Qui est responsable de la crise grecque ?

Article publié le 13 février 2010
Publié par la communauté
Article publié le 13 février 2010
Passons sur le détail des perturbations économiques et financières que connaît la Grèce depuis quelques mois (ou quelques...années ?), mais revenons sur les réactions nationales que suscite cette situation de faiblesse.
Les réactions pleuvent dans les journaux grecs, et c'est pourquoi j'ai essayé de ne sélectionner que quelques extraits, qui tentent de déterminer la responsabilité de chacun dans cette catastrophique crise économique, qui, selon beaucoup, n'a pas de précédent.

On accuse d'abord les Anglosaxons (terme générique derrière lequel se cache bien évidemment le dédain affiché de la Grande-Bretagne vis-à-vis de l'euro), et en particulier un certain John Paulson, épinglé par un article paru dans To Vima comme le méchant voyou par lequel tout est arrivé. Cet américain de 43 ans, sévissant dans la City londonienne, aurait réuni une équipe de 20 à 30 fins limiers de l'analyse financière pour spéculer sec sur la faillite de la Grèce. Dès les premières annonces de la dévaluation des titres grecs signifiée par les agences de notation Fitch et Standard and Porr's, ce pro du « hedge fund » aurait lancé ses attaques contre une économie grecque instable. La spéculation, dénoncée aussi par le premier ministre pour expliquer les problèmes économiques grecs des derniers mois, aurait donc un nom.

Thanasis Tegopoulos, dans un billet paru dans Eleftherotypia regrette de son côté l'attitude de la Suède et la Grande-Bretagne, peu enclines à venir en aide à l'économie grecque, et plus généralement considère que pour les pays eurosceptiques, la Grèce est « une proie facile » qui justifie toutes leurs réticences à adopter la monnaie européenne.

Mais c'est ensuite à l'Allemagne d'être sévèrement jugée. Un long article de Ta Nea explique comment la politique de hausse des salaires poursuivie par l'Allemagne, qui a en la matière largement dépassé les limites fixées par le traité de Maastricht, ne pouvait que conduire à cette catastrophe. Et c'est un Allemand, Hainer Flasbek, qui le dit, en qualité d'économiste travaillant au plus haut niveau à l'ONU. Il met en relation le déficit vertigineux de l'Etat grec avec l'excédent accumulé pendant la même période par l'Allemagne, qu'il explique par une politique de dumping des salaires inacceptable. Selon lui, cette politique nuit non seulement à la Grèce, mais à l'ensemble des pays du Sud de l'Europe, et même à la France. Dans Ethnos, on fait rapidement mais non moins acidement remarquer que « l'Allemagne ainsi que d'autres grandes puissances européennes, ont attaqué la Grèce, provoquant ainsi le jeu de spéculation » évoqué plus haut.

En fait, ce dernier commentateur élève surtout la voix pour dénoncer ce qu'il considère comme des mensonges diffusés par les médias, en particulier européens et étrangers, qui ne cherchent qu'à provoquer la panique dans l'opinion publique grecque. Un déficit public conduit-il à la banque-route d'un pays ? Non, répond-il. Illustrant son propos par des statistiques précises, il montre comment le déficit public d'un Etat est chose courante (Etats-Unis, Espagne, Japon...), et, pour les pays concernés, comment il peut durer une décennie sans provoquer la pagaille que l'on voit en ce moment pour la Grèce. « Certes, reconnaît-il, la Grèce connaît aussi un gros problème de dette publique. » Là, il donne l'exemple du Japon, dont la dette publique apparaît supérieure de 10 % à celle de la Grèce. Il continue avec le chiffre de la dette totale, qui comprend la dette de l'Etat et celle des entreprises et des particuliers: et là, force est de constater que la Grèce se situe dans la moyenne européenne. Et l'auteur de conclure avec force: « Personne ne dit que d'autres pays européens, au moins aussi endettés que la Grèce, sont au bord de la faillite. Cela montre donc que la Grèce est en fait au centre d'attaques politiques et spéculative ».

Dernier son de cloches, parmi la quantité de commentaires parus ces dernières semaines, extrait de To Vima: les Grecs ne peuvent s'en prendre qu'à eux-mêmes. Plus précisément, c'est le précédent gouvernement (de Karamanlis, du parti de droite Nouvelle Démocratie), vaincu lors des élections l'automne dernier, qui est à l'origine des problèmes financiers d'aujourd'hui. Clientélisme, dépenses excessives, fiscalité défaillante, comptes de l'Etat falsifiés, subventions agricoles européennes accordées sans discernement... Voici tout ce que dénonce ce dernier article, en espérant que l'actuelle direction du pays saura gérer au mieux l'avenir proche, et lointain, du pays.