Promouvoir le multilinguisme en Europe

Article publié le 26 mai 2008
Article publié le 26 mai 2008
Le Babé-lien du lundi 2,4 euros par citoyen et par an pour un total 1% du budget communautaire, soit 1 milliard d’euros par an. C’est le budget accordé par l’Union européenne au Commissaire européen pour le multilinguisme en Europe, qui doit, depuis les élargissements de 2004 et 2007 gérer 23 langues nationales.

« Un défi salutaire »

Suite à une demande de José Manuel Barroso, Président de la Commission européenne, et du Commissaire pour le multilinguisme, Leonard Orban, un groupe d’intellectuels se forme autour de l’écrivain Amin Maalouf, avec pour tâche de les conseiller sur « la contribution du multilinguisme au dialogue interculturel et à la compréhension mutuelle des citoyens dans l’Union européenne ». Jutta Limbach, présidente du Goethe Institut, Tahar Ben Jelloun, écrivain ou encore jan Sokol, philosophe et ancien Ministre de l’education de la République tchèque, ont, entre autres, entouré Amin Maalouf dans cette tâche.

Les échanges ont permis l’émergence de ce rapport intitulé « Un défi salutaire ».

Ce rapport débute sur une mise en garde : « il va de soi que la multiplicité des langues impose des contraintes, qu’elle pèse sur le fonctionnement des institutions européennes, et qu’elle a un cout en termes d’argent et de temps. Ce cout deviendrait même prohibitif si l’on voulait accorder à des dizaines de langues toute la place que leurs locuteurs pourraient légitimement souhaiter ». Et le rapport de poursuivre sur les risques d’un déclin du multilinguisme dans le fonctionnement des institutions européennes : « face à un tel foisonnement, la tentation est grande de laisser s’installer une situation de fait où une seule langue, l’anglais occuperait dans les travaux des institutions européennes une place prépondérante, où deux ou trois autres langues parviendraient à maintenir, pour quelque temps encore, une présence déclinante, tandis que la grande majorité de nos langues n’aurait plus qu’un statut symbolique et ne seraient quasiment jamais utilisées dans les réunions communes »

Une telle orientation serait « préjudiciable » selon ce groupe d’intellectuels, à la fois parce qu’elle serait « préjudiciable aux intérêts économiques et stratégiques du continent comme de tous ses citoyens, quelle que soit leur langue maternelle ; et aussi parce qu’elle serait contraire à l’esprit même du projet européen ».

Installer durablement la diversité linguistique en Europe

Soucieux de préserver cette diversité linguistique qui se trouve au fondement de l’identité européenne, le rapport souhaite proposer un certain nombre d’orientations pour les années à venir. Ces orientations se déclinent en deux idées principales.

Le rapport souhaite en premier lieu que « les relations bilatérales entre les peuples de l’Union européenne devraient se passer prioritairement dans les langues de ces deux peuples plutôt que dans une langue tierce ». Cela implique alors que chacune des langues européennes ait, dans chacun des pays de l’union, « un groupe significatif de locuteurs compétents et fortement motivés ».

Dans un second temps, « pour que ces contingents de locuteurs puissent être formés, l’Union européenne devrait prôner la notion de langue personnelle adoptive. ». Plus exactement, « tout Européen serait encouragé à choisir librement une langue distinctive, différente de sa langue identitaire, et différente aussi de sa langue de communication internationale ».

L’objectif est clairement de susciter de véritables vocations dans l’apprentissage de langues : « en distinguant nettement, à l’heure du choix, entre une langue de communication internationale et une langue personnelle adoptive, on inciterait les Européens à prendre, en matière d’apprentissage des langues, deux décisions séparées, l’une dictée par les besoins de la communication la plus large, l’autre guidée par tout un faisceau de motivations personnelles liées au parcours individuel ou familial, aux liens affectifs, à l’intérêt professionnel, aux préférences culturelles, à la curiosité intellectuelle, etc. »

La construction européenne se fonde justement sur cette diversité et selon le groupe d’intellectuels, « négliger une langue c’est prendre le risque d’une désaffection de ses locuteurs à l’égard de l’idée européenne. Nul ne peut adhérer de tout cœur à l’ensemble européen s’il n’a le sentiment que sa culture spécifique, et d’abord sa langue, y est pleinement respectée, et que l’intégration de son pays à l’Union européenne contrbiue à épanouir sa langue propre et sa culture plutôt qu’à les marginaliser ».

Un rapport diversement accueilli

Soumis aux ministres lors d’une conférence organisée le 15 février dernier par la présidence slovène du Conseil et intitulée « Promotion du multilinguisme », le rapport avait été diversement accueilli. Certains ministres présents ont qualifié l’idée d’utopique, alors que d’autres ont annoncé vouloir se concentrer sur les initiatives actuelles plutôt que d’en mettre en oeuvre de nouvelles.

En septembre prochain, la Commission européenne adoptera une communication dans laquelle elle présentera sa stratégie en matière de multilinguisme, sur la base des conclusions des rapports.

Lire le rapport:

(Crédit photo: flickr/ Stephanieannemarie)