Quelle communication pour demain ?

Article publié le 15 décembre 2009
Article publié le 15 décembre 2009
« a déclaré le secrétaire général de l'ONU dans un entretien publié dimanche 6 décembre dans le quotidien danois . Je suis très optimiste pour Copenhague.
Nous aurons un accord – et je crois qu'il sera signé par tous les pays membres de l'ONU, ce qui serait historique », Ban Ki-moonBerlingske Tidende

Outre les aspects purement écologique, économique et politique de ce nouveau sommet sur le réchauffement climatique ouvert le 1décembre à Copenhague, et largement médiatisé par tous les vecteurs de communication actuels, l’on peut observer une fois de plus que se pose en filigrane l’épineux problème de la communication et que derrière la suprématie de la langue de Shakespeare dans les hautes sphères de la gouvernance et des échanges mondiaux, ce sont les questions de la représentation du monde dans l’esprit des individus, de l’ouverture d’esprit et de l’hégémonie d’un modèle économique qui sont en jeu.

Par Ingrid Maître

La langue est un vecteur de communication et de lien social. Les hommes ont donc toujours cherché à conjurer la malédiction de Babel et ont ressenti la nécessité d’une langue partagée, d’une langue commune à l’humanité, universelle et permettant la transmission de la pensée et le rapprochement entre les êtres. Atteindre cet idéal humaniste et pacifiste est devenu d’autant plus impératif que la diversité des langues devenait un obstacle croissant aux échanges dans un monde qui se rapetissait.

L’anglais est devenu la langue internationale exclusive qui relègue le français dans un rôle défensif d’une part, et l’alternative à cette domination consiste d’autre part en l’émergence d’une langue artificielle comme langue universelle auxiliaire.

L’anglais, devenu langue internationale, relègue le français dans un rôle défensif

Au fil du temps, l’anglais (ou anglo-américain) a acquis un statut de langue internationale, ce qui engendre des effets pervers.

Il est la langue dominante, langue véhiculaire mondiale et première langue internationale à avoir évincé les autres. En 1995, 92 % des données sur internet sont rédigés en langue anglaise, langue plate-forme de l’internet.

Ce statut dominant résulte d’une politique linguistique consciente et active, d’une entreprise concertée de promotion de l’anglais, corollaire d’un impérialisme économique.

Il est un instrument de pouvoir. Outre la domination politique et économique, l’anglais assure une domination culturelle. Les anglo-américains imposeraient leur vision du monde par le contrôle des médias. De plus, une langue véhicule un message et des représentations ; elle n’ouvre qu’un univers mental. L’anglais serait donc le vecteur d’une culture qui risque d’engloutir toutes les autres et dans le contexte de mondialisation, de supprimer les échanges entre cultures nationales et enrichissement mutuel.

Il risque de perdre son unité de par sa diffusion géographique excessive qui l’expose à la corruption et aux variations.

Face à cela, le français n’a plus qu’une position défensive.

Première langue internationale au XVIIIème siècle, il reste la deuxième langue de communication internationale puisqu’il est la langue de la diplomatie, une langue officielle et de travail dans les organisations internationales et les ONG (dont le mouvement olympique). Il demeure la langue étrangère la plus apprise au monde après l’anglais.

Le français a des atouts. Il est une langue littéraire et stabilisée, une langue claire, agréable et précise. Il est aussi la langue du langage amoureux, que dire des vers enflammés d’un Cyrano !, des plaisirs de la table et d’un humanisme impertinent et frondeur. Langue également du partage, du non-alignement, langue de culture, de liberté et d’expression de la démocratie.

Pour autant, en dépit d’une volonté forte  tendant à promouvoir la francophonie, le recul du français dans le monde est manifeste : neuvième langue dorénavant parlée dans un monde qui ne compte que 131 millions de francophones. Envahi d’anglicismes, le français est victime sur son propre sol d’un snobisme qui conduit certains à le délaisser au profit de la langue de Cromwell.

Une langue artificielle comme langue universelle auxiliaire, une alternative ?

Depuis longtemps, les hommes rêvent d’inventer une langue de toute pièce qui se superposerait aux langues nationales. Ce bilinguisme universel, reposant sur l’émergence d’une langue internationale auxiliaire et non exclusive, permettrait de ne pas s’immiscer dans la vie intime des peuples, de ne pas détruire les langues régionales et de respecter leur droit le plus élémentaire à s’exprimer dans leur langue maternelle.

La langue artificielle présente plusieurs atouts : elle est d’abord simple d’apprentissage, sa grammaire et son orthographe sont simplifiées, sa prononciation constante et elle économise la mémoire.

L’espéranto par exemple est sept fois plus simple à apprendre que l’anglais, n’oublions pas à ce propos que seulement 1 % des bacheliers est capable de tenir une conversation moyenne en anglais. En outre, elle est souple puisqu’elle s’adapte aux modes de pensée de toutes les cultures et permet de plier la langue à la pensée, ainsi l’expression est fine et nuancée.

Autre aspect important, la langue artificielle est un instrument d’émancipation et de libération. Elle est un vecteur pour lutter contre l’internationalisme des favorisés qui maîtrisent l’anglais et permet de créer une classe sociale des opprimés par-delà les nations qui enferment dans des frontières linguistiques. Elle est aussi une langue de résistance des peuples contre la domination des puissances économiques et par conséquent contre l’hégémonie du système américain devenu référence absolue.

D’autre part, une langue artificielle empêche la suprématie linguistique de certains pays  et par conséquent leur influence politique et économique. Dans le monde, chaque année, dix langues disparaissent et le phénomène s’accélère ; entre 50 % et 90 % des langues parlées seront mortes d’ici un siècle. Adopter une langue auxiliaire, c’est empêcher qu’une langue nationale domine, aucune ne périra donc, toutes seraient préservées et l’anglais ne sera plus la langue qui tue.

Cependant, le succès est mitigé.

Après une tentative en 1879, le volapük est tombé en désuétude. Inventé par le polonais Zamenhof en 1887, l’espéranto a connu un plus grand succès. 60 000 ouvrages, de la musique et des productions scientifiques et médicales utilisent cette langue essentiellement d’origine latine et romane. Elle compte deux à trois millions de pratiquants.

Pour autant, elle reste marginale, pauvre et imprécise.

Autant de tentatives qui ne permettent pas réellement de remettre en cause la suprématie de l’anglais qui est indéniable aujourd’hui, lorsque l’on considère que 92 % des données sur internet sont en langue anglaise et que c’est par excellence la langue des affaires et de l’économie.

Néanmoins, cela soulève plusieurs problèmes : peut-on encore jouir de son droit le plus élémentaire, à savoir s’exprimer dans sa langue maternelle ? Qu’en est-il du fait que se plier à une langue, c’est en adopter par voie de conséquence son mode de pensée et in extenso son modèle économique ? C’est exactement ce qu’il s’est passé avec l’anglo-américain à partir des années 1950 et du développement du néo-libéralisme.

En outre, face au multiculturalisme et au brassage des populations, comment trouver un moyen viable et accessible à tous pour une bonne communication ?

L’une des solutions consisterait dans l’éducation et l’importance accordée très tôt à l’apprentissage des langues étrangères et en premier lieu, à la maîtrise de la sienne.

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