Prochain tsunami de partis politiques au Parlement Européen

Article publié le 14 décembre 2008
Article publié le 14 décembre 2008
Ce n’est plus une rumeur. Les Tories, c’est à dire, le Parti Conservateur britannique, qui ne s’est jamais senti commode dans le groupe parlementaire européen du Parti Populaire européen et Démocrates Européens (PPE-DE) vont provoquer une dure scission en son sein. Trop européistes, ces gars du centre-droit européen.

« De toutes façons », nous dit-on depuis les rangs socialistes et libéraux, « le PPE-DE n’a jamais été un vrai parti européen; chaque député vote de son côté sans aucune cohérence ». À vrai dire, il y a eu des années pendant le présent mandat où la délégation de députés du Parti Conservateur du Royaume Uni a voté plus souvent avec les députés de l’Union pour l’Europe des Nations (UEN, quatrième force au Parlement européen), qu’avec le PPE-DE, le groupe majoritaire, dont l’aile la plus centriste vote souvent avec les socialistes et les libéraux contre la discipline de son propre groupe.

Le panorama des partis après les prochaines élections de juin 2009 se présente mouvementé. Le tsunami de désertions et scissions commence à se profiler sur l’horizon européen.

Le quitte ou double de David Cameron

Des sources à Bruxelles, confirmées par le témoignage de la militance conservatrice britannique, assurent que David Cameron, chef de files des Tories au Royaume Uni, est en train de demander à chaque candidat Tory aux élections européennes de signer un contrat en s’engageant à ne pas s’unir au PPE-DE. Il s’agit d’une initiative inédite dans l’Histoire des élections au Parlement Européen. Son intention n’a rien à voir avec l’Europe, mais avec sa stratégie nationale, qui consiste à ratisser tout le vote eurosceptique à sa gauche et à sa droite pour donner un coup d’autorité pa sa campagne personnelle pour atteindre le 10 du Downing Street un an avant les élections au Royaume Uni, provoquant ainsi le KO chez les files travaillistes. Au début, on parlait chez les Tories de former un nouveau groupe politique à la chambre européenne avec les eurosceptiques tchèques de l’ODS, qui gouvernent déjà le petit pays centre-européen, plus d’autres petits partis souverainistes de l’Europe de l’est. Or, dans les dernières semaines, le premier ministre tchèque, Mirek Topolanek, a réitéré son intention que l’ODS reste au sein du PPE-DE et de s’intégrer de plus en plus dans l’orbite des euro-constructifs. Que faire pour ne pas rester isolés ?

Les uns disparaissent, tandis que d’autres se créent

La réponse nous la suggèrent des sources de CEPS, un des Think Tanks les plus actifs dans le champ de la construction européenne à Bruxelles. De fait, entre les maintes anomalies de partis nationaux qui ne figurent pas de façon naturelle dans des groupes politiques européens, nous retrouvons le Fianna Fáil, le parti conservateur irlandais, européiste, qui gouverne ce petit pays celtique et qui paradoxalement se trouve inscrit dans le groupe UEN. Il est très probable que ce Fianna Fáil, après les élections se transfèrent au PPE-DE, en laissant l’UEN grelotter de froid. Et c’est à ce point où entreraient en jeu les synergies de la droite souverainiste européenne : les Tories et les restes de l’UEN créeraient un nouveau groupe qui renforcerait sa 4ème position loin derrière les Verts et la Gauche Unitaire Européenne (GUE). Qui plus est : cela forcerait le PPE-DE à droitiser son discours vers la droite pour ne pas perdre des voix de la droite.

Les socialistes dépendent des libéraux et des Verts

C’est sur ces calculs, que Martin Schulz, chef de file du groupe socialiste au Parement européen, fonde sa certitude que « les élections vont être gagnées par les socialistes à peu qu’ils augmentent de 20 ou 30 députés ». Ce que Schulz omet, c’est que les travaillistes anglais sont la Pierre dans le soulier du PSE, et parfois ils votent avec les libéraux ou le PPE contre la discipline du PSE. En plus, les électeurs socialistes, européistes convaincus, peuvent se voir invités à porter leur support au discours des Verts et ses listes transnationales pionnières en Europe. D’un autre côté, les libéraux, depuis le début de la crise économique et financière, ont adapté leur message aux discours des socialistes pour ne pas perdre des voix. Si à ça on ajoute qu’au Royaume Uni, en France, en Espagne et en Allemagne ils s’apprêtent à endosser de sérieux revers, il ne resterait aux socialistes que l’espoir de voir les italiens du Parti radical et de La Marguerite se transférer de chez les libéraux vers le PSE. Walter Veltroni, chef du Parti Démocratique ou s’insèrent Radicali et Marguerita, était à Madrid, pendant le Conseil des Socialistes européens, pour porter son support au manifeste-programme électoral des socialistes. Il est notoire qu’au sein des libéraux (ALDE) la scission entre l’aile la plus libérale et celle des progressistes est imminente. Nous nous préparons pour des élections européennes intéressantes du point de vue de l’apparition de nouveaux partis et groupes politiques. L’extrême droite maintiendra sa remarquable présence, et peut-être qu’une gauche plus radicale pourrait faire son entrée dans l’hémicycle européen. Le prochain Président de la Commission devra faire de la dentelle pour favoriser la formation de majorités pour faire passer ses projets législatifs. (Foto: )