Quand il ne reste que la résistance

Article publié le 24 avril 2002
Publié par la communauté
Article publié le 24 avril 2002

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Quand les institutions ne reflètent plus le visage du peuple qu'elles représentent et que la haine et l'intolérence menacent de tous fronts, il ne reste qu'une solution: la résistance.

Quand il ne reste que la résistance

Au début, bien sûr, c'est la consternation… Puis l'incrédulité, l'espoir fou un moment que tout ça n'est qu'un vaste canular, une plaisanterie de mauvais goût, un cauchemar qui va bientôt se dissiper… Que la vague noire, non, c'est une autre époque, bien révolue, on en parle assez dans les livres d'histoire, on a assez tenu de discours moraux à nos voisins… Non, pas chez nous, pas aujourd'hui, pas la France…

Et puis, il faut se rendre à l'évidence…Comprendre pour aller plus loin, agir sans attendre, afin d'éviter le pire et reconstruire très vite sur les ruines encore fumantes de ce cruel affront pour la démocratie et l'honneur.

Aucun homme politique, aucun institut de sondage (dont c'est pourtant le métier…), aucun homme épris d'humanité et de liberté n'avait imaginé un tel cauchemar.

Mais il ne s'agit pas de trouver un coupable- le mal est fait- et durablement comme une gifle humiliante qui reste imprimée, longtemps après, sur un visage déjà meurtri… mais quand même, pourquoi…?

Bien sûr, on se convainc que personne, pas même probablement un grand nombre de ceux qui ont choisi un tel vote contestataire, n'aurait voté ainsi si les sondages n'avaient ne serait-ce qu'envisagé ce scénario catastrophe d'un Le Pen au second tour… mais après tout, qu'y peuvent les journalistes et les sondeurs si ceux là même qui ont soutenu cet extrémiste xénophobe ont de la vergogne à avouer leur préférence et si les autres se foutent de la politique comme de l'an 40… L'an 40, justement, on n'en serait pas là si les citoyens, et ceux qui nous représentent en particulier, s'étaient sentis un peu plus concernés par la "chose publique".

Parce que le vrai problème réside précisément dans ce constat que les hommes qui représentent les institutions démocratiques n'ont pas su entendre les véritables aspirations du peuple, trop préoccupé de démagogie, de relooking et de "communication" et qu'ils n'ont pas d'avantage senti que cette démocratie, en crise depuis quelques décennies, aurait éclaté ce soir d'élection, de la pire manière qu'il soit…

Et la campagne, grisée par la popularité d'une surenchère sécuritaire à droite comme à gauche, n'y est sûrement pas pour rien… Quand les partis, dits "institutionnels et démocratiques" se mettent à chasser sur le terrain des pires extrêmes, on a quelques difficultés à situer l'honneur…

Le sentiment d'insécurité, il faut bien reconnaître que la conjoncture récente ne l'a que trop servi: entre la montée de l'antisémitisme sur fond de guerre civile sanguinaire menée par un autre extrémiste inconscient, d'attaques terroristes, de réponses va-t-en guerre et de folies meurtrières de toutes parts, on a du mal parfois à croire à des lendemains d'espoir… Mais de là à occulter tout le débat politique, tous les sujets, sans exception, qui fondent le pouvoir que nous avons délégué par contrat à ceux là même qui nous gouvernent, n'est-ce pas totalement hallucinant?

Pas un mot du rôle de la France dans cette immense aventure qu'est l'Europe et de la place que pourrait prendre cette dernière comme puissance internationale pour régler les conflits qui bouleversent actuellement nos voisins; pas un mot, pas une ébauche de solution pour la lutte contre l'inégalité, le chômage, l'aide aux plus démunis et la garantie de droits minima pour tous; pas une proposition qui n'envisagent sérieusement, programme à l'appui, de lutter activement contre la pollution et d'enrayer la destruction de la planète; pas même un projet immobilier d'envergure, d'infrastructures d'accueil, sportives ou culturelles;

Non, on ne parle que sécurité, en se plaisant à imaginer, subitement, qu'on pourrait traiter le problème en stigmatisant ses conséquences… On parle de prisons, d'impunité zéro, de châtiments, de rigueur… Mais où a-t-on jamais vu qu'un régime de violence pouvait engendrer la paix ? Il existe aux Etats unis de nombreux états qui appliquent régulièrement la peine de mort et sont réputés pour la sévérité de leurs châtiments… Et pourtant, qui ignore encore que c'est bien souvent dans ces états même que l'insécurité et la violence frôlent leur paroxysme.

Alors qu'on pourrait parler des causes, envisager des réformes de fond capables de limiter le phénomène à sa base, réformer l'éducation, revaloriser la fonction de professeur, créer des structures sportives et culturelles, réaménager le territoire, assainir le paysage des banlieues, penser, penser, et imaginer un avenir différent en donnant la parole à cette population, qui a presque oublié, au contact de ses dirigeants, qu'il était permis de rêver un avenir meilleur.

Alors, quand on regarde la triste conjoncture actuelle, on ne peut qu'être animé de révolte, car pour la première fois de l'histoire de la république, la moitié de la population française se retrouve privée du droit fondamental et inaliénable de s'exprimer démocratiquement.

Car qu'est-ce qu'une démocratie lorsque l'opposition légitime et démocratique se retrouve bâillonnée par un système électoral inique qui fait passer les 20% de Le Pen - Mégret devant les près de 40% des sensibilités de gauche.

Oui, la gauche a été victime de sa division mais les électeurs se sentent trahis d'avoir été poussés à se disperser, à voter contre, à force d'entendre de toutes parts que le sort, déjà, en était jeté…

Et la révolte est légitime lorsqu'on prend conscience avec amertume de cette situation paradoxale où Chirac, l'homme du mensonge et des détournements, de 19% des suffrages se retrouve hissé à la position d'homme providentiel, seule alternative au péril noir…Pire qu'une élection africaine à un seul candidat, cette élection sera l'élection du non choix et de la honte… Une terrible mascarade dont personne ne veut.

De Saint Thomas d'Aquin à Locke, en passant par tous les hommes de courage et de foi qui ont traversé les siècles, l'histoire nous enseigne que lorsque les institutions ne répondent plus au aspirations essentielles des hommes, et que l'injustice et l'intolérance menacent de tous fronts, il est du devoir de l'homme de résister et de manifester son refus de l'injustice, de l'exclusion et de la haine…

Le premier mai prochain sera le sursaut démocratique et humaniste de cette république.