Problématiques européennes au bureau ...

Article publié le 9 octobre 2007
Article publié le 9 octobre 2007
Je parle français et allemand couramment, je connais de nombreux restaurants au Luxembourg et ma naissance est le résultat d’un long voyage à travers l’Europe. Qui suis-je ?  Outil de marketing relationnel destiné à fidéliser les clients d’une banque luxembourgeoise, je suis un guide des réductions qui leur permet de bénéficier de remises dans certains restaurants au Luxembourg.

Voici mon road trip prénatal à travers l’Europe

 

J’en suis au stade embryonnaire quand des restaurateurs donnent leur accord pour faire partie du programme de réduction que je propose. J’articule mes premiers mots en français : la description des établissements, leurs horaires... toutes ces informations, les prémisses de mon identité, sont recueillies par un wallon, chargé du recrutement des restaurants partenaires.

Je grandis en Belgique

J’en profite pour découvrir des dictons belges : quand un restaurateur lui propose une seconds bière, celui-ci acquiesce « on ne repart jamais sur une seule jambe ». Il me ramène ensuite dans les bureaux d’une société de marketing relationnel à Bruxelles, où l’on m’intègre dans une base de donnée.

Je grandis ainsi, alimenté par les restaurants partenaires qui me rejoignent. Arrivé à maturité avec plus de 150 restaurants, on m’extrait de ma base de donnée et j’atterris dans un document Word. Un e-mail m’emporte vers une boîte de traduction, j’en reviens bilingue. Ca y est, je pourrai m’adresser aux luxembourgeois en français et en allemand.

Escapade en France

Je navigue ensuite vers Paris par le biais de la toile européenne, en direction du siège de la société de marketing relationnel. On m’y loge dans un dossier nommé guides des réductions 2008, et m’y enregistre sous version texte 1. J’aurais préféré un autre nom. J’y suis ensuite imprimé en recto/verso selon les tendances actuelles du développement durable. Quelqu'un se plaint d’ailleurs de son manager qui signe ses e-mails d’un moralisateur « Please consider the environment before printing this e-mail », alors qu’il roule en 4x4 ; c’est ma première expérience appliquée de l’écologie à la française.

Je suis relu, corrigé pour la partie française seulement, car ils ne comprennent rien à l’allemand. On améliore mes textes, il faut que je sois beau pour ma première présentation au service marketing de la banque luxembourgeoise.

Voyage en première pour le Luxembourg

Un nouveau message électronique me dépose au Luxembourg. Je découvre qu’ils y ponctuent leurs phrases à l’anglaise : pas d’espace avant les « ! », les « : » ou les « ; ». Les luxembourgeois corrigent donc les oublis français.

Le va et vient européen continue : de Luxembourg à  Bruxelles via Paris, pour que mes changements soient intégrés dans mon nid, la base de donnée. Une flamande remarque que pour un restaurant proposant des spécialités belges, on a voulu traduire le waterzoï, la spécialité flamande, en français. « Vous ne toucherez pas au waterzoï » peste-t-elle en me corrigeant ! J’espère ne pas en rajouter aux velléités séparatistes actuelles.

Difficultés d’harmonisation

Ma rubrique Mode d’emploi retourne en France, d’où l’on me renvoie au Luxembourg pour valider les explications sur mon fonctionnement. Le chef du marketing de la banque luxembourgeoise, d’origine anglaise, préfère le style direct à l’anglo-saxonne que le style français. Mais les luxembourgeois aiment bien l’exhaustif qui correspond mieux à l’esprit germanophone rétorque Paris. J’imagine alors quelles peuvent être les difficultés de l’harmonisation des règles communautaires.

Dernières retouches

Une fois d’accord sur le fond, on m’envoie à l’agence de pub parisienne pour ma mise en page, on m‘habille des photos illustrant les restaurants dont je parle. J’y suis à nouveau relu par une correctrice de rédaction. Véritable taliban de la virgule, celle-ci chasse les dernières imperfections oubliées par mes géniteurs successifs.

Je repars au Luxembourg pour les dernières validations de mon existence. Ultimes retouches luxembourgeoises. Puis l’agence de pub me dépose sur un serveur, d’où je suis téléchargé par l’imprimerie pour l’épisode final de ma naissance.

J’absorbe de la matière, des couleurs, j’existe désormais pour de vrai, et me reproduis des milliers de fois.

La fin du voyage approche : je repars alors en Belgique dans le camion d’un transporteur, j’arrive à la fullfilment house, chargée de me mettre dans une enveloppe pour l’envoi aux clients de la banque. On me sépare des autres guides des réductions. Une fois glissé dans l’enveloppe, j’y rencontre la carte de membre permettant aux clients de la banque de bénéficier des avantages dans les restaurants que je propose.

Je repars ensuite au Luxembourg, au centre de tri de la poste. J’y achève ce périple européen par mon arrivée au sein d’un foyer luxembourgeois. Toute l’année, ma famille d’adoption m’emmène au restaurant. Ils ne s’en rendent pas compte mais chaque sortie au restaurant me rappelle mes premiers pas.

Guillaume De Pauw