Quand le golfe du Mexique connaît son 11 septembre à lui

Article publié le 3 décembre 2014
Article publié le 3 décembre 2014

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

De la catastrophe de Tchernobyl à la marée noire en Louisiane, les coûts politiques et économiques des catastrophes environnementales ne cessent d'augmenter. Aux Etats-Unis, tout un écosystème a été détruit par cinq millions de barils de pétrole déversés dans la mer.

Souvent les morts causées par les catastrophes écologiques ne sont même pas comptabilisées dans le bilan des victimes. C'est le cas notamment de Tchernobyl, alors que toute une génération, aujourd'hui âgée de 40 ans, se souvient encore de la peur que leur inspirait le nuage radioactif libéré le 26 avril 1986 par la centrale nucléaire la plus importante d'Ukraine. Une catastrophe dont on ne parvient toujours pas à établir un nombre de morts exact : 65 reconnus par le Forum de Tchernobyl et 4000 victimes atteintes de leucémie ou de tumeur à cause de la catastrophe selon l'AIEA. Mais ce sont les estimations pour l'avenir qui effraient le plus : 400 000 victimes selon Greenpeace, alors que le gouvernement ukrainien, lors du 25e anniversaire de la tragédie, admettait qu'au total cinq millions de personnes vivaient encore dans des zones contaminées et étaient condamnées à avoir des problèmes de santé, voire graves et irréversibles. En substance, un bilan incertain qui rapproche l'accident nucléaire de Tchernobyl d'une autre catatrophe écologique qui, elle, a frappé le golfe du Mexique il y a quatre ans.

Ouverture du procès du siècle pour catastrophe écologique

20 avril 2010. Un énorme incendie détruit la plateforme Deepwater Horizon, à tout juste 80 kilomètres au large de la Louisiane. Qui sont les coupables ? 

Transocean, entreprise propriétaire de la plateforme ; Halliburton, multinationale américaine chargée de fournir l'ensemble du matériel nécessaire à l'extraction du pétrole brut ; British Petroleum également, qui avait souhaité la construction de cette même plateforme pour explorer le cœur du golfe du Mexique ; Anadarko enfin, compagnie propriétaire de 25% du projet. Le pétrole s'est déversé pendant encore cent jours, 106 pour être plus précise, pour atteindre un total de cinq millions de barils - neuf millions et demi de litres par jour - qui ont détruit l'écosystème marin. Une marée noire, comme disaient les journaux, qui pendant des années s'est répandue sur les côtes américaines de la Louisiane, du Mississippi, de l'Alabama et de la Floride.

Et l'Authority de jeter la pierre à British Petroleum

Il est facile d'identifier les coupables de la catastrophe, plus difficile déjà de déterminer les chefs d'accusation et impossible d'en prévoir les conséquences.  La multinationale British Petroleum est la première responsable de la catastrophe du golfe du Mexique ; elle fait partie du cartel des quatre cavaliers du pétrole (Exxon Mobil, Chevron Texaco, BP Amoco et Royal Dutch/Shell). Ne croyant pas elle-même à son innocence, la société BP s'est reconnue coupable des onze chefs d'accusation et a accepté de verser 4,5 milliards de dollars de dédommagements. Pas plus innocente aux yeux du personnel de Barack Obama, chargé d'enquêter sur les zones d'ombres de l'accident. Après l'explosion de Deepwater, le président des États-Unis, à la Maison-Blanche depuis 2009, a chargé la National Commission on the BP/Deepwater Horizon Oil Spill and Offshore Drilling de travailler à un rapport sur l'éruption du puits Macondo.

Que savons-nous de l'enquête ? Qu'elle a fourni des données précises et scientifiques sur les dessous de l'affaire, qu'elle a révélé une relation étroite, «scandaleusement étroite», comme l'a déclaré M.Obama, entre les compagnies pétrolières et les autorités de réglementation du gouvernement fédéral, de ce même gouvernement qui peu de temps avant la tragédie avait autorisé les forages pour de nouveaux puits de pétrole et de gaz. Les conséquences ? Onze morts, directement imputables à la catastrophe. Il est impossible de faire des prévisions sur le long terme. En dépit des recherches effectuées, on ne connait le sort que de 20% du pétrole brut qui a fini dans la mer : le pétrole s'est déposé dans le fond de la mer sur 3000 km², où il nuit encore aujourd'hui aux oiseaux marins, aux mammifères, aux tortues et aux poissons. On ne sait rien des 80% restants, ce qui est terrifiant si on considère que le golfe du Mexique fournit un tiers du poisson consommé aux États-Unis et que l'économie d'une des régions les plus touchées, la Floride, repose essentiellement sur le tourisme estival. Une catastrophe environnementale donc, mais également économique : une des plus importantes “Big Oil's Rockfellerian” a vu ses actions chuter. Une catastrophe qui tourne autour du royaume offshore de l'Europe, de l'Angleterre des énergies renouvelables et de BP.

Marée noire, hypothèse d'un complot international

Avant l'éruption de Macondo, British Petroleum avait lancé une campagne pour soutenir l'intérêt des énergies renouvelables. C'était en 2008, une bulle spéculative affectait le marché solide de l'énergie  et le prix du pétrole au baril atteignait 150 dollars. BP, pour encourager ses clients à dépasser l'ère de l'or noir, décide d'abandonner le nom British Petroleum et de le remplacer par Beyond Petroleum, "au-delà du pétrole" en français. 

Toutefois, l'ère de l'énergie fossile n'est pas encore révolue, le processus est long et BP décide de forer à nouveau. Sur le continent américain, peu croient à la rédemption de BP qui a pris la forme de paiements de dédommagements. Dans l'esprit de beaucoup commencent à naitre des théories du complot, comme si quelqu'un, BP par exemple, en accord avec les autorités fédérales, avait décidé que pour consacrer la fin de l'ère du pétrole et les effets délétères de la dépendance énergétique un événement éclatant était nécessaire, uniquement comparable au 11 septembre. C'est ce que révèle également James Fox, un documentariste américain qui, dans son film Pretty Slick , révèle les dessous surprenants des relations entre BP et les principales banques américaines. Des hypothèses de sabotages dénuées de détails bien sûr, mais alors pourquoi l'entreprise Halliburton a-t-elle utilisé, sciemment, un ciment défectueux pour la construction de la plateforme ? Erreur humaine ou simple fatalité ? Pour le moment, nous n'avons aucun moyen de le savoir.