Que signifie le "oui" irlandais pour la République tchèque ?

Article publié le 8 novembre 2002
Publié par la communauté
Article publié le 8 novembre 2002

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Une analyse du résultat du référendum irlandais au travers de ses conséquences sur le processus d'élargissement de l'Union Européenne, et plus particulièrement celles qui affectent la République Tchèque.

906 292 irlandais ont dit « oui » au traité de Nice du samedi 19 octobre tandis que seuls 534 887 d’entre eux s’y sont opposés. Au dernier référendum concernant la même question,seuls 453 461 des participants (46%) avaient approuvé le traité,529 478 (54%) ayant refusé de le ratifier. Examinons les faits d’un peu plus près. Le nombre d’opposants au traité de Nice n’a pas bougé depuis avril dernier,mais,conséquence directe d’un plus faible taux d’abstention (2001 :65.21%/2002 :50.53%),c’est le nombre de votes qui a augmenté.

L’Irlande vote pour l’élargissement

Etant en Irlande cet été,j’ai eu l’occasion de parler avec beaucoup de gens,citoyens ordinaires des grandes villes ou de la province,qui m’ont pour la plupart dit avoir voté « non » l’année dernière car beaucoup d’entre eux n’étaient pas sûrs que le traité de Nice ne constitue pas une menace pour la neutralité irlandaise. D’autres craignaient une baisse du soutien apporté par l’Union Européenne à l’agriculture irlandaise. Mais il y avait un point sur lequel s’accordaient sans hésitation tous ces gens que j’ai rencontrés durant mon séjour de trois semaines en Irlande : l’élargissement de l’Union Européenne est une nécessité,et reçoit de fait le soutien de la majorité des irlandais.

Par leur ratification du traité de Nice,les votants irlandais ont ouvert l’une des dernières portes permettant à la République Tchèque d’accéder à l’Union Européenne.

Cependant d’autres portes demeurent fermées,que nous allons à présent considérer.

Le sommet de Bruxelles

Le sommet de Bruxelles portait sur la question de savoir comment financer l’élargissement et abordait notamment des points plus délicats comme celui de la politique agricole commune (PAC). On distingue en général deux principales approches du problème, à savoir l’approche allemande et l’approche française.

L’Allemagne souhaite une réforme radicale de la PAC car elle apporte une contribution largement supérieure aux subventions que reçoivent ses agriculteurs en retour,contradiction qui est d’autant plus frappante si l’on considère le cas de la France,qui tire un bien meilleur parti de la PAC. L’Allemagne exige un soutien moindre aux agriculteurs des pays désirant adhérer à l’Union Européenne,tout d’abord parce qu’elle y voit un moyen de réformer la PAC,et ensuite parce qu’elle craint la concurrence des agriculteurs polonais et tchèques. La France de son côté refuse toute réforme de la politique agricole,non par grandeur d’âme ou sentiment d’amitié envers les nouveaux adhérents,mais parce qu’elle considère le statu quo comme le meilleur des compromis. Dans ce débat, la République tchèque occupe une position intermédiaire.

L’agriculture tchèque ne représente pas une part réellement importante du secteur économique(à l’inverse de la Pologne par exemple) : moins de 2% de la population active travaille dans le domaine de l’agriculture,et les revenus des agriculteurs tchèques se situent bien en dessous du seuil national. Par le biais des négociations,le gouvernement tchèque revendique simplement les mêmes conditions pour les agriculteurs tchèques que pour les agriculteurs des pays « vétérans » de l’Union Européenne, applicables à compter du moment où la République Tchèque rejoindra celle-ci.

Si une réforme radicale de la PAC est nécessaire, celle-ci doit s’effectuer sans distinction entre les anciens et nouveaux pays membres de l’Union Européenne. Ainsi chaque pays devrait être traité de la même manière et s’accorder à négocier une baisse des subventions agricoles dans le budget de l’Union Européenne. Le gouvernement tchèque est d’accord sur ce point(le lobby agricole est très faible).

