Que sont devenus les heureux élus d’Ile-de-France ?

Article publié le 17 juin 2009
Publié par la communauté
Article publié le 17 juin 2009
On le rappelle, 13 sièges ont été attribués à la région Ile-de-France, inégalement répartis entre les différentes listes. L’UMP en a engrangé cinq, la liste Europe-Ecologie talonne la droite avec quatre sièges, tandis que le PS ne s’en tire qu’avec deux sièges. Enfin, le MODEM et le Front de gauche ne récoltent qu’un petit siège chacun.
Les plus grandes personnalités du monde politique se concentraient dans cette circonscription éminemment politique, qui demeure le miroir de la tendance politique française. Pourtant si l’élection européenne demeure déjà difficile à comprendre (mode de scrutin, circonscriptions hasardeuses, difficultés à se représenter le parlement européen et les institutions européennes en général), on a encore plus de difficultés à comprendre le jeu de certains futurs euro-députés.

dati, barnierRachida Dati et Michel Barnier (UMP), fraîchement élus députés européens

Malgré la victoire, la confusion règne au sein de la majorité présidentielle

La liste UMP Ile-de-France illustre bien ce cas, avec les récentes déclarations de Daniel Cohn Bendit à propos de Rachida Rati et Michel Barnier, respectivement deuxième et première têtes de liste UMP dans cette même région. Celui-ci affirme en effet que sans caméra où on ne pourra pas la voir, Mme Dati n’a aucun intérêt à s’y rendre. De son côté Michel Barnier se verrait plutôt commissaire européen, et non parlementaire, toujours selon le leader vert. Comment y voir clair dans ces déclarations ? Du côté de l’UMP, on dément, et on exige des excuses de la part de Dany le rouge. Mais rien de très franc sur la situation réelle. Tout laisse à penser que la garde de sceaux, malgré ses adieux faits au Ministère de la justice, va à reculons au parlement européen, pour« se taper les commissions et les endroits où il n’y a pas de caméra », dixit encore une fois le franc parler du leader vert.

Harlem Désir veut y croire

Daniel Cohn-Bendit Du côté du PS, l’ambiance est aussi houleuse mais pour d’autre raison. Depuis le conseil national du 9 juin dernier, qui fixe une rénovation des idées et du parti socialiste, de nombreuses voix se sont élevées, à l’instar de Manuel Walls, qui réclame un changement d’appellation du PS. Cette proposition réfutée par Benoît Hamon, un des grands perdants de la circonscription d’Ile-de-France, traduit les tensions toujours existantes au PS, qui n’en finissent plus. Sur son site, Harlem Désir, reconduit au parti socialiste européen avec Pervenche Pérès, estime qu’il faut changer, et travailler pour gagner un jour la majorité au parlement européen, et surtout mettre fin aux divisions internes du PS, révélées au grand jour lors du Congrès de Reims. Rappelons que le PSE dispose pour cette nouvelle législature de 161 députés, alors qu’il en comptait 200 après les élections de 2004.

Les verts sur l’offensive

La liste Europe Ecologie fait aussi beaucoup parler d’elle, depuis son succès inattendu lors du 7 Juin 2009. On a vu que Dany le rouge avait lancé quelques pavés dans la marre en direction de l’UMP mais semble avoir exclu de même toute alliance avec les socialistes. L’autre personnalité, Eva Jolly, concentre aussi ses attaques sur le chef de l’Etat et ses pratiques politiques. Après avoir dénoncé la relation détestable qui lie la République à feu Omar Bongo, et comparé Nicolas Sarkozy à Silvio Berlusconi, « Mme propre » (en raison de sa lutte contre la corruption) et le parti vert s’active pour le prochain « E day » qui aura lieu le 4 juillet prochain à Saint-Ouen, pour une grande réunion festive et militante de la liste Europe Ecologie.

Le Modem a la gueule de bois

parlement europeen strasbourg Pour le MoDem, l’ambiance semble morose, après le « gadin électoral » selon le commentaire de son leader François Bayrou, qui a pris la mesure de son échec, avec en Ile-de-France, un seul député envoyé, en la personne de Marielle de Sarnez. Le Modem veut toutefois peser encore au niveau européen. Le 11 Juin dernier, à la suite de son entretien, « franc et direct », avec le président de la République François Bayrou (qui ne sait toujours pas remis de sa confrontation avec Daniel Cohn Bendit), s’est opposé à la réélection de José Manuel Barroso à la présidence de la Commission européenne. Toujours à l’affût d’un échec de l’UMP, Marielle de Sarnez s’est réjouie quant à elle, de la décision des sages du Conseil constitutionnel, qui n’a pas entériné la loi Hadopi. La député européenne se félicite que les sages aient rejoint « la position exprimée par le Conseil Européen ».

La maladresse de l’extrême gauche

Au niveau de l’extrême gauche, qui totalise tout de même plus de 12% des suffrages exprimés, le Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA), qui a jugé son score correct, malgré le fait qu’il n’ait aucun élu, poursuit son aventure seul, et s’oppose à tout ralliement au Front de gauche qui lui, dispose de cinq élus, dont un en Ile-de-France, représenté par Patrick le Hyarick, directeur du journal l’Humanité. Une occasion manquée pour l’extrême gauche, qui aurait pu alimenter en sièges le GUE/NGL (gauche unitaire européenne/gauche vert nordique) qui a connu une mauvaise soirée lors du 7 juin dernier.

Un temps d’attente avant que la machine européenne passe la seconde !

Toutes ces réactions masquent le fait que la prochaine session plénière du parlement européen n’aura lieu que le 14 juillet prochain, soit plus d’un mois après ces fameuses élection européennes. Manifestement, il ne faut pas trop les brusquer ces députés ! L’ordre du jour sera marqué par les solutions à apporter à la crise, les inquiétudes face aux nouvelles pandémies mondiales, mais aussi à propos de la politique de voisinage de l’UE, vis-à-vis des futurs ou non Etats membres, en premier lieu la Croatie et la Turquie. En attendant, les politiques doivent occuper le terrain et régler leurs comptes ! C’est aussi l’heure des tractations politiques, mais à ce jour, chaque parti engagé dans la bataille européenne campe sur ses positions. Pas d’alliance en vue donc entre les principales forces politiques, qui fonctionnent toujours sur des logiques d’appareil bien ancrées !

Crédits photos : Michel Barnier/FlickR, Besoin de gauche/FlickR et Bruno Bense/FlickR

Henri Lacour