'il l'était à l'origine. En réalité, à l'heure actuele, nous avons poussé le terme "guiri" à l'extrême et nous ne l'utilisons plus seulement pour nous référer aux visiteurs étrangers. Ce sont les touristes de tous les pays, même quand il s'agit de nous ! Qui ne s'est jamais retrouvé entouré de gens en train de prendre des photos dans un lieu emblématique d'une ville européenne et s'est mis à sortir un "mon dieu, c'est rempli de guiris ici !" Voilà.