Qu’est-ce que l’identité européenne ?

Article publié le 1 janvier 2009
Article publié le 1 janvier 2009

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Puisque une identité est une construction intellectuelle, l’identité européenne n’est pas une chimère. Elle existe mais reste à développer, au dessus des identités nationales et locales, et non contre elles.

Avec l’élargissement à l’horizon, la question de la définition de l’Europe et de son identité se trouve de plus en plus analysée par des différents auteurs et journalistes. Cependant, ce débat existe depuis des siècles. D’un mythe grec à l’empire romain, de Charlemagne à Napoléon, de l’établissement des Etats Nations à la présente construction d’une Union Européenne. Cet article traite de l’Europe. On précise – de toute l’Europe, qui s’étend loin au-delà des frontières de l’Union Européenne.

Un « vouloir-vivre ensemble »

L’identité est quelque chose qui nous distingue des autres. Si nous analysons l’identité européenne selon les principes généraux constitutifs d’une identité (géographique, culturel, stratégique), nous constatons qu’elle n’existe pas dans le sens classique du terme. Ceci étant dit, l’identité est aussi fondée sur un principe plus spirituel et irrationnel, le sentiment d’appartenance à une même communauté, un « vouloir vivre ensemble », résultant du partage des mêmes valeurs et des mêmes objectifs.

Voyons, en premier lieu, l’argument selon lequel les identités nationales posent un obstacle à l’existence d’une identité européenne ? Cet argument n’est pas recevable. Cependant, à cause des expériences historiques très diverses des différents pays de l’Europe, l’idée de l’identité a des implications variées selon les différents groupes. Par exemple, un Allemand et un Français ont chacun des idées différentes de ce qui constitue une identité. D’où nous pouvons déduire que l’identité est évolutive, et non une constante. En fait, c’est une construction. Il est donc possible de « créer » des identités – comme par exemple les identités nationales créées pendant le XIX siècle.

Certes, il est difficile de dégager des caractères à la fois communs et spécifiques à tous les pays d’Europe, qui permettraient de les définir en les distinguant des autres parties du monde. En fait, on peut constater que l’Europe n’a ni identité géographique et stratégique, ni identité culturelle. L’Europe n’est pas un continent, ni par sa population, ni par sa structure. C’est « un petit cap du continent asiatique », pour reprendre le mot célèbre de Paul Valéry. On a souvent invoqué ce principe à propos de l’adhésion de la Turquie (voire de l’Israël ou même de la Russie !). En plus, l’homme européen ne se définit ni par la race, ni par la langue. Quant à l’identité stratégique, la libération de l’Europe de l’Est a mis fin au conflit Est-Ouest, et il n’y a pas de véritables forces extérieures qui menacent l’Europe à l’heure actuelle.

L’héritage culturel de l’Europe à son tour n’appartient pas exclusivement à l’Europe, étant une inspiration aussi pour des pays qui se trouvent en dehors de ses frontières. Mozart et Picasso appartiennent aussi bien aux Américains et aux Japonais qu’aux Européens. En fait, elle se compose de plusieurs espaces culturels disparates, sources de comportements assez différents : des grandes différences existent entre l’Europe latine et l’Europe nordique, si on prend un exemple.

L’identité européenne, étape vers une identité mondiale

Malgré tout cela, quand nous nous trouvons face aux autres « identités » du monde, en voyageant à travers les autres continents, nous nous voyons comme « Européens ». En fait l’identité fonctionne à plusieurs niveaux, c’est-à-dire, une personne dispose de plusieurs identités en même temps. Prenons l’exemple d’une personne de Dublin : à Cork, elle sera de Dublin (« a Dubliner », natif de Dublin) ; en France, elle sera d’Irlande (Irlandaise) ; et en Afrique, elle sera d’Europe (Européen). Ainsi, on peut constater que l’identité européenne est simplement une étape vers une identité « mondiale » (donc si les extraterrestres arrivent à Strasbourg demain, je serais sans doute « Terrienne » !).

On peut conclure que les identités sont des généralisations. Après tout, nous sommes tous des individus, uniques, chacun différent de l’autre. Quoi qu’il en soit, les généralisations font parti de la nature humaine, elles nous aident dans la construction des idées et théories complexes, que nous appliquons à notre milieu en créant des sociétés civiles. L’Europe existe, en dépit de ses défauts, au regard de la définition de l’identité. Il serait inopportun de constater qu’en créant une identité européenne, on construira quelque chose de nouveau. En plus, il serait injuste, voire tragique, d’imposer une nouvelle identité pour remplacer les identités nationales et régionales qui existent en ce moment.

En fait, l’identité de l’Europe ne réside-t-elle pas dans sa capacité à transcender sa propre diversité ? En réprimant cette diversité, nous nierions notre propre spécificité, l’élément principal de ce qui constitue une identité. Avec la construction de l’Union Européenne, il n’est pas besoin de créer une nouvelle identité, les identités nationales évoluant avec le temps. Si l’identité européenne a besoin de s’approfondir, elle pourra le faire en respectant les identités nationales et non en cherchant à se substituer à elle, car une telle attitude risquerait de provoquer des réactions de défiance. Il y a donc un besoin de sauvegarder notre diversité. Si l’Europe réussit à traverser la difficile période à venir qu’est l’élargissement tout en soutenant sa propre diversité, elle peut servir de modèle au monde entier. Les aspirations de l’humanité sont (où plutôt, devraient être) de vivre ensemble en paix et d’assurer le bien être du plus grand nombre possible.

Les identités nationales comme richesse

Finalement je voudrais mettre l’accent sur le grand potentiel de l’Union Européenne. Pour que le projet européen soit un succès à long terme, il faudrait qu’il soit accompagné de valeurs morales. En même temps, on doit tenir compte du fait que la spécificité de l’identité européenne se trouve dans sa diversité. Elle ne doit pas chercher à se définir ou à se construire contre les identités nationales, mais avec elles et par elles, car la diversité est un atout. Les identités nationales ne doivent pas être vécues comme des entraves, mais à la fois comme une donnée et une richesse. Cependant, d’une certaine manière les identités nationales rendent l’identité européenne fragile. Il existe un risque que celle-ci s’effrite face aux difficultés majeures ou de choix importants. La Communauté s’est ainsi révélée incapable de parler d’une seule voix lors de la guerre contre l’Irak (1991) ou de la guerre en Yougoslavie. Donc, les identités nationales demeurent importantes, malgré l’interdépendance croissante entre les pays dans les domaines économique et structurel. Cela ne signifie pas que ces identités ne peuvent pas coexister. Tenter de remplacer les unes par l’autre serait une action à la fois intolérante et peu compréhensive au sujet de phénomènes historiques, sociaux et culturels.

Compte tenu du passé sanglant auquel l’Europe a survécu (deux guerres mondiales, expansion mondialiste, colonialisme, impérialisme etc.) elle devrait servir de modèle, comme preuve que la coopération et la réconciliation, c’est-à-dire une coexistence pacifique, est plus profitable que la guerre et l’animosité.