La suite des négociations

A l’heure actuelle,seuls 4 des 31 chapitres du processus des négociations bilatérales entre le gouvernement tchèque et l’Union Européenne sont encore en attente d’être réglés. Le 24 octobre, après que les Pays-Bas aient retiré leurs objections, le débat sur la question de la compétition économique état clos. Le gouvernement hollandais désapprouvait le soutien apporté par le gouvernement tchèque aux industries métallurgiques car il craignait l’arrivée sur le marché européen d’un nouveau concurrent employant une main d’œuvre à très bas prix.

Parmi les questions qui restent encore à régler, deux en particulier posent problème : L’agriculture(comme on l’a vu) et les institutions. Au sujet de ces dernières,on distingue un problème particulier : en effet si l’on s’en tient au traité de Nice, la République Tchèque revendiquerait seulement 20 sièges au Parlement Européen, or elle en veut au moins 22, soit le même nombre que celui auquel ont eu droit les pays de même taille, tels que la Belgique, le Portugal ou la Grèce.

Les négociations devraient prendre fin en décembre

La décision finale quant à savoir quels pays rejoindront l’Union Européenne devrait être prise en décembre au sommet de Copenhague.

Aujourd’hui le gouvernement tchèque n’a plus aucun doute sur le fait que notre pays sera parmi les premiers à accéder à l’Union Européenne en dépit de quelques problèmes persistants dont on croit fermement qu’ils devraient être réglés dans les plus brefs délais. La Commission européenne a publié un rapport annuel concernant les dispositions prises par les pays candidats depuis 1997 afin d’accéder à l’UE. Depuis cette date, le pays a résolu beaucoup des problèmes et la République Tchèque a même accepté l’acquis communautaire. Des difficultés persistent cependant.

L’un des points les plus délicats concerne la question des minorités gitanes,et qui a pris une dimension européenne à travers le phénomène d’émigration massive de ces populations en Grande Bretagne et dans certains pays scandinaves. Le gouvernement tchèque et les ONG tentent de remédier à ce problème, mais cela prendra sans doute beaucoup de temps. Le soutien à l’éducation et à l’emploi des membres de la communauté est le meilleur moyen d’améliorer le statut social de celle-ci.

Le deuxième gros problème réside dans la difficulté à développer une conscience écologique au sein de la société tchèque, problème fortement lié au désintérêt relatif à toute idée de développement durable chez la majorité des tchèques, qu’ils soient simples citoyens ou hommes politiques. Par exemple, le Parti Vert ne recueille le soutien que de 3% des voix au sein de la République Tchèque.

L’acceptation de la législation européenne a obligé notre gouvernement à considérer ces problèmes comme étant partie intégrante du processus décisionnel. Mais il n’en reste pas moins qu’il est nécessaire de promouvoir la pensée écologique au sein de la société tchèque.

Référendum

D’ici avril ou mai 2003 un référendum aura lieu en République Tchèque. Les citoyens devront alors décider s’ils veulent ou non rejoindre l’UE. Les sondages d’opinion tendent à prouver que la majorité de ceux qui prendront part au référendum voteront oui(environ 60%). Je suis pour ma part optimiste et espère que le processus de ratification du référendum par les membres de l’Union Européenne se déroulera sans aucun problème.

C’est un fait avéré :aujourd’hui le processus d’élargissement ne recueille pas un très grand soutien auprès des pays membres. Plus de 50% des gens interrogés lors d’un sondage d’opinion effectué cette année se sont révélés incapables de nommer ne serait-ce qu’un seul des pays candidats.

Or si nous souhaitons contribuer à l’élaboration d’une nouvelle idée de l’Europe basée sur la coopération de toutes les nations démocratiques européennes,il nous faut avant tout apprendre à nous connaître les uns les autres.