Qu'auront en commun Uber et le viagra en 2020?

Article publié le 24 octobre 2015
Article publié le 24 octobre 2015

No stress, ils ne seront tous les deux pas illégaux.

Ont-ils été conçus de la même façon ? NON!  

Uber/BlaBlaBlacar sont des modèle étudiés après une attentive analyse de marché qui met l’accent sur une économie en contraction, elle a identifié comment l’économie de partage aurait été un boom. Le Viagra est né d’une erreur ; alors qu’en cherchait une pilule pour le cœur on a remarqué des effets « collatéraux »…

Sont-ils destinés au même public? NON !

Le premier est pour les clients plutôt jeunes et habitués à la technologie, la clientèle du second ne sait probablement pas comment chercher cet article sur google

Ils sont utilisés par des groupes de personnes ? 

Le premier est utilisé par des groupes de personnes : pour le second disons que ce n’est pas l’objectif de la rubrique économique de répondre à une telle question

Ils ont détruit les barrières à l'entrée d’un marché ?  Bingo!

Pour expliquer les barrières à l'entrée on peut se référer à l’Union Européenne. Si un chinois voulait introduire un produit à l’intérieur de l’Union Européenne il devrait payer un droit à l’importation et s’assurer qu’il respecte les normes de l’UE : les agents des douanes saisissent en effet régulièrement  des marchandises de contrebande. Chaque marché a des barrières à l'entrée: certaines sont un simple paiement ; demain si on veut ouvrir un magasin de vêtements à Turin ou devra trouver des vitrines à louer per exposer la marchandise. D’autres barrières sont de nature légale ; si on veut  ouvrir une boulangerie on devra suivre le stage de préparation à l’installation.

Si on veut aujourd’hui  vendre un produit concurrent au viagra on ne pourrait pas parce que le brevet du viagra permet uniquement à Pfizer de le vendre jusqu’en 2020. Si quelqu’un violait le monopole Pfizer intenterait bien évidemment une action en justice. De la même façon les chauffeurs de taxi ont dû acheter une licence onéreuse qui leur permettait qu’à eux, à vie, d’avoir le droit de transporter, en ville, les personnes dans une auto privée, contre rémunération. Le nombre de licences a toujours été limité et on sait que les ressources manquent, elles sont très coûteuses.

Uber a habilement contourné ces barrières d’entrée en rendant son service de transport en ville réalisable par n’importe qui. Les jurisprudences de différents pays se demandent si cela est légal ou non au regard de l’ordre juridique en vigueur, et il semble pour le moment qu’Uber ait des difficultés à cause de son objectif territorial limité (comme les taxis il opère seulement dans une commune), tandis que BlaBlacar ne rencontre pas de problème grâce au fait qu’il s’occupe de transport entre des villes différentes.

Derrière les protestations des chauffeurs de taxi qui ont parfois donné lieu à des passages à tabac, il y a la peur que leurs clients diminuent, qu’ils préfèrent le service absolument équivalent d’Uber qui opère à des prix nettement plus bas. Les chauffeurs de taxis craignent par ailleurs de devoir vendre leur licence à un prix sensiblement plus bas que celui qu’ils espéraient. Qui achèterait une licence de taxi pour 100.000 Euros s’il est possible de faire le même métier grâce à Uber sans devoir payer la susdite barrière à l’entrée ? Le problème devient plus personnel si l’on pense que la vente de la licence constituait la liquidation des chauffeurs de taxis dont l’argent aurait probablement aidé leurs enfants à acheter une maison.

Mais les raisons des chauffeurs de taxis sont équivalentes à celui qui a acheté une maison dans la ville du Far West devenue fantôme et qui se rend compte que sa maison n’a plus aucune valeur étant donné que personne, hormis la poussière, ne voudrait y habiter.

Qui seront les prochains ?

Le gouvernement Monti a clairement indiqué qui seront à moyen terme les prochains à souffrir de l’abattement des barrières qui leurs permettaient d’opérer en régime de monopole / oligopole avec les généreux bénéficies qui s’en suivent. Les pharmacies ressentent toujours plus la pression des supermarchés, en France, on achète son essence à l’extérieur de Carrefour / Auchan et des concurrents à Trenitalia vont faire leur entrée sur les structures ferroviaires italiennes.

Quels bénéfices y a-t-il pour nous les consommateurs ?

Théoriquement si on devait choisir quel train prendre, on prendrait celui qui nous amène à destination à l’heure et au prix le moins cher : Trenitalia pourrait perdre quelques clients et entre Uber et un chauffeur de taxi je vous laisse faire le choix « cornélien ».

Et y’a-t-il des désavantages ?

Les partisans du marché diraient que non, la concurrence aide le consommateur à moins payer les services. Il faut toutefois gérer les difficultés économiques, ainsi que les conséquences sociales, de celui qui a tout investi dans une licence de taxi et risque désormais de se retrouver avec les mains vides.