Que représente l’Europe pour les Albanais ?

Article publié le 21 mai 2015
Article publié le 21 mai 2015

Comment l’Union européenne est-elle perçue au-delà de ses frontières et plus précisément en Albanie ? Vox-pop. 

Les pères fondateurs et le processus d'élargissement

La paix et l'unité en Europe sont célébrées le 9 mai, date de l'historique « Déclaration Schuman » prononcée en 1950. Dans un discours inspiré par Jean Monnet, le ministre français des Affaires étrangères, Robert Schuman, proposait la mise en commun des ressources en charbon et acier entre la France et la République Fédérale d'Allemagne (RFA) dans une organisation qui deviendra ensuite la principale source d'adhésion des autres pays européens. 

Cette déclaration quasi-révolutionnaire avait généré une onde de chocs et lançait le processus d'unification. Dès ses débuts, la déclaration avait l'intention d'apporter un profond changement des mentalités favorisant le rassemblement des peuples d'Europe. Au cours des dix dernières années, l'Europe a subi de considérables changements menant vers une plus grande unification des peuples, langues et cultures bien que l'adhésion à l'Union européenne n'implique pas que le partage des bénéfices mais aussi des responsabilités qui vont avec. Avec l'élargissement de l'UE en 2013, la Croatie en est devenue le 28e état membre.

L’Europe a fêté au mois de mai de cette année les 65 ans de la Déclaration Schuman. De réelles questions quant au futur de l’Europe se posent aujourd’hui et intriguent bon nombre d’intellectuels, d’économistes et d’hommes politiques du monde entier. Persiste cependant une impression très répandue selon laquelle les pays du sud-est de l’Europe sont très favorables à une adhésion à l’UE. Cette idée est renforcée par la tendance à associer l’Union avec « l’identité européenne » en général.

Le cas Albanais

L’Albanie, un petit pays situé dans le sud-est de l’Europe a connu une réelle transformation au cours des vingt dernières années. L’effondrement du système communiste au début des années 1990 a exposé le pays à de multiples opportunités de développement économique, social et politique. Depuis juin dernier, l’Albanie bénéficie du statut de candidat officiel à l’Union européenne. L’Albanie est déjà membre de beaucoup d’organisations internationales : le Conseil de l’Europe, l’OTAN, l’OSCE, le FMI, l’OMC et j’en passe. Grâce à sa position géographique centrale et son développement au cours des dernières années, sa population se sent« fortement liée » à l’appartenance à l’Europe. 

L’un des changement les plus importants qui a été accentué ces dernières années est effectivement une « nouvelle culture politique » prévalant dans le pays. Quiconque a l’occasion de rentrer en contact avec des Albanais à Tirana (la capitale) ou n’importe où ailleurs remarquera à quel point les choses ont changé, et en bien. Les gens sont aujourd’hui plus ouverts d’esprit, conscients de la réalité de leur pays et du reste du monde, bien éduqués, directs, et maîtrisent au moins deux langues étrangères.

Nous avons demandé à des jeunes et des professionnels albanais ce que représente l’Europe pour eux. Voici ce qu’ils pensent à propos de l’Europe et du sentiment européen. 

Armando Bode – étudiant en master de droit à l’université de Tirana (Albanie) et président d’ELSA (association européenne des étudiants en droit) : « L’Europe représente pour moi tout d’abord et surtout la méritocratie. Je vois l’Europe comme l’endroit où tes compétences seraient plus appréciées que le pouvoir émanant de ta famille et de ton réseau. L’Europe représente aussi le respect des droits de l’homme de la part de chaque partie prenante et la responsabilité de l’État envers ses citoyens ».

Rudina Hoxha – journaliste freelance à Tirana (Albanie) : « Ma perception personnelle de l’Europe est celle d’un "grand portail" qui te donne une envie folle de trouver le moyen de l’ouvrir. Cela alimente un défi continu, celui de qui y arrivera en premier. Ceux qui travaillent le plus dur peuvent en ouvrir la porte facilement. Cela marque le début d’une série d’opportunités de développement personnel et professionnel ».

Marjola Xheblati – chargée de la communication à l’Université de Tirana (Albanie) et doctorante en droit : « Depuis  2010, quand l’Albanie a rejoint l’Espace Schengen de libre circulation, j’ai commencé à sentir l’Europe plus proche que jamais. Avec mon travail, j’ai eu la chance de visiter de nombreuses universités européennes et d’avoir un avant-goût de ces cultures, langues et peuples. Pour moi, l’Europe est très diversifiée et cela m’a toujours fascinée. J’espère que dans un futur proche, l’Albanie rejoindra l’Union européenne afin de donner plus d’opportunités à chacun. Je suis certaine que quand mon fils grandira, il apprendra beaucoup de ses voyages et études en Europe ».

Matilda Karçanaj – étudiante en master d’études du sud-est européen à l’université de Graz (Autriche) : « De manière générale, ma vie aurait été complètement différente si je ne m’étais pas rendue à mon premier séminaire en Serbie financé par la Commission européenne. Je ne serais pas aujourd’hui étudiante en Autriche sans ma bourse. Mon rêve s’est réalisé uniquement grâce aux opportunités que l’Union européenne nous offre, à nous, citoyens ou non de l’UE, et à mon engagement vis-à-vis de mes études. Nous nous retrouvons tous dans le sentiment d’appartenance à l’Europe mais nous sommes tellement différents dans la manière dont nous nous impliquons et y mettons du notre. Pour cela, si les Balkans de l’ouest ne s’investissent pas vraiment, un nouvel élargissement sera un réel défi à relever pour l’Union européenne. »

Aurel Ndoni – étudiant en architecture à l’université technique de Berlin (Allemagne) : « Pour moi l’Europe est un endroit fantastique. Cela fait maintenant deux ans que je vis à Berlin, où je compte bien réaliser mon rêve de devenir architecte. Entre temps, j’ai voyagé dans de nombreux pays et villes d’Europe qui ont renforcé "mon identité et mes sentiments européens". Je parle albanais chez moi, allemand à Berlin et je communique aisément en anglais et italien dès que je me trouve entouré d’autres jeunes européens. Elle n’est pas fantastique, l’Europe ? ».

Esmeralda Spaho – experte en finance à Tirana (Albanie) : « Pour moi, l’Europe n’est pas qu’une question de voyages, même si la plupart d’entre vous en ont fait l’expérience à travers les voyages et la sortie de votre zone de confort. J’ai le sentiment d’appartenir à l’Europe parce que j’aime l’idée qu’on soit tous si différents et si unis à la fois. Le continent est un rassemblement de cultures, langues, histoires et traditions. En tant que jeune active, je pense pouvoir contribuer à rendre l’Europe meilleure, alors que l’Europe a une énorme influence sur moi en me rendant toujours plus eurolbanieApéenne. »