Quand Chypre dit non au diktat européen

Article publié le 20 mars 2013
Article publié le 20 mars 2013
Le Parlement chypriote a voté mardi à une grande majorité contre la ponction obligatoire des dépôts bancaires très controversée. Cette décision invalide la condition requise pour instaurer le fonds de sauvetage, comme cela a été décidé samedi.
Certains commentateurs mettent en garde contre le fait que la Russie soit considérée désormais comme l'unique planche de salut pour Chypre, alors que d'autres assurent qu'une union bancaire de l'UE aurait pu éviter ce drame.

Il Sole 24 Ore - Italie :  Chypre va se détourner de l'UE

Le fait que Bruxelles, par la ponction obligatoire des dépôts bancaires qui vient d'échouer ait voulu toucher les clients russes des banques a un effet boomerang, déplore le journal économique libéral conservateur Il Sole 24 Ore : « Comme toujours, ce n'est de la faute de personne. … La confusion des responsabilités provient du déséquilibre des processus de décision qui ont marqué la crise de l'euro ces dernières années. … Le rapport de l'Europe à la Russie est marqué par un grand intérêt et au moins autant par une grande méfiance. L'Allemagne notamment veut contraindre Chypre à fermer le canal financier avec Moscou. Cette question a une telle portée que même les ministres des Finances n'auraient pratiquement pas pu s'y attaquer, elle est du ressort des chefs de gouvernement et des ministres des Affaires étrangères. Mais l'Europe n'a pas de vraie politique extérieure commune, sans parler d'une telle politique sur le plan de l'union monétaire. De ce fait, Chypre va désormais se tourner vers Moscou pour demander de l'aide. »

(Article publié le 20.03.2013)

Expansión - Espagne : Russes et Chypriotes : nouveaux copains

Le plan initial prévoyant la participation de Chypre à son propre sauvetage ayant été rejeté, le pays n'a pratiquement plus d'autre issue que de se tourner vers la Russie pour demander de l'aide, constate le quotidien conservateur Expansión : « Chypre a peu d'alternative pour apporter les 5,8 milliards d'euros que Bruxelles demande en contrepartie de son plan de sauvetage. Les recettes fiscales annuelles sont inférieures à cette somme et l'on se refuse à imposer les dépôts bancaires élevés à un taux dépassant les dix pour cent. Environ un quart de ces gros épargnants sont des Russes qui ont placé leur argent dans des banques en difficulté et surdimensionnées qui dépendent d'eux en grande partie. Mais même les mesures refusées hier par le Parlement visant à taxer les comptes d'épargne de moins de 20.000 euros ne suffiraient pas pour répondre aux demandes de Bruxelles. Le gouvernement chypriote se trouve dans une impasse qui pourrait le pousser de nouveau dans les bras de la Russie s'il refuse avec force cette taxation. Ne serait-ce que pour mettre ses partenaires européens sous pression.»

(Article publié le 20.03.2013)

Blog Pitsirikos - Grèce : l'avenir de l'UE entre les mains de la Russie

Suite au refus par le Parlement chypriote du fonds de sauvetage, le président chypriote Nikos Anastasiadis a ouvert les négociations avec le président russe Vladimir Poutine. La Russie peut venir en aide non seulement à Chypre mais aussi à toute l'UE, estime le blogueur Pitsirikos : « Chypre a pris une bonne décision. … L'UE doit suivre Chypre et se tourner vers la Russie. Il est manifeste que l'UE est gravement malade depuis des années et qu'elle va bientôt s'effondrer. Nous ne devrions pas nous bercer d'illusions. L'UE a besoin de la Russie et la Russie a besoin de l'UE. Nous devrions nous rappeler la vision de Charles de Gaulle qui rêvait d'une Europe allant de l'Atlantique à l'Oural. … La Russie devrait devenir membre de l'UE pour éviter son écroulement. … Cela garantirait à l'Europe l'autonomie énergétique nécessaire et créerait un potentiel énorme et une incroyable dynamique dans la zone euro. Une combinaison invincible. … L'Union européenne de l'Allemagne n'a pas de présent ni d'avenir.»

(Article publié le 20.03.2013)

Financial Times - Royaume-Uni : l'union bancaire aurait été la solution miracle

Les dirigeants des négociations du Parlement européen et des Etats membres ont trouvé mardi un terrain d'entente pour établir la base légale d'une supervision bancaire commune, première étape pour l'édification d'une union bancaire. Si cette dernière existait déjà, les problèmes que pose aujourd'hui le sauvetage de Chypre auraient pu être évités, estime le quotidien libéral économique Financial Times : « N'y a-t-il pas d'autre alternative que la participation des créanciers à une action de sauvetage ? Si, la recapitalisation directe des banques par la zone euro pour laquelle la somme nécessaire est minime. Si l'union bancaire existait et fonctionnait déjà, cela aurait été fait. Ce n'est pas le cas, probablement parce que les pays clés ne veulent pas sauver des systèmes bancaires mal gérés tels que le système chypriote, paradis pour les capitaux russes. … Le système bancaire est dangereux partout et il continue, dans la zone euro, à en menacer la survie. Cela doit changer, et ce, très rapidement.»

(Article publié le 20.03.2013)

De Volkskrant - Pays-bas : les fantômes du passé

A cause du projet de ponction obligatoire des dépôts bancaires pour les épargnants à Chypre, le chef de l'Eurogroupe et ministre des Finances néerlandais Jeroen Dijsselbloem essuie de vives critiques dans son pays. Cette critique est injuste, estime le quotidien de centre-gauche De Volkskrant : « Comme si la smala grecque avait fait pression sur le pauvre Dijsselbloem pour qu'il laisse entrer dans l'UE un îlot connu pour sa machine à blanchiment d'argent pour personnes douteuses. De plus, un îlot divisé. Un vrai guêpier financier et diplomatique que toute personne disposant à peu près de toute sa conscience n'aurait jamais fait entrer dans l'UE. … Chypre a promis de mettre fin au blanchiment d'argent. Chypre a promis de donner son accord à une fédération entre les parties grecque et turque de l'île. … Le blanchiment d'argent a bien disparu sur le papier mais l'argent de la mafia russe est toujours sur les comptes en banque et l'îlot est toujours divisé. … De ce point de vue, 'l'escroquerie' dont sont victimes les clients des banques chypriotes et les nombreux russes n'est pas une erreur mais la contrepartie tardive d'une erreur encore plus grande commise par le passé. »

(Article publié le 20.03.2013)

Photo :  (cc)Teaserbild/Flickr ;