Quelles minorités sur le sol grec ?

Article publié le 17 avril 2008
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Article publié le 17 avril 2008
Décidément, les Grecs ont des problèmes quand il s’agit de donner un nom à leurs voisins ou à ceux qui, tout en habitant sur leur sol, ne parlent pas leur langue et revendiquent une identité nationale autre. À l’époque antique, on avait un moyen simple et direct pour désigner cette population: il s’agissait des “barbares”, ceux qui ne parlent pas le grec.
Evidemment, avec l’évolution sémantique du mot, cette appellation n’est plus tellement consensuelle.

Il n’en reste pas moins que vivent en Grèce des catégories de citoyens qui revendiquent leur appartenance à une “minorité”. Il se trouve que plusieurs journaux ont, à la faveur de l’actualité, jeté un coup de projecteur sur eux. motif décoratif La question est soulevée par une réunion organisée par l’Alliance libre européenne (qui se définit comme un "Parti politique européen rassemblant des partis de nature nationale, régionale et autonomiste de l'Union européenne"). Elle a lieu jeudi 17 avril à Bruxelles, au Conseil de l’Europe, sous le titre: “Minorités nationales inexistantes en Grèce: les Turcs de Thrace occidentale et les Macédoniens”. L’initiative de cette discussion viendrait de l’organisation “Arc-en-ciel” composée de Slavo-macédoniens et dont le siège se situe à Florina (ville de Grèce du Nord, très proche de la frontière avec la FYROM). D’après l’article d’''Eleftherotypia'', cette organisation n’en serait pas à son coup d’essai et s’est déjà adressée à plusieurs reprises au Conseil de l’Europe. Cependant, cette fois, ils ont le soutien des Verts, de Daniel Cohn-Bendit et de députés européens issus de partis minoritaires. Il faut surtout souligner que cette association coopère pour l’occasion avec le groupe “Turcs de Thrace occidentale en Europe” constitué pour l’essentiel de citoyens turcs immigrés en Allemagne.

La discussion doit porter sur “les discriminations importantes pratiquées par le gouvernement grec à l’encontre des minorités turques et macédoniennes”, d’après le communiqué de presse du groupe organisateur. En fait, tout le problème vient du nom qu’on donne aux choses et, en l’occurrence, aux gens. Comme le rappelle Maria Karaoulis dans les pages de Makedonia, le gouvernement grec refuse aussi bien l’adjectif “turc” que l’adjectif “macédonien”. Le second parce qu’il provient du nom que la république voisine s’est donné sans qu’il soit encore accepté par la Grèce. Le premier parce que depuis les accords de Lausanne (1923) et les échanges de population, la Grèce reconnaît la présence sur son sol d’une communauté musulmane, en particulier en Thrace, région proche de la Turquie, mais non d’une “minorité turque” qui revendiquerait dès lors des liens avec la mère-patrie. Dans la mesure où elles ne sont pas nommées comme elles le souhaiteraient, ces populations se sentent ‘inexistantes’: “En refusant d’accepter l’identité d’une minorité turque, la Grèce empêche le fonctionnement d’organisations qui se définissent par l’adjectif ‘turc/turque’”. Les Slavo-macédoniens pour leur part évoquent le refus signifié à plusieurs reprises par les tribunaux grecs d’autoriser la création d’une association culturelle appelée “Le toit de la culture macédonienne”.

A ces arguments, les journalistes répondent eux aussi par des adjectifs: “un titre de conférence ironique”, “un communiqué de presse provocant”, “une alliance immorale”. Les mots pour en parler sont forts, mais les contre-arguments avancés peu nombreux. De toutes façons, personne ne veut croire à l’impact de cette manifestation. Selon Eleftherotypia, “la plupart des musulmans de Thrace n’ont aucun lien avec les Slavo-macédoniens” et la direction en Grèce de l’organisation turque en question ne se sent pas concernée par cette affaire. Signalons que les relations de la Grèce avec le parti Alliance libre européenne sont extrêmement tendus: pour preuve ce billet publié sur le site de l'ALE qui reprend les termes du communiqué de presse cité et condamne violemment le refus exprimé par Costas Karamanlis d'accepter que la FYROM fasse acte de candidature pour intégrer l'OTAN.

Dans un autre registre, une autre minorité est mise à l’honneur cette semaine dans la presse grecque, et sans ironie cette fois. Le journal Makedonia présente à ses lecteurs une jeune fille de 19 ans issue de la communauté rom, qui fréquente l’université et envisage de devenir enseignante. Une exception, souligne le journaliste, qui mérite d’être encouragée. Gogo Kalpazidou retient de son parcours “l’exceptionnel soutien de (s)es parents, qui ne (l)’ont pas forcée à me marier comme c’est la tradition dans les familles tsiganes”, “le soutien aussi de (s)es enseignants de l’école de Dentropotamou” de la banlieue de Thessalonique. C’est d’ailleurs là que la jeune fille veut revenir “en tant qu’enseignante cette fois” pour aider les enfants roms qui, d’après les enseignants de l’école, connaissent “des conditions de scolarisation dignes du tiers-monde”: ils dénoncent des bâtiments mal isolés et qui menacent de tomber, ou encore des problèmes de trafic de drogue contre lesquels l’action de la police est insuffisante. L’article signale à ce propos la tenue jeudi 17 avril d’un congrès de deux jours consacrés à la place des roms dans la société grecque, et qui se tiendra dans une ville de Macédoine. La réflexion doit mener à ce que le cas de Gogo ne soit pas une exception mais devienne la règle pour tous les enfants tsiganes vivant sur le sol grec. L’intention vient de l’organisation non gouvernementale “Eco-Société” et est en soi louable; je retiens toutefois de la conclusion de l’article une grande volonté de faire en sorte que la langue rom - le romanês- , perde son caractère uniquement oral, considéré comme facteur de fragilité pour cette culture, et puisse être écrite, en l’occurrence, en caractères grecs. Je laisse ce projet à votre méditation. Personnellement, il m’interroge surtout sur ce que “variété linguistique” veut dire…