« Quand je serais grande, j'voudrais être blogueuse comme Arianna Huffington »

Article publié le 6 septembre 2010
Article publié le 6 septembre 2010
Avec des phrases comme « chéries, faites des blogs, pas la guerre », l’Athénienne de 60 ans et son site d’information Huffington Post est devenue une référence nationale aux Etats-Unis. Pourtant, Arianna Stassinopoulos n’a jamais connu la même notoriété dans les cercles grecs. Tant pis pour eux.

« Et toi, qu’est-ce que tu veux faire quand tu seras grande ? » Ma réponse est passée d’institutrice, actrice, pop star, mais être blogueuse ne m’a jamais traversé l’esprit – est-ce que la profession existait quand j’étais gamine ? Aujourd’hui, la vingtaine bien tassée, je suis fière de me présenter en tant que blogueuse ; je participe même à des forums avec cette identité. Aujourd’hui, j’admire aussi une femme grecque de 60 ans qui vit à Los Angeles, Arianna Huffington. Après une période à Cambridge et à Londres, l’Athénienne s’est rendue outre-Atlantique où elle a créé le blog « so successful » Huffington Post en mai 2005. En mars 2010, il compte 13 millions de visiteurs uniques et a remporté un concours pour le meilleur blog politique.

Icare vs Arianna Stassinopoulos-Huffington

Le livre d'Huffington, 2008Beaucoup de bruits courent sur elle. Sa carrière politique pour le coup « unsuccessful », avec l’échec aux élections de 2003 pour être gouverneur de Californie, un mariage raté - le politique conservateur Michael Huffington s’est révélé être bisexuel après 11 ans de mariage et deux enfants – une mauvaise image médiatique. Au final, c’est sa distance avec les institutions et l’ouverture de son blog qui a permis à la femme politique de poser les jalons de sa vision. Démocrate convertie, elle y a affichée son opposition à l’intervention américaine en Yougoslavie puis en Afghanistan, avant de couvrir les élections présidentielles de 2008, puis celles du Congrès, lançant sans cesse des piques aux politiciens et à leur show permanent. Une citation de son blog où elle invite des célébrités à s’exprimer, s’en prend à l’actuelle secrétaire d’Etat Hillary Clinton : « En enfer, il y a une place spéciale réservée pour ceux qui auraient pu faire quelque chose pour stopper la guerre et n’ont rien fait. Hillary est l’une d’entre-elles. » Reste que « la Grecque la plus ascendante depuis Icare ». Les recherches sur Internet ramènent toujours au même constat sur Arianna Stassinopoulos-Huffington : « La reine de la blogosphère » avec des ambitions politiques controversées, un « mariage d’intérêt » raté et son mode de vie en général. Elle subit aussi des attaques sur la douzaine de livres et biographies qu’elle a écrit, dont le plus récent est un guide du blogueur.

Prête à tout

Une ville conservatriceAvant de devenir blogueuse, Arianna a publié une réponse féministe au travail de Germaine Greer, publié une biographie de Maria Callas et de Picasso, que les chercheurs grecs ont vu comme des tissus de rumeurs. J’ai même découvert qu’à un moment donné, elle a été poursuivie pour plagiat et des questions de droit d’auteur, sans que les affaires n’aillent très loin. Son père Konstantinos était journaliste. Un vrai bourreau de travail. Il a participé à la résistance nationale grecque contre les Allemands et a été déporté dans un camp de concentration nazi. Arianna a grandi dans l’Athènes des années 1960. Elle apprend l’existence de l’université de Cambridge et s’envole en Angleterre avec sa mère pour étudier la question. Un comportement inhabituel à l’époque, à part dans les familles riches. Le fait que sa mère l’aide démontre aussi une attitude différente. L’atmosphère athénienne de l’époque était conservatrice. Considérée comme une des plus belles villes européennes de l’époque, elle n’avait rien de la ville anarchiste qu’elle est devenue…

Grecque ou pas grecque ?

Bien qu’elle ait annoncé avoir abandonné son nom grec après son divorce car elle en avait marre de l’épeler, il se pourrait aussi que le nom de son mari, qui résonne industrie pétrolière dans les oreilles américaines, sonne mieux. Pourtant, Arianna ne se complait pas dans un océan de paroles sans actes. Elle ne se contente pas d’adopter des enfants du tiers-monde ou de servir un poème lunaire sur les problèmes politiques et sociaux du monde. Elle agit. Je ne pourrait de toute manière pas trouver personne d’autre à admirer en Grèce ou dans le monde occidental, elles sont souvent très pseudos-masculines.

Reste que l’absence de cette femme d’influence de la télévision la rend largement inconnue du grand public en Grèce. Cela ne signifie pas qu’elle soit indifférente à son pays. Elle cite des auteurs fameux, défend son pays en interview ; son attitude se révèle en fait très grecque : tchahpina (τσαχπίνα, que l'on peut traduire comme « pimpant » ) comme on dit en grec. Elle avoue essayer de masquer son accent grec, mais elle a passé son été en Grèce ; son compte twitter l’indique. L’été passé, elle était en Crète pour fêter l’anniversaire du divorce d’avec son mari avec lui et ses enfants. Vous avez deviné, on le sais parce qu’elle l’a blogué.

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Photos : Arianna Huffington (CC) JD Lasica, socialmedia.biz; couverture de son livre (CC) amazon; Carte postale d'Athènes (CC) gichristof/ Flickr; video: CourageCampaign/ Youtube