Quand les Greeters réinventent le tourisme 

Article publié le 20 novembre 2013
Article publié le 20 novembre 2013

Souvent on aimerait savoir ce qui se cache dans une ville en dehors de son centre touristique. Connaître ces lieux que des milliers de curieux viennent immortaliser chaque jour, vivre des moments insolites en un seul clic. C'est désormais possible, grâce aux Greeters

« L'amour peut changer le monde » : combien de fois avons-nous entendu cette phrase ? Il paraît exagéré de parler d'amour pour décrire le monde qui nous entoure, mais en y pensant sérieusement, ce sentiment motive nos décisions, nos paroles et l'attention que l'on peut porter à de petits riens. Ici, il est à l'origine du projet : bien que romantique de prime abord, le concept Greeters est fondé sur la passion d'un citadin pour sa ville et son engouement de la faire découvrir à des touristes ou à quelqu'un de passage.

Jan, Miren et Jean-Pierre ne se connaissent pas mais ont des vies similaires : depuis trois métropoles européennes différentes , chacun a décidé de partager son dévouement pour sa ville.

PROMENADE et SENSATIONS

Ces bénévoles sont tout d'abord mus par un sentiment de nostalgie. Miren, de retour à Bilbao sa ville natale sept ans après s'être expatriée à Londres, a découvert le concept et n'a pas hésité une seconde à rejoindre l'équipe des Greeters. « Je ne voulais pas perdre mon niveau d'anglais et je souhaitais rencontrer d'autres personnes. Revenir dans ma ville et la redécouvrir pour mieux en parler aux autres représentait un challenge dès le départ », détaille-t-ilBénévole depuis plus de deux ans et demi pour l'association Eusko Greeters, c'est de loin sa meilleure expérience : « Le nombre de participants étant limité à 6 personnes par bénévole, la promenade se transforme en une réunion entre amis. Le fait de ne pas devoir suivre un itinéraire figé permet d'être plus libre et d'aller au gré des envies des visiteurs. »  

Cette nostalgie partagée par tous les membres du réseau Greeters est souvent impulsée par les expériences qu'ils ont vécues à l'étranger. C'est d'ailleurs ce qui lie l'histoire de Jan, natif de Hambourg, à celle de Jean-Pierre de Lyon. « Mes meilleures expériences sont celles vécues avec un natif : danser sous une pluie battante pendant une répétition du Carnaval de Salvador de Bahia au Brésil, ou encore passer une nuit dans un temple du Sri Lanka... Jamais je n'aurai pu vivre ces moments si quelqu'un du coin ne m'avait pas amené dans ces endroits », raconte Jan, Greeter à Hambourg depuis un an et demi. « Même si Hambourg n'est pas aussi animée que le Brésil ou aussi mystique que le Sri Lanka, on peut y partager plein de choses, bien plus que lorsqu'on se perd parce qu'on ne sait plus quoi faire ni voir. »

Bénévole depuis quatre ans à Lyon, Jean-Pierre est le Greeter le plus expérimenté. Il cherche à s'éloigner des parcours touristiques traditionnels en s'assurant « d'organiser une promenade forte en sensations, ce qui [lui] permet de donner un aperçu vivant de Lyon ». Les touristes ignorent de plus en plus ce qui se trouve dans les guides pour connaître une ville différemment. « C'est grâce à ces promenades que la beauté de Lyon ne cesse de m'éblouïr, et c'est précisément ce ressenti qui me pousse à le partager avec les touristes »avoue Jean-Pierre.

Savoir pourquoi tous les bâtiments qui entourent le lac Alster ont à peu près tous la même hauteur, ou aller dans le quartier aux lumières rouges de Reeperbahn font partie des visites proposées par Jan à Hambourg. Avec Jean-Pierre, on devient lyonnais le temps d'une promenade, en passant par des petites places et des rues étroites, en découvrant les marchés et les restaurants qui font le quotidien des habitants. Du côté de chez Miren, Bilbao n'a plus de secrets pour les visiteurs : elle y fait découvrir l'ancien Ascenseur de Begoña, utilisé auparavant pour relier le vieux centre-ville à la Basilique de Notre-Dame-de-Begoña, ou encore l'Espace ZAWP, ancien chantier naval reconverti aujourd'hui en un lieu public d'expression pour designers, artistes et musiciens.

BIG APPLE : LE BANC D'ESSAI

C'est de l'autre côté de l'Atlantique que le concept a vu le jour. En se rendant compte de l'opinion négative que les touristes se faisaient sur la grande métropole américaine, Lynn Brooks, new-yorkaise de souche, finit par conclure que la meilleure manière de se débarrasser des clichés était de transformer les citadins en ambassadeurs de leur ville. C'est ainsi que Big Apple Greeter est né et a montré une autre facette de New York en 1992.

Ce n'est qu'en 2007 que l'idée s'exporte en Europe - Paris et Nantes furent les premières à en faire l'expérience. De nos jours, plus de 45 villes d'Europe ainsi que d'autres dans le monde permettent d'être découvertes grâce aux Greeters. Toutes ces villes font partie d'une association internationale dénommée Global Greeters Network qui réunit les valeurs et les objectifs des Greeters du monde entier.