Protectionnisme ou nécessité culturelle ?

Article publié le 17 mai 2004
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Article publié le 17 mai 2004

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Les cinéastes européens bénéficient, sous diverses formes de subventions publiques. Hollywood pousse les hauts cris.

Revoici le mois de mai et les amateurs de cinéma se pressent à Cannes, capitale secrète du cinéma, où sont souvent primés des films « européens » qui se distinguent du cinéma dit hollywoodien. Voici quelques semaines, l’industrie cinématographique américaine s’indignait : Hollywood, qui doit se débrouiller sans soutien de la part de l’Etat, critiquait la décision de la Commission européenne de prolonger d’un an son soutien financier aux productions cinématographiques européennes en reconduisant son programme MEDIA jusqu’en 2007 (le budget du programme passant ainsi de 400 à 493 millions d’euros). Et de dénoncer le protectionnisme. Réplique de Viviane Reding, commissaire européenne à l’éducation et à la culture, aux « attaques » d’Hollywood: le programme MEDIA soutient « le développement de la création culturelle » et il est nécessaire pour protéger le cinéma européen de « pressions extérieures éventuelles ».

Soutenir la diversité

Dans l’orchestre de la politique culturelle européenne comme dans les diverses chapelles nationales, les films de fiction jouent les premiers violons. Chacun sait à quel point ce violoniste est susceptible et convoité. D’où les sommes qui lui sont consacrées : les subventions nationales et régionales s’élèvent à plus d’un milliard d’euros, les subventions européennes à plus de 80 millions. Ces sommes sont surtout allouées sous forme de subventions directes aux producteurs, mais bénéficient aussi aux prestations de services cinématographiques comme le prêt et la diffusion en salles.

Le programme MEDIA est le premier et le plus conséquent des programmes de soutien aux cinéastes. Il a pour vocation de soutenir et de renforcer la formation initiale et continue dans le secteur audiovisuel, le développement des projets de production, la distribution des films l’industrie cinématographique européenne à l’échelle européenne et mondiale, et last but not least la diversité européenne. Il s’agit là, selon Viviane Reding, d’un domaine particulièrement important du point de vue culturel, qui joue un rôle essentiel dans la construction d’une identité européenne. Sans préciser ce qu’elle entend concrètement par identité européenne.

A l’Est, la situation est moins rose

Quoi qu’il en soit, il faut saluer le fait que la politique de soutien à la diversité européenne reste unitaire à l’échelle de l’UE. Nul n’ignore en effet combien les conditions de production diffèrent d’un pays européen à l’autre. Elles ne sont pas les mêmes en France, pays exportateur de culture et en Grande-Bretagne, où les aides sont surtout attribuées lorsqu’elles reviennent alimenter l’économie anglaise. La situation est tout autre, et moins rose, dans l’est de l’UE.

L’objectif premier de ce fonds est de refléter d’autres facettes de la diversité européenne. Le programme du Conseil de l’Europe pour la co-production (90% du budget), la distribution et la diffusion de films européens existe depuis 1989. Depuis lors, il a co-produit à peu près 900 films et compte à ce jour 30 Etats membres. L’Estonie est son dernier adhérent en date. Et Eurimages soutient, par exemple, les cinémas qui ne bénéficient pas du programme MEDIA. Eurimages et MEDIA montrent qu’une aide européenne unitaire en faveur de la diversité européenne peut aider à compenser les handicaps d’origine culturelle qui touchent les productions européennes au sein de l’Union et dans le monde. Cela fausse peut-être la concurrence, car les productions européennes sont favorisées par rapport à celles d’autres continents, et avoir ainsi des conséquences néfastes sur l’égalité internationale des chances.

Considérés sous l’angle de la politique culturelle, le choix est aussi sensé. Citons à titre d’exemples, European Film Promotion, réseau regroupant 22 pays d’Europe, qui vend et représente les films européens à l’étranger ou encore la European Film Academy qui organise chaque année les European Film Awards, prix du film européen. Ces deux organismes sont soutenus par le programme MEDIA.

Le cinéma européen, tributaire des subventions ?

D’après Doris Kirch, de la société de production Blue Angel, aucun cinéaste européen n’a lieu de se plaindre, car les aides abondent tant au niveau européen qu’au niveau national. Elle fait bien sûr allusion aux inégalités entre les Etats-membres de l’est et de l’ouest de l’Europe, qui ont par exemple pour conséquence que nombre de films allemands sont produits à Prague, parce que les frais y sont moins élevés. Il faut en outre garder à l’esprit que de nombreux projets renoncent aux subventions européennes pour conserver leur liberté artistique et la préserver du danger que constituent les directives qui vont de pair avec les subventions.

Hollywood voit sans doute cela d’un bon oeil, mais doit moins apprécier que onze des films sélectionnés à Cannes cette année aient été financés par le programme MEDIA et deux par Eurimages. Ce qu’Hollywood a vraiment à craindre de l’Europe, ou pas, chacun pourra s’en persuader le 18 mai à Cannes, journée traditionnellement consacrée au « cinéma européen ». Europe attacks.