Quand Borrell gagne, la démocratie perd

Article publié le 22 juillet 2004
Publié par la communauté
Article publié le 22 juillet 2004

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Le nouveau Parlement européen a choisi le micmac : son Président sera le socialiste Josep Borrell. Et le désastre électoral du 13 juin ? Après nous le déluge...

Avec la plus forte abstention de l’histoire de l’Union et l’élection à Strasbourg d’une redoutable armée d’eurosceptiques, on aurait pu penser que la seule grande priorité de la politique européenne aurait été d’affirmer le rôle du Parlement européen comme étant un lieu de débat, de choix et de démocratie dans un système de plus en plus rongé par les logiques intergouvernementales et sectorielles.

Partage du pouvoir et huis clos

Au lieu de cela, il a été décidé de ne pas changer de cap, de faire comme si le 13 juin n’avait pas eu lieu. Josep Borrell débarque en Europe après des années d’une carrière politique difficiles : un rôle de second plan dans la Convention, des scandales financiers et sa démission du poste de Premier secrétaire du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), la fin de l’ère Gonzales en Espagne. Les méthodes utilisées dans l’élection de Josep Borrell à la présidence de la plus grande assemblée représentative transnationale du monde, sa signification et ses implications vont à l’encontre de la démocratie européenne. Pendant une campagne électorale qui n’a passionné personne, les conservateurs et les socialistes semblaient appartenir à deux mondes différents. Eux que tout divisait ont attendu la première session parlementaire pour voter identiquement. Un exploit que des médias européens, s’il en existait, auraient bien du mal à expliquer aux électeurs européens. Ainsi qu’aux centaines de nouveaux eurodéputés venant de la nouvelle Europe qui ont vécu leur première expérience politique européenne en assistant à la ratification d’une décision prise en privée par une partie de la plénière, à huis clos et en absence de témoins. 388 votes nous offrent un président socialiste à mi-temps qui cèdera sa place dans deux ans et demi au président actuel du groupe conservateurs, Hans Gert Pottering.

L’alternative Geremek

Le scrutin à bulletin secret représentait l’unique élément protégeant la liberté des parlementaires du contrôle des partis. Et plus de 80 eurodéputés socialistes et conservateurs ont décidé, dans le secret de l’urne, de reprendre leur liberté et de voter pour Bronislaw Geremek, candidat du groupe libéral européen, symbole de la transition démocratique dans les pays de la nouvelle Europe, un des tout premiers à avoir accepté l’invitation de café Babel à intégrer le futur Conseil scientifique. Les 208 voix données à Geremek ont dépassé les « clivages » traditionnels et les appartenances politiques. Elles ont été, le 20 juillet, la plus significative marque de bienvenue à l’expérience, à l’Histoire et aux défis de l’Europe ex-communiste.

Mardi matin, une occasion a été manquée d’en finir avec l’Europe des accords techniques et du vide politique, de la suprématie des partis politiques sur la liberté individuelle des députés, du pouvoir qui vit et s’exerce en dehors des institutions et des contrôles médiatiques. Une occasion a été manquée de réagir à l’abstention et à la désaffection pour la construction européenne. Maintenant, cinq années viennent pour réparer tout cela. Au travail, président Borrell.