Quand l’«inexposé» s’expose à Bruxelles!

Article publié le 12 novembre 2012
Article publié le 12 novembre 2012
Par Jan Nils Schubert Pas de thème pour l’exposition "Unexposed", qui s’est ouverte vendredi 9 novembre à Bruxelles. Seulement une idée directrice: montrer la créativité et les réflexions de 40 jeunes femmes iraniennes, dont les œuvres n’ont pas pu être exposées dans leur pays d’origine.

Ce furent 400 candidates qui répondirent à l’appel lancé par l’asbl "Art Cantara" (pont de l’art, en arabe) pour cette nouvelle exposition. Les critères étaient stricts: être une femme iranienne âgée entre 20 et 40 ans, vivre et travailler dans en Iran et avoir au moins une exposition à son actif.

Un choix générationnel

« Je voulais m’adresser à une génération bien précise, celle qui n’a connu que la république islamique » explique la commissaire d’exposition, Fery Malek-Madani. « Ce n’est pas parce qu’on a grandi sous une façon de penser, qu’on ne peut réfléchir ».

Bien que l’absence de thème explique la diversité des sujets abordés, on voit apparaître en filigrane une sérieuse réflexion autour de l’identité:  celle de la femme par rapport à la tradition et la réappropriation du corps féminin. S’ajoute  alors la fascination pour un Occident proche grâce aux médias, mais toujours lointain parce qu’inaccessible. Autant de tensions entre une réalité quotidienne et des désirs insatisfaits, résonnant tels des frustrations peintes sur les toiles qui couvrent les murs en briques.

L’universalité contre un orientalisme malvenu

"Unexposed", ce sont des œuvres variées, s’inspirant de courants artistiques et de techniques divers. Broderies, peintures, collages, photographies sportives... la place est donnée à l’hétéroclisme. Pas de désert, de calligraphie ou de cyprès, ces sujets chers à l’occident en quête d’exotisme orientaliste; mais bien quelques allusions ponctuelles à un art traditionnel, pour souligner le contraste avec une modernité affichée. Fery Malek-Madani ne cache d’ailleurs pas sa volonté de contrer l’engouement pour ces sujets souvent prisés dans les ventes aux enchères privées d'Europe. « Avoir une image plus universelle ne plaît pas forcément », confie-t-elle « mais je ne cherche pas à faire de commerce ».

Après Bruxelles, l’exposition partira à Athènes et Varsovie. Lourd d’un fort passé religieux, ces peuples seraient, selon la commissaire d’exposition, "plus aptes à comprendre la critique acerbe véhiculée par ces jeunes artistes iraniennes".

(Photo Credits: Atoosa VAHDANI "Shabnam" / Samin ABARQOI "Selfportrait" / Banafsheh JAHANGARI "Dancer with flag")