Quand les manifestations ne sont plus démocratiques

Article publié le 11 septembre 2015
Article publié le 11 septembre 2015

La première exigence pour un état européen qui désire rentrer dans l'UE est de "respecter ses valeurs démocratiques".  Les membres actuels pourraient revoir ce que démocratie signifie. Les manifestations, une part vitale de ce système de gouvernement, sont de plus en plus réprimées. L'Europe oublie-t-elle comment fonctionne la démocratie?

Les hommes politiques sont en train de déployer d'immenses efforts pour empêcher les citoyens d'approcher de leur tour d'ivoire. En début d'année, le gouvernement espagnol a fait du parlement un sanctuaire avec une loi controversée qui interdit les manifestations près des institutions comme le parlement espagnol. Au Royaume-Uni, la ministre de l'Intérieur Theresa May, a dû stopper les plans du maire de Londres Boris Johnson qui voulait utiliser les canons à eau comme outil de contrôle de la foule. À l'évidence, les manifestations ne sont plus considérées comme une partie essentielle de la démocratie mais comme des révoltes publiques qui doivent être écrasées.

Le droit de manifester est un principe démocratique acquis par le biais d'autres droits de l'homme, comme la liberté de rassemblement et la liberté d'expression. Heureusement, ce droit est limité et n'inclut pas la propagation de la haine ou la menace de la sécurité publique. Malheureusement, les gouvernements sont de plus en plus paranoïaques en ce qui concerne "une menace" pour l'ordre public.

Le blasphème n'est plus un crime en Europe, mais en Grande-Bretagne prononcez un mot contre la famille royale et vous aurez de sérieux problèmes. Un citoyen hollandais qui avait crié "Fuck the king, fuck the queen, fuck the royal's family" a été poursuivi pour avoir insulté les monarques, et ainsi indigné le public. Dans d'autres occasions, comme le mariage du prince britannique William et de Kate Middleton et l'investiture du roi des Pays-Bas Willem-Alexander, des républicains ont été arrêtés à titre préventif.

Quelquefois, c'est juste la "peur" d'une manifestation qui alarme la police. La semaine dernière, un rapport de police néerlandais révélait que des personnes avaient été arrêtées pendant les célébrations de Sinterklaas l'année dernière parce qu'elles étaient noires ou avaient l'air  d'être "différentes". Le rapport affirmait que la police avait peur pour la sécurité publique à cause de la présence de personnes ayant l'air d'appartenir à la gauche et portant des chemises avec des slogans anti-racistes. Ajoutez à tout cela les avertissements d'Amnesty International sur la force excessive utilisée par la police contre les manifestants et les journalistes en Grèce, en Espagne et en Roumanie et vous allez presque penser que l'UE est partenaire avec les états policiers.

Limiter le droit de manifester n'a rien à voir avec le maintien de l'ordre public mais c'est remettre en question le droit des personnes. Une étude a montré une augmentation des inégalités en Europe et plus une société est inégale, plus elle est répressive. Quand seulement un petit groupe de personnes bénificient de l'état actuel des choses, c'est dans leur intérêt de faire taire la foule ou de détourner l'attention d'eux-mêmes. Ne nous dit-on pas de diriger notre colère contre les migrants alors qu'ils contribuent davantage à l'économie que ce qu'ils reçoivent ? Pourquoi devons-nous aussi calomnier les grévistes qui doivent faire face à des changements inacceptables de leurs conditions de travail et dont le droit de grève a été récemment freiné ?

Dans une société libre, il ne devrait pas y avoir d'intouchables ou de personnes au-dessus des lois mais dans l'Europe d'aujourd'hui, les personnages royaux et les hommes politiques ne peuvent être tenus responsables de leurs propres actions, alors que tout depuis la crise des logements, les bas salaires et les embouteillages peut être injustement reproché aux migrants. Par ailleurs, la loi du bâillon en Espagne et les projets britanniques pour abolir certains des droits de l'homme sont des exemples évidents que même dans une démocratie, nos droits peuvent être en danger. Les gouvernements peuvent faire un minimum pour préserver l'apparence d'une société démocratique en laissant les gens aller dans la rue pour défendre leurs droits.

L'actrice et réalisatrice Natalie Portman, activiste politique, rappelle à tous ce que veut dire vivre dans une démocratie : "Quelquefois des personnes sont élues mais vous n'avez pas voté pour elles et vous devez vivre avec. Alors vous élevez la voix, vous avez besoin de vous exprimer, de protester quand les choses vont mal, et ceci fait partie de la démocratie". La démocratie n'existe pas seulement quand vous votez. Dans une société démocratique, les demos sont permises pour exprimer son opinion quand on le veut. Maintenant, je comprends que certains politiciens n'aiment pas beaucoup cela, mais c'est cela aussi la démocratie.